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On vous raconte ce jour où … Plus belle la vie a été lancée sur France 3

C’était il y a quasiment 16 ans jour pour jour, le 30 août 2004 que Plus belle la vie a été lancée sur France 3. Que de chemin parcouru pour la série au plus de 4000 épisodes.

Si aujourd’hui, la télévision française s’apprête à accueillir son 4ème feuilleton quotidien avec Ici tout commence, ce n’était pas aussi évident que ça d’en lancer un en 2004 quand arrive Plus belle la vie. Dans le passé, d’autres tentatives avaient émergé sur TF1 avec Riviera ou sur France 2 avec Cap des Pins. A chaque fois, l’échec d’audiences avait condamné ces séries.

Il faut bien comprendre qu’à la différence d’une série de prime time, le soap a une vingtaine de personnes principaux auxquels s’attacher ce qui demande du temps. Or la télévision n’a pas de temps pour attendre qu’une série fonctionne. Aux Etats-Unis, pays du soap par excellence, le dernier du genre à avoir été lancé et toujours à l’antenne, c’est Amour gloire et beauté, lancé … en 1987. C’est dire !
Ces quelques mots pour bien comprendre que c’est un vrai pari que prend France 3, non seulement d’en lancer mais aussi, on va le voir, de lui laisser le temps de s’installer malgré l’échec qui se profile au début.

Un feuilleton quotidien en face de la grande messe du JT, ce n’est pas simplement une contre programmation, c’est presque une tentative désespérée. A cette heure là, ce sont plutôt des talks ou des jeux que propose la télé mais pas des séries (toujours cantonnées au prime).

Initialement baptisée avant sa diffusion “Mistral Gagnant“, Plus belle la vie arrive sur les écrans de France 3 le 30 août 2004.
En terme d’écriture et d’intrigues, la série met à ses débuts assez naturellement en place tous ces personnages, nombreux, et les installe. Mais la série des débuts n’est pas celle d’aujourd’hui et elle commet une erreur fondamentale : ne pas assumer ce qu’elle est. En effet, Plus belle la vie au début se veut une série du réel, qui traite quasiment uniquement des problèmes du quotidien (un peu comme Melrose Place qui, à ses début, fit la même chose pour se démarquer de Beverly Hills et fut un échec). Pour laisser à la série le temps de s’installer, France 3 s’engage dès le départ à diffuser 100 épisodes (soit 5 mois de diffusion). Mais 5 mois avec une audience faible, même pour France 3, c’est dur. Très dur.
Il faut dire que les intrigues des débuts, si elles permettent de bien comprendre qui est qui, ne sont pas très intéressantes, même si la toile de fond sociétale de la série est déjà là. Quelque chose doit changer sinon le projet court à la catastrophe.

C’est l’arrivée de nouveaux auteurs dont Olivier Szulzynger et un changement profond dans les intrigues qui va permettre à la série de vraiment se lancer. En un mot comme en cent, la série se met à s’assumer, à assumer sa part de soap. C’est ce qui lui manquait, de comprendre que le romanesque ne doit pas se faire au détriment du sociétal mais qu’au contraire il doit primer, avec le sociétal qui vient comme une illustration et comme une manière d’encrer la série dans le réel.

C’est l’arrivée de l’ex mari de Mirta, Manuel, homme violent, qui va illustrer ce changement. Non seulement, il va permettre de donner un autre visage au passé de Mirta (une femme battue qui a tout quitter pour fuir son mari) mais il va emmener la série sur l’élément qui va lui permettre de devenir addictive : le polar. Car si au début, Manuel Torres est une menace sourde pour le personnage et ses proches, à l’approche des fêtes de fin d’année, il sera assassiné et beaucoup des personnages de la série deviennent ainsi suspect. Avec cette arche, le public ne s’y trompe pas, l’audience remonte largement et Plus belle la vie devient un succès. Dans le même temps, l’arrivée du personnage de Frémont (Alexandre Fabre) qui devient le “méchant” de la série contribue à installer dans la série ce petit quelque chose qui lui manquait (le soap américain Des jours et des vies a par exemple depuis de nombreuses années un méchant iconique, Stefano Di Meira). C’est d’ailleurs une des erreurs de la série que de ne pas avoir conservé cet aspect là de Frémont et d’avoir “changé” le personnage pour une version plus “comique”.

Reste qu’à la fin 2004, Plus belle la vie est un succès et le pari de France 3 en passe d’être gagné.

En 2005, forte du succès de cette intrigue, la série ne s’endort pas sur ses lauriers et renforce ses intrigues fortes couplées aux sujets de société qui deviendront sa marque de fabrique. PBLV comprend qu’on peut mieux faire entendre et accepter ses sujets de société quand ils sont inclus dans une intrigue fun. Outre le personnage de Céline Frémont en mode Kimberly Shaw de Melrose Place, la série introduit des personnages appelés à devenir culte, au premier rang duquel on trouve Thomas Marci, arrivé dans la série avec une intrigue mémorable centrée sur le serial killer du Dr Livia qui piège ses victimes par l’hypnose. Ces intrigues fortes deviennent la marque de fabrique de la série dans ces premières années, qu’il s’agisse d’une histoire de fantôme parlant à un des ados de la série, un virus lâché sur le Mistral, des parchemins maudits, ou encore le Diable en personne qui arrive à Marseille. PBLV se la joue fun, pop, décomplexée et gagne son statut de rendez-vous culte !

16 ans plus tard et quelques 4100 épisodes, Plus belle la vie est un rendez-vous incontournable de la télévision. L’après confinement étant un peu plus difficile pour elle que pour d’autres séries quotidiennes, la série devrait en profiter pour “replonger” dans ces premières années et retrouver le plaisir du fun (comme on le voit avec l’intrigue actuelle en mode Cluedo, qui nous rappelle un peu celle de Manuel Torres). Avec une galerie hallucinantes de personnages, elle devrait aussi faire ce que font beaucoup de soaps dans le monde et utiliser la mémoire collective de son public pour reconvoquer des personnages importants. Livia est absent depuis des années de la série mais pourrait revenir hanter le quartier. Pareil pour Vassago. Certes Jean-François Garreau nous a quittés, mais en tant que “Diable”, il pourrait revenir sous une nouvelle identité.
La force d’un soap c’est l’utilisation d’une mémoire collective. On aimerait voir la série l’utiliser davantage.

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Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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