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On a vu pour vous … “Tolkien”, un pari réussi?

L’idée de réaliser un film sur Tolkien retraçant sa vie, son oeuvre semblait à tout le moins audacieux sinon risqué. J.R.R Tolkien s’est effectivement imposé comme l’une des grandes figures de la littérature moderne. Souvent vu comme le maître incontesté de la fantasy, il a en tout cas brisé les codes pour totalement la révolutionner. Homme de talent, esprit brillant. Enfance difficile, traumatismes de la guerre. Ami fidèle, amoureux inconditionnel. Au final le biopic réussit t’il son pari de retranscrire à l’écran ce que fut cette grande personnalité ?

Retracer la vie du génie Tolkien et la genèse de son oeuvre. Voici l’objectif un peu fou que s’est donné Dome Karukoski, le réalisateur finlandais de Tolkien. Avec un budget relativement modeste (20 millions de dollars) et un temps limité à l’écran (112 minutes), le film était aussi attendu que craint. Au final, une oeuvre haute en couleur chargée en émotions et touchante mais assez loin de la perfection.

Rapidement privé de son père, le jeune Tolkien quitte la verte campagne anglaise pour l’industrielle Birmingham. Un changement radical pour l’enfant qui se retrouve dans un univers de fumées et de crasse de charbon. Très malade, Mabel Suffield, mère de John Ronald Reuel Tolkien, décède aussi prématurément quand il a 12 ans. Le Père Francis Morgan le prend alors sous son aile et le place dans un orphelinat huppé. Plus rêveur que son caractère trempé ne le laisse paraître, Tolkien ne se sent pas vraiment à sa place. L’adaptation à ce nouvel environnement est difficile et ne sera jamais véritablement totale.

@Ian West/PRESS ASSOCIATION IMAGES/MAXPPP

Une amitié touchante

Sa rencontre puis son rapprochement progressif avec trois autres adolescents va bouleverser son existence. Réunis dans une fraternité qu’ils aiment nommer T.C.B.S, ces jeunes gens ne se quitteront plus. Cela marque le début d’une formidable et bouleversante histoire d’amitié que parvient à retransmettre joliment le film. Ce quator constitue d’ailleurs la clé de voûte du schéma narratif choisi par le biopic. Tolkien se démarque surtout par sa formidable histoire d’amitié. Une amitié capable de transcender les mots et l’éloignement. Parallèlement, Tolkien rencontre la jeune Edith Bratt, son premier (seul) amour qui le marquera à vie.

Un film passionné et passionnant…

La trame narrative jongle entre l’enfance, adolescence de Tolkien et ses années de guerre (durant la première guerre mondiale). Par le biais des plans particulièrement sombres et sanglant, on comprend rapidement le traumatisme que sa participation au conflit a engendré. La construction demeure cohérente et l’architecture du film est astucieusement mise en place. Au fil de ce dernier, le spectateur comprend comment certains passages de la vie de l’auteur ont influencé son univers et contribué à le construire. Le passage des lances-flammes durant la Bataille de la Somme représentant un dragon est à ce titre particulièrement saisissant. Il visualise aussi clairement des êtres dont les formes feront inexorablement penser au Seigneur des Anneaux.

Par ailleurs, le réalisateur arrive bien à transmettre que l’imagination et les mondes de Tolkien se sont avant tout construits autour de sa passion pour les langues. Friands de langages anciens, il va même jusqu’à en inventer de nouveaux. On comprend d’où découlera plus tard sa langue des Elfes.

Le casting réunit des grands noms du cinéma. Le charisme et le jeu d’acteur du personnage principal, incarné par Nicholas Hoult, lui confère une véritable profondeur. Dans le rôle d’Edith, Lily Collins livre également une prestation saisissante et convaincante. Les acteurs incarnant les amis de Tolkien, Anthony Boyle dans le rôle de Geoffrey Bache Smith par exemple, figurent au rang des bonnes surprises. De nombreux plans sont aussi d’une grande beauté.

… aux dérives dommageables

Malgré ses atouts incontestables, Tolkien se heurte à de nombreuses limites. Certains non-dits, oublis et autres déformations gâchent l’ensemble et surtout entrent en contradiction avec des éléments de la vie de Tolkien. Cela se retrouve surtout dans le traitement de la romance avec Edith Bratt, bien trop hollywoodienne. Tolkien et Edith avaient par exemple déjà célébré leur mariage avant le départ en guerre du premier, ce que le film contredit. Un détail parmi d’autres oublis du biopic qui détonnent. Surtout, Tolkien délaisse totalement le côté religieux qui a pourtant été une pierre fondatrice dans le vie de l’auteur et qui empreint l’ensemble de son oeuvre. Le rapport avec son père adoptif n’en est que plus obscur et réducteur.

Enfin, les partis pris du réalisateur peuvent aussi bien être salués que critiqués. Ne traiter en profondeur qu’une dizaine d’années sur l’ensemble d’une vie, surtout celle de Tolkien, demeure assez discutable. Néanmoins, force est de constater que cela fonctionne plutôt bien. La frustration peut plutôt se situer du côté du récit de la construction de l’univers. De nombreux moments suggèrent l’influence qu’ils auront plus tard sur l’auteur au moment de la création de tel ou tel personnage. Mais le spectateur reste un peu sur sa faim : le film fait le choix de ne pas montrer le processus de J.R.R Tolkien d’agencement de son univers à proprement parler.

Pour conclure, Tolkien réussit dans les grandes lignes son pari. Il en ressort un film touchant et suscitant un véritable intérêt chez le spectateur. Surtout auprès du grand public. Pour autant, les connaisseurs et passionnés de la vie de Tolkien sauront relever les défauts et manques de ce biopic ambitieux. Trop ambitieux?

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