À première vue, Brice Sannac a tout du candidat de la relève. À 36 ans, cet hôtelier de cinquième génération, patron de terrain et responsable territorial de l’UMIH promet de moderniser l’organisation et de redonner du poids à ses adhérents. Mais le soutien de plus en plus visible de Stéphane Manigold, battu en 2022 face à Thierry Marx et acteur central des conflits internes de ces dernières années, brouille le récit. Derrière le changement de génération, l’élection du 13 octobre pourrait surtout raviver de vieilles batailles de pouvoir.
Brice Sannac avait, jusque-là, un avantage que ses adversaires pouvaient difficilement lui contester : celui de la nouveauté. Né en 1990, à la tête de plusieurs établissements sur la Côte Vermeille, président de l’UMIH des Pyrénées-Orientales et coprésident de l’organisation en Occitanie, il pouvait incarner presque naturellement le renouvellement d’une organisation patronale confrontée à une profonde transformation de son secteur.
Son discours est d’ailleurs construit autour de cette promesse. Davantage de pouvoir aux territoires, moins de verticalité, de nouveaux outils numériques et une organisation mieux connectée aux réalités quotidiennes des professionnels. Lui-même insiste sur son identité d’entrepreneur et rappelle volontiers que la présidence de l’UMIH « n’est pas un métier, mais une fonction ».
Dans une profession confrontée depuis plusieurs années à la pénurie de main-d’œuvre, à la hausse des charges, aux mutations du tourisme et aux nouvelles habitudes de consommation, cette ligne pouvait apparaître comme une réponse au besoin de renouvellement exprimé par une partie des adhérents.
Le retour de Stéphane Manigold dans le jeu
Mais une autre histoire est progressivement venue se superposer à celle du jeune candidat. Stéphane Manigold, restaurateur parisien et candidat malheureux à la présidence de l’UMIH en 2022, a choisi de soutenir publiquement Brice Sannac. L’ancien adversaire de Thierry Marx assure ne pas vouloir se représenter et dit souhaiter conserver sa « liberté ». Il n’en intervient pas moins directement dans la campagne.
Son engagement ne s’est pas limité à vanter les qualités de Brice Sannac. Interrogé par l’AFP, il a également attaqué Franck Chaumes, principal adversaire de ce dernier, en qualifiant son bilan de « catastrophique ».
Cette sortie change nécessairement la nature de son soutien. Stéphane Manigold n’est plus seulement un professionnel qui exprime une préférence. Il participe au rapport de force électoral, défend un candidat et critique frontalement son concurrent.
La question de leur relation est désormais installée dans la campagne : Sannac est-il sous la tutelle de Manigold ?
Le renouvellement ne tient pas seulement à l’âge
C’est d’ailleurs là que la candidature Sannac rencontre son principal paradoxe. Son âge, son parcours professionnel et son implantation territoriale lui permettent de présenter l’élection comme l’occasion d’un changement de génération. Mais une organisation ne se renouvelle pas uniquement par l’état civil de son président.
Elle se renouvelle aussi par ses pratiques, ses alliances et la manière dont s’exerce le pouvoir.
Or Stéphane Manigold reste étroitement associé aux affrontements qui ont traversé l’UMIH au cours des dernières années. Battu en 2022 par Thierry Marx, il a ensuite mené contre lui une bataille particulièrement dure, publique et judiciaire. Le voir aujourd’hui prendre position avec vigueur dans la succession de son ancien adversaire donne inévitablement à son engagement une dimension particulière.
Quatre ans après avoir échoué à conquérir directement la présidence, l’ancien candidat cherche désormais à peser sur le choix de son successeur. C’est son droit. Mais c’est également un élément que les électeurs peuvent légitimement prendre en compte.
Finalement quelle est la plus « vieille » équipe entre les deux ?
La campagne ne se réduit pas à l’affrontement entre un jeune entrepreneur issu du terrain et un représentant de l’ancien appareil.
Franck Chaumes est lui aussi restaurateur et responsable territorial. Président de l’UMIH Gironde, hyper-actif et engagé depuis longtemps dans l’organisation, il peut également revendiquer une connaissance concrète des difficultés rencontrées par les établissements.
Le choix du 13 octobre ne portera donc pas seulement sur deux générations ou deux programmes. Il concernera aussi deux équipes, deux réseaux et deux conceptions du fonctionnement de l’organisation.
Cette réalité rend le soutien de Stéphane Manigold d’autant plus significatif. Dans les organisations professionnelles comme dans les partis politiques, les rapports de force ne se lisent pas uniquement dans les organigrammes. Les alliances, les soutiens et les fidélités comptent parfois autant que les fonctions officielles.
Sannac devra clarifier sa position
Brice Sannac pourrait facilement lever une partie de l’ambiguïté en précisant la place qu’occuperait Stéphane Manigold dans son environnement en cas de victoire. L’ancien candidat aurait-il un rôle ? Serait-il simplement un soutien extérieur ? Participerait-il à la nouvelle équipe ou à sa stratégie ? À mesure que son implication publique augmente, ces questions deviennent moins accessoires.
Elles ne constituent pas un procès d’intention. Elles découlent directement de la campagne telle qu’elle se déroule. La jeunesse d’un candidat ne suffit pas, à elle seule, à garantir la rupture avec les pratiques du passé.
Le véritable enjeu du scrutin sera peut-être là : déterminer si le renouvellement promis correspond seulement à un changement de visage ou s’il marque réellement le début d’une nouvelle manière de gouverner l’organisation.