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On débriefe pour vous … American Hostage – prise d’otage en direct à la radio

C’est quoi, American hostage ? Indianapolis, 1977. Fred Heckman (Jon Hamm) est le directeur de l’information de la radio WIBC, une voix connue des habitants de la ville. Mais il a l’impression d’avoir fait le tour de sa carrière et rêve de passer à l’échelon supérieur, dans une radio plus importante. Un matin, un certain Tony Kiritsis (Giovanni Ribisi) entre dans les bureaux d’une société de prêts hypothécaires et prend en otage un des responsables,  qu’il accuse d’avoir provoqué sa ruine. Son arme est reliée au cou de sa victime par un câble : le moindre geste peut tourner au drame. Mais Kiritsis ne veut pas seulement négocier avec la police. Il veut être entendu, et exige de passer à l’antenne de Fred. Le journaliste se retrouve alors dans une position impossible : couvrir l’événement tout en devenant progressivement un acteur essentiel de la crise.

American Hostage est le premier volet d’une anthologie consacrée à des prises d’otages américaines inspirées de faits réels. Créée par Shawn Ryan (The Shield, The Night Agent), la série disponible sur HBO Max compte huit épisodes.

L’histoire de Tony Kiritsis n’est pas inédite pour le public. Elle avait déjà fait l’objet d’un podcast fictionnel en 2022, lui aussi intitulé American Hostage, dans lequel Jon Hamm prêtait déjà sa voix à Fred Heckman. Quelques mois avant la série, Gus Van Sant s’est emparé de la même affaire dans le film La Corde au cou, avec Bill Skarsgård dans le rôle de Kiritsis.

La comparaison est donc inévitable. Mais là où le film s’intéresse principalement au ravisseur et à son otage, la série place le journaliste au centre. Ce déplacement lui permet de trouver son propre intérêt.

Le journaliste, otage de son propre scoop

C’est la meilleure idée de la série : faire de Fred Heckman plus qu’un témoin. Au départ, il est simplement le journaliste à qui Tony veut parler. Mais très vite, les autorités comprennent qu’il possède quelque chose qu’elles n’ont pas : la confiance, ou du moins l’attention, du preneur d’otages.

Fred, journaliste et négociateur improvisé…

Fred devient alors intermédiaire, négociateur improvisé et journaliste en même temps. Le problème, c’est que ces trois rôles ne sont pas franchement compatibles. Lorsqu’il pose une question, est-ce pour obtenir une information ou pour maintenir Tony calme ? Lorsqu’il choisit de lui donner la parole, est-ce parce qu’il fait son travail ou parce qu’il sait qu’il tient le scoop de sa carrière ?

La série exploite bien cette zone grise. Fred n’est jamais présenté comme un héros parfaitement désintéressé : il est journaliste, donc forcément attiré par l’événement qui pourrait faire exploser son audience et sa carrière. Mais il comprend qu’une mauvaise décision peut coûter la vie à quelqu’un. Et lui-même est progressivement pris en otage par son propre scoop, prisonnier de sa relation avec Tony, de l’attention médiatique, de son ambition professionnelle et de la responsabilité qui lui tombe dessus.

Jon Hamm est particulièrement convaincant dans cette position inconfortable. Avec son calme apparent, il donne à Fred une maîtrise qui se fissure progressivement. Et face à lui, Giovanni Ribisi compose un Tony Kiritsis inquiétant, imprévisible et parfois presque grotesque, ce qui rend ses brusques changements de ton d’autant plus dangereux.

Quand le fait divers devient spectacle

L’autre force d’American Hostage, c’est sa manière de montrer comment une prise d’otages devient un événement médiatique. En 1977, le phénomène paraît presque archaïque par rapport à notre époque : pas de réseaux sociaux, pas de smartphones, pas de chaînes d’information en continu. Mais le mécanisme est déjà là.

… et Tony, preneur d’otage en direct à l’antenne

Tony a beau être instable, il comprend qu’il ne lui suffit pas de prendre quelqu’un en otage : il faut aussi raconter son histoire. Il veut contrôler son récit, choisir son interlocuteur et transformer son crime en tribune. Et la radio lui offre exactement ce dont il a besoin : une audience.

C’est évidemment là que la série résonne le plus avec notre époque. Aujourd’hui, un fait divers peut devenir viral en quelques minutes, les criminels peuvent construire leur propre image et le public suivre presque en temps réel une affaire en cours. American Hostage montre une sorte de préhistoire de ce phénomène.

Et la série pose une question particulièrement intéressante : à partir du moment où les médias donnent une tribune à quelqu’un qui utilise la violence pour se faire entendre, quelle est leur degré de responsabilité ? Où s’arrête l’information et où commence la mise en scène ?

Un thriller sous haute tension

American Hostage est aussi, et surtout, un excellent thriller. Une prise d’otage et un face-à-face à distance, où une conversation devient une négociation, où une simple phrase peut faire basculer la situation. On sait que le danger est permanent, et la mise en scène entretient efficacement cette sensation.

Les huit épisodes permettent aussi de s’intéresser à ceux qui gravitent autour du face-à-face : collègues de Fred, policiers, proches de l’otage, famille du journaliste. Tous doivent composer avec un événement qui leur échappe progressivement.

La reconstitution des années 1970 est par ailleurs très réussie. Radio, décors, costumes, fumée de cigarette et ambiance des rédactions donnent à l’ensemble une vraie identité visuelle sans transformer Indianapolis en musée des seventies. Surtout, la série bénéficie d’un duo central solide : Hamm et Ribisi jouent parfaitement cette relation entre fascination, méfiance et confrontation.

American Hostage aurait pu n’être qu’un énième true crime inspiré d’un fait divers improbable. La série évite en partie ce piège en déplaçant son regard vers celui qui raconte l’histoire : le journaliste. Entre thriller sous tension, portrait d’une époque et réflexion sur l’information-spectacle, elle trouve une matière plus riche que son simple fait divers. Jon Hamm et Giovanni Ribisi portent efficacement ce face-à-face aussi fascinant que dangereux. Et même si l’affaire a déjà été racontée sous d’autres formes, cette nouvelle version réussit à lui donner un angle suffisamment personnel. 

American Hostage
8 épisodes de 50′ environ
Sur HBO Max

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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