Un peu plus d’un mois après sa sortie dans le monde, Les maîtres de l’univers arrivent enfin pour sa diffusion en France sur Prime.
Après quinze ans de séparation, l’Épée de Pouvoir guide le Prince Adam (Nicholas Galitzine) jusqu’à Eternia, où il découvre son monde ravagé sous le règne maléfique de Skeletor (Jared Leto). Pour sauver sa famille et son univers, Adam devra unir ses forces à celles de ses plus proches alliés, Teela (Camila Mendes) et Duncan/Man-At-Arms (Idris Elba), et embrasser sa véritable destinée en tant que He-Man — l’homme le plus puissant de l’univers.
L’essentiel
C’est toujours un pari risqué d’adapter un dessin animé culte en film live action. Certains s’y sont cassé les dents, comme Dragon Ball Evolution ou Les Chevaliers du Zodiaque. D’autres, à l’inverse, ont prouvé que l’exercice était possible. L’adaptation de One Piece par Netflix en est le meilleur exemple.
Les Maîtres de l’Univers appartient à cette catégorie d’œuvres profondément ancrées dans l’imaginaire des années 1980. Créée par Lou Scheimer, la série animée a bercé toute une génération, qui s’est approprié les aventures de Musclor, de Skeletor et des héros d’Eternia autant à travers le dessin animé que les célèbres figurines. Après l’échec du film de 1987 avec Dolph Lundgren, les attentes étaient immenses. Cette nouvelle adaptation devait enfin prendre son univers au sérieux, lui donner une véritable ampleur cinématographique et convaincre que cette mythologie pouvait exister au-delà de la nostalgie.
On aime ?
Sur ce point, le film réussit en grande partie son entrée.
Les décors sont tout simplement remarquables. Eternia apparaît comme un monde où magie et technologie cohabitent avec une étonnante cohérence. Les forteresses, les créatures, les véhicules futuristes, les sorcières, les démons et la présence menaçante de Skeletor composent un univers crédible et spectaculaire. Les moyens sont manifestement au rendez-vous, et la séquence d’ouverture, qui voit Skeletor lancer son assaut contre Eternia, constitue sans doute l’un des meilleurs moments du film. Intense, ambitieuse et visuellement impressionnante, elle laisse entrevoir l’adaptation que les fans espéraient depuis près de quarante ans.
Puis le récit prend une direction beaucoup plus discutable.
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Comme Superman avant lui, Adam est envoyé sur Terre, et c’est précisément à ce moment que le film perd une partie de sa force. Dans le dessin animé, Adam possédait déjà une personnalité à contre-emploi : hésitant, maladroit, parfois peu courageux, il contrastait volontairement avec la puissance de Musclor.
Ici, le trait est largement forcé.
Adam apparaît comme un personnage presque insignifiant. Sa maladresse vire à la faiblesse, son humour prend le dessus sur sa personnalité, au point qu’il devient difficile d’imaginer qu’il puisse incarner, quelques instants plus tard, le plus puissant défenseur d’Eternia. Là où le scénario aurait pu montrer un jeune homme encore inexpérimenté mais déjà profondément héroïque, il choisit d’en faire l’exact opposé de Musclor.
Cette volonté de faire de la comédie ne touche d’ailleurs pas uniquement Adam. Elle s’étend à une bonne partie des personnages. Le Maître d’armes, par exemple, est retrouvé des années plus tard enfermé dans une prison, devenu alcoolique, dans une approche qui privilégie davantage le décalage humoristique que la noblesse du personnage. Cette tonalité finit par contaminer une grande partie du récit.
C’est sans doute là que réside la principale faiblesse du film. À vouloir constamment désamorcer la tension par l’humour, l’œuvre abandonne une partie de son identité. On n’a plus vraiment le sentiment d’évoluer dans un univers d’heroic fantasy, mais davantage dans un récit d’aventure où la légèreté prend régulièrement le pas sur l’épique. Le problème n’est pas la présence d’humour en elle-même, mais son omniprésence, qui empêche certains moments de prendre toute leur ampleur.

