Cinq éditeurs de presse portent plainte contre Presstalis pour  » faux bilan  » alors que le tribunal de commerce s’apprêtait à valider son projet de sauvetage. L’entreprise de distribution est plus en danger que jamais.

Premier distributeur de la presse au numéro, Presstalis achemine 4 000 titres dans 25 000 points de vente à travers toute la France. Déjà sauvée in extremis de la crise en 2012 par les éditeurs de presse et l’État, l’entreprise est une fois encore au bord du gouffre. Un nouveau plan de restructuration a été présenté le 20 février dernier. Celui-ci propose de prélever 2,25% de plus sur le prix de vente des journaux pendant quatre ans et demi. Les grands groupes de presse doivent également s’engager à rester, durant toute la durée du plan, chez Presstalis. Enfin, à l’exception des journaux les plus fragiles économiquement, les éditeurs accordent un délai supplémentaire de deux semaines aux messageries pour régler les sommes dues.

Presstalis pourrait entraîner les petits éditeurs dans sa chute

Mais les petits éditeurs de presse sont inquiets. Une telle augmentation de cotisation à leur échelle est colossale. Beaucoup ne seront pas en mesure de faire face et risquent de disparaître. Cinq d’entre eux ont d’ailleurs porté plainte contre Presstalis pour  » présentation de faux bilan  » le 9 mars dernier. La Financière de loisirs, Arxis Presse, MGMP, RPP et Rigel, tous adhérents du Syndicat de l’association des éditeurs de presse (SAEP), ont saisi le Parquet National Financier (PNF) de Paris pour contester les conditions de sauvetage. En vertu de la loi Bichet qui régule la distribution de la presse, les éditeurs se doivent solidarité. Ils font tous partis en deux sociétés de coopératives. Cette aide les concerne donc tous au même titre, petits comme grands éditeurs.

Le symbole de tout un modèle en crise

Avec le numérique, le modèle de consommation de la presse a profondément changé. Fini les abonnements papier et l’achat de numéros en kiosque, les lecteurs préfèrent se tourner vers Internet. Presstalis, organisée pour une distribution beaucoup plus importante, a fait des efforts pour faire face à ces changements. Mais l’entreprise a encore besoin de s’adapter à des volumes plus faibles. Cela passe par ces restructurations qui sont très coûteuses. Et ce sont les éditeurs de presse qui doivent les assumer. C’est pourquoi, via les coopératives qui prévoient que les coûts de redistribution soient les mêmes pour tous, ils s’organisent pour payer. Mais pour les petits éditeurs, l’addition risque d’être salée.

Les marchands de journaux, autre victime de la distribution

L’une des principales explications à ce coût si élevé pour les éditeurs est une distribution trop large. Ils essayent donc de faire en sorte que le procédé soit moins onéreux, sans pour autant pénaliser les marchands de journaux. Ces derniers, sous-rémunérés, peinent à s’en sortir et cela, depuis des années. Le taux d’invendus dans les kiosques est près de 65%. Pour assurer le pluralisme, les marchands de journaux sont soumis à des obligations de vente. Mais ces quotas ne tiennent pas compte des spécificités territoriales et des demandes des consommateurs. Face aux mutations de la presse et de sa consommation, la réglementation en matière de points de vente semble donc ne plus vraiment faire sens.

Des milliers d’emplois en danger

Une « présentation de faux bilan » est une infraction pénale passible d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende pouvant aller jusqu’à 375 000 euros. La plainte déposée à la veille de la validation par le tribunal de commerce du plan de restructuration de Presstalis pourrait mettre en péril de nombreux emplois. Michèle Benbunan, nouvelle patronne du groupe a annoncé à ses employés, l’éventualité d’un plan social. Celui-ci toucherait 200 personnes et pourrait provoquer un mouvement social comme en 2012. A l’époque, les quelques 25 000 kiosquiers français en étaient les premières victimes. Les grèves tuent les marchands de journaux. Si pour l’instant l’issue de Presstalis est encore incertaine, son sauvetage ou non, elle fera très certainement des victimes collatérales.