Après avoir remporté le grand prix du festival de Deauville, Thunder Road arrive en salle cette semaine. Réalisé, écrit et interprété par Jim Cummings, le film raconte la spirale infernale d’un policier qui n’a jamais apprit à contrôler ses émotions.

Le film s’ouvre sur un enterrement. Dans un plan-séquence d’une dizaine de minutes, Jimmy Arnaud, le personnage principal parle de sa mère, décédée. Et il pète un câble. Il raconte des anecdotes sans queue ni tête, insulte une fille handicapée mentale qui était dans sa classe, se met à cracher sur le sol de l’église… Il veut passer une chanson que sa mère chantait quand il était petit: « Thunder Road » de Bruce Springsteen. Le lecteur de disque qu’il a prévu ne marchant pas, il présente tout de même une chorégraphie, sans musique, devant le cercueil de sa mère.

Le film présentera la perdition émotionnelle de ce père divorcé. Un policier qui veut continuer à travailler malgré un congé imposé. Un père qui refuse que son ex-femme ait la garde exclusive de leur fille. Un homme auquel on a toujours appris à être fort et que ne sait donc pas contrôler ses émotions les plus prenantes : la colère, le deuil, le remord, l’amitié.

« Je n’avais pas un sous, alors j’ai presque tout fait moi-même »

Jim Cummings, le capitaine du projet est, à l’origine, un producteur, de publicité notamment. Thunder Road est le premier long-métrage qu’il réalise. Il en est aussi le scénariste. Cummings écrivait dans sa voiture en dictant ses idées et dialogues sur son téléphone. Il a composé la musique et est producteur exécutif du film. En plus de ça, il joue Jimmy Arnaud, le policier que suit le spectateur. «Ce n’est pas que je sois égocentrique, explique-t-il à 20 Minutes. C’est juste que je n’avais pas un sou alors j’ai presque tout fait moi-même ! » Un autre acteur était prévu pour jouer le rôle principal, mais ne convenait pas. C’est donc sur les conseils de ses producteurs que Cummings a enfilé le costume. Le budget d’environ 250 000 dollars l’oblige à prendre ses amis pour jouer la plupart des rôles secondaires.

Le tournage s’est déroulé sur deux semaines. Un tournage quasi-amateur qui ne se voit pas à l’écran. Cummings a préparé ses plans-séquences et ses scènes pendants des mois avant de lancer les caméras. Ainsi, Jimmy Arnaud est mis en scène de façon à montrer son isolation. Lorsqu’il se ridiculise devant toute l’église à l’enterrement de sa mère, ou devant le juge ou encore le professeur de sa fille, il est toujours seul. Et il est toujours ridicule. L’une des intentions du réalisateur est de montrer une figure d’autorité, un flic, s’humilier en permanence en essayant d’être un homme fort.

Le policier reste un favori des figures d’autorité à détourner

Un film maîtrisé pour un héro maladroit

Le film choisit de n’être ni un drame, ni une comédie, mais de marcher sur la ligne séparant les deux. Si on rit d’un policier en uniforme qui semble devenir fou pendant un enterrement, on plaint le fils qui a perdu sa mère. C’est par l’affection que provoque le rire que Jim Cummings nous piège. Le spectateur aime le personnage. Il a ses défauts. Il jure, il fait des bavures, il est constamment maladroit. Mais ces défauts sont irrémédiablement attachants au fur et à mesure que le spectateur comprend le personnage qui les porte.

Le film est adapté d’un court-métrage de Jim Cummings. C’est une version alternative de la première scène. Cette version avait remporté le Grand Prix du jury pour un court-métrage au Sundance Film Festival, la référence du cinéma indépendant américain. En transformant l’essai avec une version d’une heure trente, Jim Cummings s’impose comme un auteur à suivre dans les années à venir.

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