Série de la BBC2 désormais disponible sur Netflix, White Gold est une comédie politiquement incorrecte et une critique acide du libéralisme des années Thatcher.

C’est quoi, White Gold ? Au début des années 1980, dans l’Essex, Vincent Swan (Ed Westwick) dirige une petite entreprise de vente de double vitrage. Vendeur charismatique et cynique, Vincent n’aspire qu’à la réussite – ce qui, pour lui, signifie posséder toujours plus, même au détriment de sa vie de famille.  De fait, ses collègues et lui n’ont qu’un seul mot d’ordre : vendre. Et pour écraser la concurrence et abuser de la naïveté de leurs clients, ils sont prêts à user de tous les stratagèmes.  

White Gold, c’est la ruée vers l’or blanc du titre – celui des bénéfices dégagés par la vente des fenêtres en PVC. Un aménagement qui, apparemment, représente le summum du luxe à la portée des classes moyennes, dans l’Angleterre des années 1980. L’année où se déroule l’histoire n’est du reste pas anodine : en 1983, les élections générales britanniques voient l’écrasante victoire du parti conservateur de Margaret Thatcher et la défaite historique des travaillistes. Ici, la date fait figure de symbole et marque l’entrée du pays dans une nouvelle ère : celle du triomphe de l’individualisme et du libéralisme, du consumérisme où le succès se mesure à l’aune de ce que l’on possède, où les pauvres le sont  parce qu’ils le veulent bien (selon les propos de la Dame de fer).

Dans ce contexte, White Gold s’appuie évidemment sur une reconstitution fidèle de l’époque , avec des décors, des costumes et des références culturelles qui nous plongent au cœur des années 1980. Et en particulier un bande-son enthousiasmante, où l’on retrouve des chansons aussi géniales que Relax (Frankie Goes to Hollywood), Bette Davis’ Eyes (Kim Carnes), Radio GaGa (Queen), Atomic (Blondie), I’m Still Standing (Elton John)… Une bande originale extraordinaire, que la BBC a d’ailleurs mise à disposition sur son site (lien ici).

Les vendeurs de White Gold, VRP pour fenêtres en PVC

 

On appréciera les grands tubes de l’époque ; beaucoup moins la société qui se dessine… Parce qu’à en croire White Gold, le monde des vendeurs de double-virage (et l’Angleterre en général) obéit alors à la loi de la jungle. Et s’il faut manger ou être mangé, Vincent Swan se veut le pire des carnivores. Prototype du macho arrogant, ce beau gosse est un hâbleur cynique prêt à tuer sa propre mère pour réussit une vente, qui néglige sa famille pour courir après l’argent et pour qui le summum de la réussite consiste à posséder une voiture de fonction. N’ayons pas peur des mots : c’est un connard. La version britannique du Patrick Bateman d’American Psycho, mais entouré de bras cassés. Car ses collègues ne valent pas mieux : Fitzpatrick (James Buckley), est un cousin éloigné du Begbie de Trainspotting, un beauf alcoolique toujours prompt à abuser de la naïveté de ses clients, et Lavender (Joe Thomas), un ex-musicien gauche et perclus de scrupules, est incapable de vendre quoi que ce soit.

Rythmée, la série relate en une succession de situations grotesques toutes leurs mésaventures, leurs petites mesquineries, les sales coups qu’ils font à leurs concurrents (et qu’ils se font entre eux…), et leur course effrénée après l’argent et le sexe, entre beuveries et rails de coke. Avec en prime, dans le cas de Vincent, l’échec cuisant de son mariage, sacrifié sur l’autel de ses petites ambitions ridicules.

Dans la peau de Vincent Swan, Westwick ne s’éloigne guère du rôle du rôle du bad boy milliardaire Chuck Bass, qui l’a rendu célèbre dans Gossip Girl. Il excelle en type odieux, à la fois répugnant et fascinant de cynisme et d’arrogance. En tant que narrateur, il brise régulièrement le fameux quatrième mur qui le sépare du spectateur, auquel il s’adresse directement sur un ton complice, à coup de remarques et réflexions cyniques. Le procédé n’est pas novateur, mais il fonctionne plutôt bien dans la mesure où se crée une sorte de connivence qui atténue l’antipathie que suscite le personnage. Disons-le tout net, il n’y a aucune zone d’ombre, aucune finesse psychologique chez cet anti-héros – ce qui, du reste, dénaturerait totalement le propos et la nature de comédie satirique que veut être White Gold.  A ces côtés, on retrouve James Buckley et Joe Thomas, deux acteurs de The Inbetweeners, une série co-créée par Damon Beesley qui – tiens, tiens… – est aussi le showrunner, le réalisateur et le scénariste de White Gold. Cela vaut la peine d’être signalé, parce qu’on y retrouve justement le même genre d’humour potache et graveleux, mais dans un contexte plus adulte et plus amer.  

Machiste, grossière, scatologique, scabreuse, avec des personnages détestables : White Gold est une comédie politiquement incorrecte, déconseillée aux bégueules. Soit on la trouve hilarante, et on rit aux éclats devant l’humour acide, les situations grotesques, les blagues obscènes et  le cynisme éhonté ; soit on décroche immédiatement, atterré par les gags faciles, les scènes de sexe gratuites, le langage vulgaire et les dialogues offensants. Dans le premier cas, il n’y a pas à hésiter : White Gold maintenant ce rythme et ce même ton au cours des six petits épisodes qui composent cette première saison, on ne sera pas déçu. Mais même si on a du mal à adhérer à la forme, White Gold reste intéressante par la critique de la société qui se dessine en arrière-plan. Une critique moins gratuite qu’il n’y paraît, et encore plus acide tant la mondialisation et l’ultra-libéralisme semblent s’être définitivement imposés…

White Gold vaut le coup d’œil, ne serait-ce que pour la critique sociale qui apparaît en fond. Mais son ton très particulier ne plaira pas à tout le monde : on la trouvera réjouissante et hilarante par son humour trivial et sans limite, ou au contraire désespérante de vulgarité. Le plus simple, c’est encore de regarder le premier épisode, concentré de tout ce que la série a de mieux (ou de pire…) à offrir.

White Gold (BBC2)

Disponible sur Netflix.

6 épisodes de 25′ environ – reconduite pour une saison 2