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Le salaire de nos élus : retour sur un tabou de la politique

Alors que les taux d’absentéisme sont remarqués par la France et même l’Europe entière, ne faudrait-il pas revenir sur les salaires de élus, et sur leur nombre ? Voici un nouveau pôle où les économie sont possibles !

Depuis les débuts de la République, le salaire des élus fait débat

Jean-Baptiste Alphonse Victor Baudin lance appelle au peuple parisien pour qu'il défende la République

Jean-Baptiste Alphonse Victor Baudin lance appelle au peuple parisien pour qu’il défende la République

Lors du coup d’Etat napoléonien du 2 décembre 1851, alors que des élus refusaient de se battre pour une République qui ne les rétribuait qu’à hauteur de 25F, Alphonse Baudin répondait : « Je vais vous montrer comment on meurt pour 25F ». Le salaire des élus porte à controverses depuis bien longtemps. D’ailleurs, est-il normal que les élus soient payés ? Cette question qui aujourd’hui ne fait plus débat, a pourtant été au cœur des discussions dans la Première et Seconde République. En effet certains tenaient ce résonnement ci : l’action d’une personne dans le cadre de sa fonction d’élu de la République, doit être considérée comme un devoir, voire une chance et non comme un service. Mais cette idée a rapidement été mise de coté quand la Seconde République fut déclarée par Lamartine en 1848 après la chute de la monarchie de juillet. En effet, cette nouvelle République, à ses tout débuts bien plus « rouge » que la précédente, pensait que tout le monde pouvait devenir un élu, même l’ « ouvrier Albert ». Mais pour qu’il puisse continuer à vivre, et à subvenir à ses besoins sans être à chaque heure à l’usine, il a fallu qu’il soit rétribué pour ses fonctions. En effet si le problème ne s’est pas posé en 1789, c’est que les élus étaient des notables, rentiers ou bourgeois, intéressés par la défense de leurs intérêts qu’une société d’ordre ne respectait pas ; où même des personnes issues de bonnes familles, se revendiquant des lumières et aux revendications bien plus idéologiques. Ces élus de 1848 marquent ainsi un tournant, ils fournissent un travail pour la République. Mais ce salaire très marginal de 25F, ne permet pas encore de parler de « carrière politique ».

Le gouvernement : un salaire dépendant de la politique générale

En terme de coût, le premier gouvernement nommé par Hollande bat celui de Sarkozy

En terme de coût, le premier gouvernement nommé par Hollande bat celui de Sarkozy

Le salaire des élus a augmenté au long des Républiques qui se succédaient. Elle a atteint son paroxysme en 2007 en ce qui concerne le président de la République, premier élu de France. En effet en 2003, le député socialiste René Dosière met en lumière que le Chef de l’Etat est le personnage politique pour qui le salaire n’est pas fixé par un texte de loi. En 2007, Sarkozy choisit de fixer par la loi le salaire de la présidence, qu’il augmente par rapport à précédemment, passant de 8.300 € à 20.200 €. Ce que l’on oublie de souvent de préciser, c’est aussi du à la suppression de la « caisse noire » qui était à disposition du Président. Hollande renverse la tendance, dans sa volonté de « normalisation » de la présidence, il abaisse le salaire du président à 14.910 € de traitement brut annuel. Il abaisse aussi celui de ses ministres à 9.940 € (au lieu de 14.200 €). Néanmoins en termes de dépenses, elles restent élevées puisque le nouveau président augmente considérablement le nombre de membre du gouvernement. On peut cependant, relever ce paradoxe, que les ministres sont moins payés que les parlementaires.

Les élus européens et nationaux au cœur de la tournante

Séance au Parlement européen

Séance au Parlement européen

Les parlementaires (sénateurs comme députés) ont un salaire de 13.512 € brut, sans compter le président du Sénat qui touche 20.782 € brut par mois – plus que le président de la République – et le président de l’Assemblée qui lui reçoit 14.271 € brut par mois. En tout l’ensemble des parlementaires français coutent à eux seul, près de 13 M€ par mois, au contribuable, et ce, sans compter les avantages en nature (billets de train, nourriture, attachés parlementaires,…). Et s’il est vrai qu’un grand pourcentage de leur salaire est reversé au parti, c’est élus ont la possibilité de gagner encore plus d’argent : le cumul des mandats. Même si elles sont limitées en termes de nombre et de rétributions par des plafonds, ces élus cumulent souvent plusieurs fonctions. Cela pourrait ne pas poser de problème, s’il l’on avait pas constemment à remettre en cause leur assiduité au travail. Là aussi les parlementaires européens qui eux touchent pour leur part 12.255 € brut par mois, coûtent cher, quand on sait que l’absentéisme est fort chez les eurodéputés français, avec un taux de présence de seulement 50% par exemple pour Harlem Désir. Ce à quoi on peut rajouter qu’ils sont « peu productifs », selon l’institut Robert Schuman. Bien que leur utilité et leur nombre peut être remis en cause, le coût des parlementaires européens comme nationaux, n’est rien devant ce que coûtent les élus locaux.

Des élus locaux en surnombre

1,2 milliard, c’est le coût annuel de revient de nos élus locaux selon les chiffres publiés par le député René Dosière sur son blog, chiffre provenant du Ministère de l’Intérieur. Avec plus d’un demi-million d’élus municipaux, la France bat les records européens, cela correspond à environ une personne sur dix qui a des fonctions publiques locales. En France on conserve des communes, avec des identités très marquées, qui pourtant comptent peu d’habitants, parfois une seule famille, avec par exemple Erone en Haute-Corse, qui ne compte que six habitants ; et aucun ne serait d’accord pour être rattacher au village le plus proche. Il y a aussi six communes de la Meuse inhabitées et inhabitables, mais qui ont un maire et un conseiller municipal. Ces villages ont le statut de communes « mortes pour la France » durant la bataille de Verdun en 1916. Donc entre les problèmes d’identité et de mémoire, le nombre de communes ne semble pas pouvoir changer prochainement. Mais un autre enjeu fait obstacle à cette refonte du découpage administratif français : le salaire de ces élus.

La France possède plus de 40% des communes européennes sur son territoire

La France possède plus de 40% des communes européennes sur son territoire

Des élus qui tiennent à leur fonction

Aujourd’hui la question de diminuer les couches du « mille-feuilles administratif » ne peut pas être traitée indépendamment de la question des salaires de nos élus. Si l’on critique nos 36.000 communes, il faut savoir qu’il y a quelques années l’Allemagne était dans le même cas avec 35.000 communes. Et si aujourd’hui elle a réussi à passer à seulement 8.000 communes, c’est en partie du fait que la fonction de maire n’est pas rémunérée, sauf dans le cas d’un travail à plein temps dans une grande ville. En effet l’argent fait obstacle à la volonté de réduire les découpages administratifs, ce qui amène à cette incohérence : des DROM, où un même territoire géographique est à la fois une région et un département. Mais c’est maintenu, car cela permet de créer de l’emploi dans des zones où le taux de chômage est très fort.

Si l’argent est le nerf de la guerre, il peut-être aussi l’opium du politicien, car « la plus grande dévotion ne saurait empêcher que les affaires soient les affaires » (Charles de Gaulle).

Source image : center blog / ladepeche / huffington post

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