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On débriefe pour vous… La casa de papel, fin de la série et fin de braquage

La dernière salve d’épisodes de La casa de papel met un point final au casse des braqueurs, dans le plus pur style de la série. 

C’est quoi, La casa de papel (Saison 5b) ? Après la mort de Tokyo (Ursula Corbero), les braqueurs retranchés dans la Banque d’Espagne et ceux qui opèrent à l’extérieur sont sous le choc. Et sous pression, la guerre que leur livrent les paramilitaires chargés de mettre un terme au casse n’étant pas encore terminée… Pour le gang, le plus dur reste à faire : sortir l’or du bâtiment mais aussi et surtout réussir à s’en échapper. Et tandis que le professeur (Alvaro Morte) fait face à Alicia Sierra (Najwa Nimri), le colonel Tamayo (Fernando Cayo) est prêt à tout pour régler définitivement la situation. 

Lancée en 2017 dans une relative indifférence en Espagne, La Casa de Papel devait être une mini-série ; le succès mondial suite à la diffusion sur Netflix en a décidé autrement et pour poursuivre l’histoire, les scénaristes ont choisi de renvoyer tout le monde dans un nouveau braquage, visant carrément la Banque d’Espagne. Cinq saisons ou 41 épisodes plus tard, les braqueurs raccrochent le masque de Dalí et la désormais célèbre combinaison rouge. 

Dans sa toute première partie, La Casa de Papel a fait preuve d’une efficacité redoutable – peut-être précisément parce qu’elle était conçue comme une mini-série. Les choses ont été moins réussies par la suite, avec un basculement dans la surenchère au détriment de la cohérence et de la vraisemblance, la série frôlant  parfois la caricature d’elle-même. On pourrait citer toute une litanie de scènes improbables mais contentons-nous d’un exemple tiré de cette cinquième saison. La dernière fois que nous avions vu Alicia Sierra, elle venait d’accoucher grâce à une perche à selfie tandis que Le Professeur jouait les sage-femmes dans un entrepôt désaffecté ; on retrouve l’ex-flic prête à crapahuter couffin dans une main et pistolet dans l’autre. 

Cette seconde partie, est muy casadepapelesque, pour le meilleur et pour le pire. Elle a été largement critiquée et c’est indéniable : on peut souligner les dialogues grandiloquents que personne ne prononcerait dans des circonstances normales (et probablement encore moins au cours d’un braquage), certains personnages caricaturaux au  possible (on reparle de Sierra, toutefois magistralement incarnée par Najwa Nimri), de décisions prises par les protagonistes qui n’ont absolument aucun sens, de leur propension à disserter sur leur situation amoureuse en plein milieu d’une attaque au mortier… Voilà pour le pire.

Berlin aura droit à sa propre série sur Netflix

Mais il y a aussi le meilleur. La Casa de Papel  reste fidèle à une esthétique et une iconographie qui sont devenues sa marque de fabrique, aux séquences chargées d’adrénaline et aux coups de théâtre certes improbables mais inattendus, à la voix off de Tokyo en tant que narratrice omnisciente, aux plans millimétrés ourdis par le Professeur. Et comme dans les saisons précédentes, l’histoire progresse en parallèle sur différents plans : le déroulement du braquage  dans la banque, les machinations du professeur et l’évolution de sa confrontation avec Alicia Sierra, les flash-back qui expliquent les étapes du plan quand on retrouve le personnage de  Berlin (Pedro Alonso). Autrement dit : l’intérieur, l’extérieur et la voix du passé. Les flash-back impliquant Berlin et le Professeur ont en outre le mérite de converger vers l’intrigue principale, de mettre en lumière leurs motivations et de jouer en quelque sorte les teasers de la future série dérivée centrée sur Berlin, annoncée par Netflix pour 2023. 

L’un dans l’autre, dès lors qu’on est suffisamment indulgent pour fermer les yeux sur les défauts de la série, elle fonctionne du début à la fin. Et La casa de papel ne nous prend pas en traîtres, puisqu’on sait précisément ce qu’on va regarder. Oui, mais pas forcément ce qu’on va y trouver… C’est-à-dire qu’il y a les codes auxquels nous sommes habitués (dont l’incontournable Bella Ciao) dans un scénario rythmé et tendu qui va nous emmener à un dénouement dont on ignore tout. On se laisse emporter par l’action, toujours fiévreuse et spectaculaire, et par ce mécanisme redoutable qui tient d’une gigantesque partie d’échecs jubilatoire. Et le Professeur, qui semblait avoir toujours une dizaine de coups d’avance, se retrouve presque échec et mat.  

Adieu, Monsieur le professeur

Ce qui tient le public en haleine, c’est avant tout de savoir si – et comment – les braqueurs vont s’en sortir. Notamment parce que la série a forgé entre son public et ses personnages un lien émotionnel très fort au fil des saisons. S’il est inutile d’intellectualiser outre-mesure La Casa de Papel, il y a toutefois quelque chose d’intrigant dans cette sympathie envers ces anti-héros, des braqueurs et assassins présentés comme des sortes de Robins des Bois défiant le système et ne faisant que se défendre. 

Dès le début et jusqu’au final, La Casa de Papel renverse le manichéisme avec une perspective romanesque et une idéologie simpliste : les gentils malfaiteurs contre les méchantes autorités et le méchant capitalisme. Et ce n’est pas un hasard si, dans l’ultime épisode, Lisbonne cite Lazarillo de Tormes. Soit un roman du XVIème siècle avec un « brigand héros» qui s’élève au sein d’une société corrompue grâce à son intelligence. Et c’est ce qui fait du Professeur un personnage à la fois typiquement espagnol et très universel : un héros terriblement picaresque et un anti-héros qui se joue des autorités et du système. 

Ces derniers épisodes de La casa de papel permettent de répondre à la question essentielle : le final est-il à la hauteur du battage médiatique qu’a connu la série ? Pour nous, claro que si.  La série renoue avec l’ADN et les montées d’adrénaline des premiers épisodes quitte à opter pour un dénouement un peu complaisant et reprendre les trucs auxquels elle nous a habitués. Finalement, La Casa de Papel fonctionne comme un tour de magie : peu importe si l’on devine les trucs, du moment que les tours de passe-passe du magicien nous épatent. Ou ceux du Professeur, dans le cas présent. 

La casa de papel
Saison 5b – 5 épisodes de 50′ environ.
Disponible sur Netflix.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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