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Soudan du Sud : une crise par-dessus l’autre

Alors que le Soudan du Sud célébrait le 9 juillet dernier son indépendance sur le nord du pays, la situation économique & sociale du pays reste catastrophique, et ce en dépit des nombreux puis de pétroles. Les besoins humanitaires d’urgence et de développement restent colossaux. Un scénario-désastre pour un pays qui, en plus d’être déjà miné par la corruption, est plongé depuis mardi dans une crise politique d’envergure. En effet, le président sud-soudanais Salva Kiir a suspendu l’ensemble du gouvernement, dont le vice-président, dans l’optique de procéder à un remaniement complet.

 

Ce devrait être le plus important remaniement depuis la création du pays il y a plus de deux ans. On ignore encore la date. “Le président Kiir veut procéder à un grand remaniement, de sorte que, du vice-président aux ministres et vice-ministres, tous ont été relevés de leur fonction”, a confié à l’AFP le ministre de l’Information et porte-parole de l’équipe sortante, Barnaba Marial Benjamin.

Dessin de Hajjaj

Beaucoup de ces ministres ont pourtant été des figures clés du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM) ou de son aile armée (SPLA) lors de la guerre civile de 1983-2005 contre le gouvernement de Khartoum, débouchant en 2011 sur un referendum d’auto-détermination et à l’indépendance du Soudan du Sud. Salva Kiir semble donc changer radicalement de cap, peut-être d’ailleurs pour des raisons de discordes internes au futur ex-gouvernement.

 

La crise politique en cache une autre

Au moment de l’acquisition de son indépendance, le Soudan du Sud a hérité de 75% des réserves de pétrole du Soudan complet, mais dépend tout de même des infrastructures du Nord pour exporter ses barils. La solution, paraissant équitable, semblait pouvoir permettre au Sud d’engager un véritable boum économique et enfin rejoindre le cercle des pays en développement.

Après une interruption de plus d’un an du transit pétrolier en raison des tensions entre les deux pays, notamment au sujet du partage des recettes et du coût du transit, Khartoum et Juba avaient signé en mars neuf accords, dont l’un relançant le processus. En juin, Khartoum avait donné 60 jours aux compagnies pétrolières pour arrêter le transport du brut, avant de faire volte-face le 7 juillet dernier, notamment pour des raisons économiques.

 

… et une crise humanitaire

Dans ce pays absent de toute régulation économique, il règne un « capitalisme de cow-boy » dans lequel les investisseurs étrangers ont beaucoup à gagner, parfois même au péril de leur vie. Dans les rues de Juba règne cet esprit qui, aux yeux de certains américains fait la grandeur des Etats-Unis : l’esprit d’entreprise du migrant, dans sa version démesurée. Mais tout cela a un coût. C’est que la face sombre du capitalisme prospère elle aussi : blanchiment d’argent, escroqueries, contrefaçons. Et beaucoup de gens du pays ont le désagréable sentiment que, après s’être battus pendant des dizaines d’années pour constituer leur propre nation, ils sont laissés sur le bord de la route.

Pourtant le pays vit toujours dans une profonde misère économique & sociale. En raison de ces récentes crises politiques, la livre soudanaise a perdu 46% de sa valeur depuis septembre 2011, soit deux mois après l’indépendance du Sud. La moitié de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. Autre exemple, la capitale Juba, n’est toujours pas doté du tout-à-l’égout, un fait très révélateur. En outre, les mauvaises infrastructures rendent le transport et la commercialisation des produits agricoles et d’élevage particulièrement difficiles.

 

Ce mercredi 17 juillet, les organisations humanitaires sur place et les Nations Unies ont déclaré que plus de 100 000 personnes supplémentaires ont été coupé de toute aide humanitaire, en raison des affrontements entre communautés rivales dans la région de Jonglei, à l’est du pays. Des milliers d’hommes armés d’ethnies Lou Nuer et Murle s’opposent en effet depuis près de deux semaines sous le regard impuissant des troupes du gouvernement et des Casques bleus de l’ONU.

Carte du Soudan du Sud

La coordinatrice des opérations humanitaires de l’ONU, Valerie Amos, s’est déclarée “inquiète par la détérioration de la situation humanitaire”. “Aussi longtemps que les combats continueront, l’acheminement du secours sera limité et nous ne pourrons pas aider ceux qui en ont besoin” a-t-elle ajouté. Médecins Sans Frontières (MSF) a déclaré de son côté que ses “équipes sur place ont traité des centaines de blessés et tentent d’atteindre les milliers supplémentaires qui se sont réfugiés dans la nature”. L’ONG a précisé que les équipes de MSF ont traité jusqu’ici 176 blessés dont 128 présentant des blessures par balles.

 

Pour revenir à l’aspect économique, certains économistes pensent que le pays pourrait connaître une croissance allant jusqu’à 75% par an dans les temps à venir. Mais l’oligarchie politique sud-soudanaise fait comme ses précédesseurs, c’est-à-dire soutire beaucoup d’argent de l’exportation du pétrole, au détriment d’investissements économique pour sa population. Et quand on sait qu’il se pourrait que les réserves d’or noir soient épuisées d’ici 10 ans et que cela représente 98% des recettes publiques du pays, il se pourrait que les sud-soudanais connaissent à peine le développement…

 

La chronologie du Soudan du Sud :

1956 : Indépendance du Soudan. Le gouvernement revient sur ses promesses d’indépendance du Sud. Un conflit éclate dans les provinces du Sud, qui aspirent à la création d’un Etat fédéral, au pouvoir central de Khartoum.

20 juillet 2002 : Cessez-le feu signé à Machakos, au Kenya, pour mettre fin aux combats entre l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS), fondée en 1983 dans le Sud, et l’armée soudanaise.

9 janvier 2005 : Signature d’un accord de paix entre Khartoum et l’APLS. Le Sud bénéficie d’une période d’autonomie de six ans.

9-15 janvier 2011 : Les Sud-Soudanais approuvent à 98,8 %, par référendum, l’indépendance du Soudan du Sud.

9 juillet : Proclamation de l’indépendance.

20 janvier 2012 : Le Soudan du Sud suspend la production de pétrole.

27 septembre : Les deux Soudans signent à Addis-Abeba, en Ethiopie, un accord portant notamment sur le partage de la manne pétrolière.

Avril 2013 : Reprise des exportations de pétrole sud-soudanais.

9-12 juin : Khartoum menace de bloquer le transit de l’or noir sud-soudanais.

7 juillet : Khartoum abandonne ses menaces.

23 juillet : Le président Salva Kiir suspend son gouvernement

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