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Paolo : l’OVNI qui a marqué l’ouverture du Festival de la Fiction de La Rochelle

Avec Paolo, le Festival de la Fiction télé de La Rochelle a choisi d’ouvrir sa programmation avec une véritable série de genre. Une proposition politique, locale et particulièrement violente, qui a surpris le public dès les premières minutes.

Il y a des séries qui ressemblent à ce que l’on connaît déjà. Et puis il y a celles qui semblent arriver de nulle part. Paolo appartient clairement à la deuxième catégorie. Présentée en ouverture du Festival de la Fiction télé de La Rochelle, la série s’est rapidement imposée comme l’un des objets les plus singuliers de cette édition.

La vie ordinaire de Paolo bascule lorsqu’il recroise la route de Téophane, un ancien camarade d’école, qui brigue aujourd’hui la mairie de sa ville et qui a semble-t-il tout pour lui. Ce qui commence par une simple admiration et une volonté de soutenir la campagne se transforme en une obsession dévorante…

La fiction mélange deux univers qui, sur le papier, pourraient sembler éloignés : la politique et le genre. La première partie nous plonge au cœur d’un système politique très local. Ici, pas de grandes campagnes nationales ni de couloirs du pouvoir à Paris : l’histoire se déroule dans une petite ville fictive, autour d’une campagne pour les élections municipales.

Mais très vite, cette campagne locale prend une tout autre dimension.

Une rencontre dans la nuit

Yves, le chauffeur de Téophane, vient de déposer son patron chez lui. Il reprend ensuite le volant et se retrouve en pleine forêt, dans une nuit noire. C’est là qu’il tombe sur Paolo, en panne de vélo. Yves ne va pas le laisser seul dans cette forêt en pleine nuit. Il décide de le prendre en stop.

À cet instant, le spectateur assiste à une rencontre qui pourrait presque sembler anodine. Les deux hommes sont dans la voiture. Ils se regardent. Un face-à-face s’installe progressivement. Mais Yves comprend rapidement que Paolo est fan de Téophane. Et c’est précisément à partir de là que la situation va complètement basculer.

Des propos homophobes d’une rare violence

Alors qu’Yves est censé entretenir une relation professionnelle cordiale avec son patron Téophane, il va se déchaîner contre lui dès lors qu’il comprend qui est Paolo. Il tient alors des propos homophobes d’une rare violence, visant Téophane mais également sa femme.

La scène devient alors extrêmement particulière parce qu’elle repose d’abord sur cette relation inattendue entre les deux personnages. Dans l’habitacle de la voiture, les regards prennent une importance considérable. Un véritable jeu de regards s’installe entre eux.

La musique en arrière-plan participe également à cette montée de tension. Elle accompagne la scène et fait comprendre progressivement au spectateur que quelque chose va se produire.

On sait que la situation va basculer.

Mais on ne sait pas encore jusqu’où.

Le spectateur sait que quelque chose va arriver

C’est précisément ce travail de mise en scène qui rend la séquence aussi saisissante. Le spectateur peut comprendre qu’il va se passer quelque chose, mais il ne peut absolument pas prévoir le degré de violence auquel il va assister.

Après les propos tenus par Yves, la violence de Paolo va se déchaîner. Yves va être frappé avec une telle brutalité que son visage est littéralement détruit à coups de barre de fer. Une violence graphique particulièrement impressionnante, dont le niveau est extrêmement rare dans une série française.

La scène surprend donc autant par ce qu’elle raconte que par la manière dont elle est construite.

Tout commence avec un chauffeur qui prend en stop un homme en panne de vélo, simplement parce qu’il ne veut pas le laisser seul dans une forêt plongée dans le noir. Puis viennent les regards, les silences, la musique, les propos homophobes et enfin l’explosion de violence.

Un véritable OVNI pour l’ouverture

C’est cette rupture qui fait de Paolo une proposition aussi particulière pour le Festival. Le réalisateur l’a d’ailleurs souligné : proposer une véritable série de genre en ouverture d’un festival de fiction télé constitue un choix qui tranche avec les habitudes.

Le public de La Coursive ne s’attendait manifestement pas à assister à une séquence d’une telle intensité.

La présidente du Festival Sophie Revil a évoqué à cette occasion plusieurs séries américaines qui soulignent le travail de HBO dans son approche des séries. Mais Paolo propose surtout quelque chose de très différent dans le paysage de la fiction française.

Une fiction politique locale qui se transforme en série de genre. Une scène qui commence presque dans le calme d’un trajet nocturne et qui finit dans un déchaînement de violence.

C’est précisément cette capacité à surprendre qui fait de Paolo l’OVNI de cette ouverture à La Rochelle. Et dans la salle de La Coursive, au moment où la violence éclate, une chose est devenue évidente : personne ne pouvait vraiment prévoir jusqu’où la série allait aller. Et encore moins ce qu’elle a dans sa manche.

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Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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