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On débriefe pour vous … The Sinner, thriller psychologique avec Jessica Biel

Thriller psychologique complexe et envoûtant, The Sinner est une excellente surprise. Un polar cryptique porté par ses deux comédiens : Jessica Biel et Bill Pullman.

C’est quoi, The Sinner ? Mariée, mère d’un petit garçon, vivant dans une jolie maison de banlieue, Cora Tanetti (Jessica Biel) a tout pour être heureuse ; elle semble pourtant moins épanouie qu’elle devrait l’être… C’est alors que survient le drame. Par une belle journée d’été, au bord d’un lac, la jeune femme est prise d’un coup de folie : sans raison apparente, elle se jette sur un jeune couple et poignarde l’homme – un parfait inconnu – de plusieurs coups de couteau. Arrêtée pour meurtre, Cora est incapable d’expliquer son geste. Alors que l’affaire semble entendue, l’inspecteur Ambrose (Bill Pullman) est intrigué par l’absence de mobile ; en interrogeant la coupable, il comprend que quelque chose de plus complexe se cache derrière son accès de violence et décide de mener l’enquête.

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Écrite par Derek Simonds d’après le roman de Petra Hammesfahr, The Sinner est certainement l’une des surprises de l’été, et pas seulement en raison de ses bonnes audiences. Constante en qualité, portée par deux interprètes remarquables, elle a subtilement tissé sa toile, piégeant les spectateurs dans un thriller psychologique plein de drame, de tension, de secrets et de noirceur. Le point de départ – un fait divers en apparence banal – cache en fait des non-dits et des vérités indicibles, que l’enquête rigoureuse d’un inspecteur va progressivement mettre au jour. Imparfaite, par moments un peu confuse par sa construction volontairement embrouillée, The Sinner s’avère au final un redoutable polar, intrigant et envoûtant.

Dès le premier épisode, les enjeux sont clairement posés : quelle mouche a donc piqué Cora, mère de famille aimante, pour qu’elle poignarde à mort un inconnu, avec une rage et une violence inattendues ? Une question que se pose l’inspecteur Ambrose, mais il est bien le seul. Pour les enquêteurs et la justice, l’affaire est entendue et le dossier bouclé ; Cora a avoué, elle va être condamnée à perpétuité. Ambrose décide pourtant de poursuivre l’enquête. Cora elle-même ne s’explique pas son geste, mais l’inspecteur comprend vite qu’il y a bien une motivation, inconsciente et refoulée, derrière le meurtre. Au fil des interrogatoires, il va pousser la jeune femme à se souvenir, activer des réminiscences enfouies qui, peu à peu, vont le conduire sur le chemin de la vérité – et donner son sens au titre, The Sinner.

A lire aussi : Interview – Somewhere between : « Laura est aux couleurs du titre, quelque part entre les deux, en nuance de gris »

Cora (Jessica Biel) : coupable et/ou victime ?

 

Comme un puzzle dont les  pièces se dévoilent peu à peu, sans toujours trouver immédiatement leur place, la série reste longtemps nébuleuse, cryptique, indéchiffrable. Jusqu’aux deux derniers épisodes, où chaque question trouve enfin sa réponse. Lentement, l’écheveau se démêle, à mesure que Ambrose comprend les ressorts du drame, cachés dans les méandres de l’inconscient de cette improbable meurtrière. Difficile d’en dire davantage sans dévoiler des éléments-clés de l’intrigue. Contentons-nous d’évoquer l’histoire familiale de l’héroïne avec une sœur malade et une mère obsédée par la religion, des tensions sexuelles, des antécédents de toxicomanie, un mystérieux enlèvement et un ex-amant pervers (interprété par Jacob Pitts). En alternant récit au présent et flashbacks, enquête et plongée dans un passé que Cora peine à se remémorer, la série déconstruit progressivement le mystère jusqu’à révéler une vérité bien éloignée de ce que l’on avait imaginé, mais logique et cohérente.    

Le mystère est sous-tendu par une ambiance trouble, pesante voire malsaine, et une lenteur susceptible de décourager une partie du public ; cet aspect est pourtant nécessaire en ce qu’il accentue la sensation d’oppression. La mise en scène n’y est pas étrangère : la photographie repose sur un contraste d’ombres et de lumières et une gamme chromatique terne, certaines scènes sont faites de longs silences entrecoupés de dialogues denses, et on alterne entre récit classique et focalisation interne lorsqu’on plonge dans les souvenirs  de Cora. Avec le regard des deux protagonistes, le récit entretient le trouble et permet au spectateur de l’appréhender  des deux points de vue : celui, immersif, d’une Cora incapable de comprendre les réminiscences qui l’assaillent et celui, extérieur, d’un Ambrose témoin de ces prises de conscience, mais tout aussi désemparé au moment de retracer le cours des événements. Entre empathie et incompréhension, le propos est lourd, met parfois mal à l’aise mais a quelque chose de fascinant et d’accrocheur – a fortiori lorsque chaque épisode s’achève sur un cliffhanger mené de main de maître. Parfois faciles et racoleurs au premier abord, ces coups de théâtre changent systématiquement la donne et s’avèrent plus subtils qu’il n’y paraît lorsqu’ils s’insèrent dans la vision d’ensemble. A chaque fois, ils  remettent en question ce que nous venons de voir, apportent des réponses mais soulèvent aussi de nouvelles questions.

Cora et Ambrose, à la recherche de la vérité

 

Malgré toutes ces qualités, The Sinner n’aurait pas eu le même impact sans ses acteurs, duo remarquable laissant entrevoir petit à petit les ressorts de la relation qui s’instaure entre leurs personnages. Bill Pullman est excellent en inspecteur laconique mais déterminé, il suggère tout par ses regards, son phrasé, sa manière de bouger et son perpétuel sourire amer. On avait quelques doutes sur Jessica Biel, ; elle est très convaincante dans le rôle délicat de Cora et, sans surjouer, elle reflète le chaos intérieur, le sentiment de culpabilité et la frustration de son personnage, défait et perdu dans un labyrinthe d’images floues dont il ne peut trouver la sortie…

Polar intriguant, The Sinner prend un malin plaisir à perdre ses personnages autant que son public, leur donnant au compte-gouttes les pièces permettant de reconstituer le puzzle. Thriller psychologique complexe et intelligemment construit,  avec une mise en scène remarquable et des acteurs qui ne le sont pas moins, The Sinner est redoutable d’originalité et d’efficacité . La série étant pensée comme un anthologie, on ignore encore de quoi sera faite la saison 2 – ni même s’il y en aura une. Si elle est du même niveau que la première, on ne peut que l’espérer.

The Sinner (USA Network)
8 épisodes – en France sur Alice Studios.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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