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Pour un retour de l’audace en séries : pourquoi la création française ne peut pas se passer de l’esprit Slash ou OCS ?

Alors que Ciné+ OCS annonce la diffusion en novembre de ONG, on se souvient et on appelle à l’audace de l’esprit Slash ou OCS pour « sauver » notre fiction en ces temps compliqués.

TRIBUNE – En ces temps où le mot « rigueur » résonne comme un couperet dans les couloirs du ministère de la Culture et des sièges des diffuseurs, la fiction française retient son souffle. Menacée par des coupes budgétaires drastiques et la tentation du repli frileux, notre production télévisuelle risque de se réfugier dans des recettes usées : policiers procéduraux rassurants, comédies familiales consensuelles et drames en costume taillés pour plaire au plus grand nombre.

Pourtant, la réponse à la crise budgétaire ne réside pas dans le conformisme, mais dans l’audace. C’est précisément parce que l’argent se fait rare qu’il faut réinventer la création à travers ce qui a fait sa sève la plus vive ces dernières années : le laboratoire des séries à petit budget, incarné par la marque de fabrique de France tv Slash et le label OCS Signature.

Roxane Bret (Kiemke Baer), Mathilde La Musse (Adèle Lauthier) dans OGN

Quand la contrainte financière devenait le moteur de la liberté créative

Rappelons-nous. C’est avec des budgets dérisoires au regard des standards des géants américains — parfois moins d’un million d’euros par saison — que ces espaces de liberté ont donné naissance aux pépites de la fiction française moderne.

  • France tv Slash, ce fut l’écosystème où ont pu émerger des pépites générationnelles comme SKAM France, la fraîcheur de Parlement ou le coup de poing Chair Tendre. Sans gros moyens mais avec une liberté totale accordée aux jeunes auteurs et réalisateurs, la plateforme a réussi l’impossible : faire revenir les jeunes adultes vers l’audiovisuel public.
  • OCS Signature (désormais fusionné dans la galaxie Ciné+ OCS), c’était le berceau de l’absurde magnifique (Irresponsable), de la science-fiction intimiste (Missions) ou de la comédie douce-amère (HP).

Ces projets n’ont pas triomphé malgré leur manque de moyens, mais grâce à lui. La contrainte financière y imposait une rigueur d’écriture féroce : pas d’effets spéciaux coûteux pour meubler le vide, pas de castings rutilants pour masquer des faiblesses scénaristiques, mais des idées fortes, des dialogues affûtés et une mise en scène inventive. Mais sans revenir à des fictions qui courent après l’argent, c’est avant tout à l’esprit de laboratoire qu’il faut aujourd’hui revenir face à la crise que commence juste à traverser notre fiction.

L’illusion du coût : la grande fiction « prestige » n’est pas la seule voie

Aujourd’hui, l’industrie s’épuise dans une course à l’armement budgétaire initiée par les plateformes mondiales. On investit des millions par épisode dans des superproductions ou des fictions événement, souvent calibrées par des algorithmes. Résultat : au moindre tour de vis budgétaire, les diffuseurs paniquent, annulent des projets et réduisent la voilure.

C’est une erreur stratégique majeure. Mettre en sommeil l’esprit de Slash ou réduire au silence la singularité défendue par OCS, c’est couper l’arbre par ses racines. Financer cinq séries légères, impertinentes et ancrées dans le réel coûte souvent moins cher que de produire une seule fresque historique tiède.

L’audace à moindre coût n’est pas un lot de consolation : c’est un modèle économique rentable et un impératif culturel. C’est là que se forme la pépinière des talents de demain — showrunners, comédiens, techniciens — qui irrigueront ensuite tout le cinéma et la télévision française.

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Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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