Classique mais efficace, The Game raconte le duel entre un policier à la retraite et celui qu’il soupçonne d’être un tueur en série.
C’est quoi, The Game ? L’inspecteur Huw Miller (Jason Watkins) vient de prendre sa retraite, sa carrière ayant été brisée suite à son incapacité à arrêter un serial killer surnommé le “Traqueur de Ripton. » En apparence, Huw profite de sa nouvelle vie oisive auprès de son épouse ; en réalité, il reste obsédé par l’affaire et refuse de tourner la page. Lorsque Patrick Harbottle (Robson Green) emménage dans la maison d’en face après la mort étrange de son voisin, Huw commence à douter. Patrick est charmant, serviable, amical… mais Huw en est vite persuadé : c’est bien le Traqueur de Ripton qui vit désormais juste à côté de chez lui
Un policier à la retraite convaincu que son nouveau voisin est le tueur en série qu’il n’a jamais réussi à arrêter : sur le papier, The Game n’invente rien. Pourtant, cette mini-série britannique créée par Tom Grieves, disponible sur Polar+, transforme le postulat de départ en un thriller psychologique particulièrement efficace. Entre paranoïa, obsession destructrice et duel mental glaçant, The Game joue habilement avec les nerfs du spectateur – au point qu’on lui pardonne certaines facilités.
Mon voisin, le tueur ?
La séquence d’ouverture donne le ton. L’inspecteur Huw Miller surgit dans un entrepôt, à la poursuite du “Traqueur de Ripton”, un serial killer qu’il recherche depuis des mois. « Je l’ai eu ! » hurle-t-il dans sa radio avant d’être brutalement assommé. À moitié conscient, il aperçoit l’ombre de son agresseur qui lui murmure : «À plus tard, inspecteur. »
Quelques mois plus tard, Huw prend sa retraite. Officieusement, il a été poussé vers la sortie suite à cette affaire : il a commis de graves erreurs, a été humilié dans la presse, a perdu toute crédibilité et sa carrière a été brisée net. Dans son pavillon de banlieue, auprès de sa femme Alice, il semble désormais mener une vie normale. Mais son obsession reste intacte : obnubilé par ce tueur pervers qui harcelait ses victimes avant de les assassiner, il collectionne les articles, écoute des podcasts consacrés à l’affaire et consulte illégalement des dossiers confidentiels.
Un jour, son voisin meurt dans des circonstances suspectes. Le nouvel occupant de la maison, Patrick Harbottle, s’intègre rapidement dans le quartier et s’attire la sympathie de tous. Sauf de Huw. Patrick semble pourtant parfait. Un peu trop. Et puis, un soir, il prononce cette phrase : «À plus tard, inspecteur.» Le sang de Huw ne fait qu’un tour. Désormais persuadé que Patrick et le traqueur ne font qu’un, il va tout faire pour le confondre et l’arrêter. Mais… et s’il se trompait ?

STARRING: JASON WATKINS as HUE MILLER & ROBSON GREEN as PATRICK HARBOTTL
Un thriller classique porté par son duo d’acteurs
The Game s’inscrit dans la tradition du thriller britannique en format court : quatre épisodes de 45 minutes, un concept fort, une tension constante et une résolution rapide. Accessible et rythmée, la série s’appuie sur des mécaniques narratives connues : le policier traumatisé, l’entourage sceptique, le suspect trop parfait pour être honnête, les fausses pistes, les retournements incessants. Certains ressorts paraissent même un peu trop artificiels, uniquement pensés pour ralentir la progression de l’enquête. A l’instar du dernier épisode, qui concentre plusieurs rebondissements discutables, jusqu’à une conclusion qui manque légèrement de subtilité après une montée en tension pourtant réussie.
Reste que la grande force de The Game, c’est son casting. Dans le rôle de Huw, Jason Watkins est surprenant. Lui que l’on connaît surtout pour des rôles secondaires excelle en interprétant cet homme brisé, incapable de faire la distinction entre intuition policière et obsession maladive. Son jeu repose sur la fragilité : fatigue permanente, regard hanté, colère rentrée. Il incarne parfaitement cet homme persuadé d’avoir raison alors que plus personne ne croit en lui.
Face à lui, Robson Green s’amuse visiblement à casser son image. Longtemps associé à des rôles chaleureux et rassurants, notamment dans Grantchester, il retrouve ici l’ambiguïté du rôle qui l’a fait connaître avec La fureur dans le sang. Il fait de Patrick un voisin ambigu, insaisissable et profondément dérangeant.
Une réflexion sur l’obsession
C’est précisément dans cette zone grise que la série devient la plus intéressante. Patrick est-il réellement un psychopathe manipulateur ou Huw projette-t-il ses traumatismes sur un homme innocent ? Cette ambiguïté nourrit les meilleurs moments de la série. Chaque échange entre les deux hommes ressemble à une partie d’échecs psychologique où un sourire ou une banalité cache une menace potentielle.

On doute de la lucidité de Huw, tout comme on remet en question la sincérité et l’innocence de Patrick. Le premier est-il en train de perdre contact avec la réalité, obsédé par cette affaire qui a brisé sa vie ? Le second est-il effectivement le tueur qu’il recherche, ou juste un voisin victime de l’obsession de l’ancien policier ?
Au-delà de son intrigue criminelle, The Game sonde les dégâts causés par l’obsession de Huw. Son échec professionnel a détruit sa réputation. Il a perdu la confiance de ses collègues. Sa fille Margot s’est éloignée de lui. Son mariage avec Alice vacille dangereusement. Ses amis doutent de sa santé mentale. L’affaire non résolue est devenue une prison : Huw est incapable de vivre autrement que dans la traque, quitte à mettre en péril tout ce qu’il a construit à côté. Surgit alors une question qui enrichit et transcende toute la série : qu’il ait raison ou tort, Huw poursuit-il réellement un tueur… ou cherche-t-il simplement à donner un sens à l’échec qui a détruit sa vie ?
Imparfaite, The Game s’appuie sur une mécanique et des éléments familiers. Mais la mini-série compense largement ses faiblesses grâce à son efficacité narrative, son atmosphère paranoïaque et surtout le face-à-face palpitant entre Jason Watkins et Robson Green. En seulement quatre épisodes, elle propose un divertissement prenant et nerveux. Un jeu du chat et de la souris parfois prévisible — mais assez tendu pour qu’on accepte volontiers de se laisser piéger.