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Pourquoi les MOOCs ne nous rendront pas plus intelligents

La France, trop anxieuse de prendre (encore) du retard dans la conquête des terres numériques accueille l’expérience à bras ouverts. Depuis six mois, l’effervescence provoquée par les MOOCS – « cours en ligne » pour les anglophobes – ne perd pas de sa fougue. Pour parfaire mes connaissances en matière de relations internationales, et dans le souci de connaitre le fonctionnement de ces instruments de l’éducation 2.0, je décide de m’inscrire dans l’aventure FUN (France Université Numérique).

La fierté de la France

Les MOOCs – à ne pas confondre avec « mooks », terme un peu flou renvoyant à une réalité geek ou encore « muk », une curiosité culinaire coréenne – sont des Massive Open Online Accessible Courses. Des cours gratuits, interactifs, en ligne. La plateforme française FUN en compte aujourd’hui 25, sur des sujets comme le Transmedia Storytelling, la Philosophie, le droit Constitutionnel ou encore le HTML 5.

Moi, j’ai choisi le cours de 12 semaines sur l’espace mondial dispensé par Bertrand Badie, chercheur au CERI (Centre d’étude des relations internationales) et professeur à Sciences Po. C’est marrant de pénétrer l’amphi sans avoir passé le concours, j’ai l’impression d’avoir enfin rejoint l’élite de la France.

Vers une démocratisation du savoir ?

Bien sûr, c’est une véritable révolution pour l’éducation et l’enseignement supérieur. Les plus grandes universités du monde suivent le mouvement – l’EPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne) et toute la clique de la Ivy League – donnant accès à des enseignements qui jusqu’à présent sommeillaient sous le sceau du secret et de l’excellence. A l’issu de ce programme, les plus studieux se verront décerner un certificat de réussite du MOOC, parfois payant.

Pouvoir accéder aux cours magistraux d’HEC, de Centrale, du CNAM… Est-ce cela, la démocratisation du savoir? Alors que certains cours ne requièrent à priori aucun prérequis – à part être anglophone, puisque nombre d’entre eux sont en anglais – d’autres cours sont assez pointus, surtout lorsqu’il s’agit de physique quantique ou de marchés financiers. Le public visé est donc pour l’instant plutôt restreint.

Former une majorité autodidacte

Mais pour Michel Serres, avec les MOOCs, « la possibilité d’accès au savoir devient infinie », comme il le soutient dans Challenges ce mois-ci. Il explique que l’héroïne de sa fable à succès, la petite Poucette (paru le 30 mars 2012 aux éditions le Pommier, ndlr) tient dans sa main son smartphone et avec lui « tous les lieux du monde, toutes les informations du monde, tous les cours en ligne du monde ». Serait-elle le symbole ou le pur produit de la génération Y ? Dans tous les cas, son portrait de Poucette est peut-être trop utopique, ou idéaliste.

En fait, Michel Serres est l’exemple parfait de la génération de nos grands-parents, celle qui pouvait très bien rentrer à Navale et enchainer Normale Sup. Un bel exemple donc, de cette génération supérieure tant par l’âge que leur intellect. Face à cette génération ? La mienne, la nôtre, ultra-connectée, grandissant avec les nouvelles technologies sans pouvoir en profiter. Celle qui ne peut pas se concentrer plus de dix minutes d’affilée pour écouter un cours en amphi, parce qu’au bout de 7 min 30 la fenêtre de Facebook sautille, l’hypnotise et l’aspire. Alors comprendre ce qu’il se passe à Harvard, franchement.

“Facebook m’a tuer”. Et tout compte fait, je ne suis pas sure que, lorsqu’il s’adresse à ses élèves pour les féliciter d’être les futurs décideurs de demain, Monsieur Bertrand Badie, chercheur au CERI et professeur à Sciences Po pense à moi, derrière mon écran, et me compte moi aussi dans l’élite de la nation…

 

Marguerite de Rodellec

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