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REPORTAGE – 400 migrants sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris

Depuis ce jeudi 24 juin au soir, des centaines de tentes sont posées sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris. A l’intérieur, des migrants en demande de logement. Nous avons rencontré les femmes et les hommes qui occupent la zone ainsi que l’association Utopia 56, à l’origine de cette mobilisation. 

Alors que les cloches de la Mairie de Paris sonnent, les migrants sont toujours là. Depuis le 24 juin, ceux-ci poussent un cri d’alerte. Les sourires, les parties de football et de cartes contrastent avec une situation plus que délicate. 

Faute d’hébergement, près de 250 tentes abritent des migrants sur la place de l’Hôtel de Ville. Des familles, pour la plupart venues d’Afrique subsaharienne, sont toujours en attente de réponse de la part des autorités compétentes.

“Visibiliser la situation et obtenir des mises à l’abris”

Kerill Theurillat, coordinateur de l’antenne de Paris d’Utopia 56, association d’aide au logement pour les migrants et à l’origine de l’opération, a accepté de s’entretenir pour VL média. “On est venu pour demander à l’État des hébergements. On espère avoir le soutien de la mairie si ça se passe mal.” avoue-t-il en faisant référence à une opération similaire menée fin août dernier, qui avait mené à une grosse opération policière. 

Selon lui, 350 et 400 migrants sans-abris seraient présents sur le parvis, en attente de logement. “Pour les trois quarts c’est des familles, il y a aussi quelques mineurs isolés et hommes seuls.” déclare l’organisateur de l’événement. 

Lorsque l’on demande l’origine de ces personnes, les pays d’Afrique sont les plus représentés. Mais, à côté de la Côte d’Ivoire, la Somalie, le Soudan et l’Érythrée, des personnes sont originaires d’Afghanistan ou encore de Macédoine. “Ce sont des gens qui fuient leur pays, des exilés”.

Mais pourquoi une telle situation ? “La situation est très compliquée pour eux quand ils arrivent. On demande depuis très longtemps la création d’un dispositif de premier accueil. Aujourd’hui cela n’existe pas, les personnes doivent passer un certain temps à la rue avant de bénéficier d’une prise en charge”. 

La situation est tendue pour l’association qui n’est actuellement plus en moyen d’aider autant qu’elle le voudrait. L’été n’arrange pas non plus l’affaire des personnes sans logement nous explique Kerill Theurillat. “On pratique en France la politique du thermomètre. Dès que les températures remontent, on estime que c’est plus acceptable qu’il y ait des gens dehors.” 

Un cri d’alerte. Cette opération n’a pas vocation à changer drastiquement la situation selon le coordinateur de l’antenne de Paris d’Utopia 56. En fait, ce dernier nous avoue même n’avoir aucun espoir. “A court terme, nous n’avons pas d’espoir, en tous cas pas venant du gouvernement (…) Ce sont des choix politiques et budgétaires que le gouvernement ne va pas faire (…) Les seules fois où on arrive à obtenir des mises à l’abri, c’est lorsqu’on fait des opérations comme celle-ci”.

Shaban, une histoire parmi tant d’autres

Au, milieu des tentes, Shaban, un père avec ses trois enfants venu de Macédoine. Pour VL média, il a accepté de nous raconter son histoire. Un témoignage dur de son éprouvant parcours de vie. 

Séparé de la mère de ses enfants, Shaban a voulu refaire sa vie en France avec une autre femme. Il a vendu tous ses biens pour la rejoindre à Paris, pensant y trouver une vie meilleure. Direction Sevran Beaudotte pour le jeune migrant originaire de Skopje, capitale de la Macédoine du Nord. Avec ses trois enfants, il déménage en banlieue mais rien ne se passe comme il l’avait imaginé. Il se fait menacer puis expulser de l’appartement par sa nouvelle compagne. Sans papier, à la rue avec ses enfants, il se retrouve sans logement. 

“Ils ont été délaissés par l’État”

Amie et traductrice de Shaban

Grâce au 115, numéro d’urgence pour les sans-abris, Shaban et ses enfants ont été amenés à Lyon puis à Strasbourg puis à Metz, pour y être logés. Les solutions n’ont pas été éternelles. Sa demande d’asile ayant été refusée, il n’a désormais plus rien. Ses enfants n’ont pas pu être scolarisés et n’avaient jamais vu de médecin avant d’être pris en charge par l’association. Une amie de Sevran a donc prévenu Utopia 56 et pris en charge médicalement la famille. Résultat : des champignons, des allergies, une bronchite et de l’asthme.

L’histoire est complexe. Shaban espère que l’opération va l’aider à s’en sortir. “Peut être que ça va mener à quelque chose” nous avoue à demi-mot son amie et traductrice. Venir sur le parvis de l’Hôtel de Ville n’est pas une mince affaire mais les risques sont gros pour Shaban. “Il n’a plus rien” nous déclare son accompagnatrice.

© Valentin Thibier

Je suis juste là pour avoir un droit” clame Shaban. “Je demande mes droits, je veux travailler et que mes enfants soient scolarisés”. Plein d’espoir malgré les péripéties, le jeune homme et ses trois enfants espèrent trouver une solution au plus vite.

Comme lui, 400 autres personnes, avec chacune leur histoire, sont donc installées sur le parvis de l’Hôtel de Ville.

A lire aussi : Jaden Smith ouvre un restaurant gratuit pour les sans-abris

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Rédacteur VL Média et étudiant à l'École d'Histoire de La Sorbonne.
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