Et c’est d’autant plus frustrant que tout le reste fonctionne.
Les scènes d’action sont efficaces, lisibles et généreuses. Les références à la série originale sont nombreuses sans tomber dans le simple clin d’œil gratuit. Le célèbre cri de Musclor lorsqu’il brandit son épée en invoquant « Par le pouvoir du Crâne Ancestral ! » est bien présent, tout comme de nombreux éléments emblématiques de la licence.
Même Kringer, le fidèle tigre de combat de Musclor, conserve sa capacité à parler. Un choix qui aurait pu être abandonné pour rendre l’univers plus réaliste, mais que les scénaristes assument pleinement dès les premières scènes sur Eternia. Cette fidélité est particulièrement appréciable pour les fans de longue date.
Le film s’offre même un clin d’œil sympathique avec un caméo de Dolph Lundgren, héros du long métrage de 1987. Une manière élégante de saluer cette première tentative d’adaptation, malgré ses nombreuses limites.

Une fin qui montre enfin la bonne direction
Paradoxalement, ce sont les toutes dernières minutes du film qui résument le mieux ce que cette adaptation aurait dû être du début à la fin. À cet instant, les scénaristes trouvent enfin le point d’équilibre entre un univers traité avec sérieux et le côté délicieusement décalé qui a toujours fait l’identité des Maîtres de l’Univers.
On retrouve alors un Musclor fidèle à lui-même, capable d’humour sans jamais devenir une caricature. Mieux encore, le film assume pleinement les codes du dessin animé des années 1980. Lorsque le héros éclate de rire en rejetant la tête en arrière, il adopte exactement cette posture si caractéristique des séries d’animation de Filmation. Un détail qui peut sembler anodin, mais qui parlera immédiatement aux spectateurs ayant grandi avec la série.
La dernière séquence regorge également de références particulièrement bien trouvées. L’une des plus amusantes détourne avec intelligence un élément emblématique de la mythologie de Musclor : Adam s’éclipse discrètement pour se transformer, mais les personnages qui l’accompagnent ne sont pas dupes. Contrairement au dessin animé, ils savent parfaitement ce qu’il est en train de faire et jouent avec cette situation. Ce clin d’œil fonctionne précisément parce qu’il respecte la logique de l’univers tout en s’autorisant une pointe d’autodérision.
Autre moment attendu par les amateurs de la licence : Kringer apparaît enfin sous sa véritable apparence de Tigre de Combat. Une récompense pour les spectateurs qui espéraient retrouver l’ensemble des éléments iconiques de la saga.
Enfin, la musique vient achever cette montée en puissance. Les célèbres notes du générique des années 1980 font leur apparition au moment opportun, créant un véritable frisson nostalgique sans jamais donner l’impression d’un hommage forcé. Cette utilisation mesurée de la bande originale montre qu’il est possible de faire vibrer la corde nostalgique tout en restant au service du récit.

Un potentiel immense pour la suite
Au final, Les Maîtres de l’Univers est une adaptation qui oscille constamment entre deux visions. D’un côté, une direction artistique ambitieuse, un univers superbement reconstitué, des scènes d’action solides et un profond respect de la mythologie créée par Filmation. De l’autre, une volonté parfois excessive de faire de la comédie, qui affaiblit la portée dramatique de nombreux personnages et de plusieurs scènes importantes.
Pour autant, difficile de parler d’échec. Le film pose des bases solides et donne véritablement envie de retourner sur Eternia. Les dernières minutes démontrent surtout que les créateurs ont parfaitement compris ce que les fans attendent : un récit épique, assumé, respectueux de son héritage, capable d’être drôle sans jamais tourner ses héros en dérision.
Si une suite voit le jour, elle n’aura sans doute qu’une seule mission : conserver cette ambition visuelle tout en faisant confiance à la force de son univers. Car les dernières images prouvent une chose : lorsque Les Maîtres de l’Univers cessent de se moquer d’eux-mêmes, ils redeviennent exactement ce qu’ils ont toujours été… une grande aventure d’heroic fantasy.