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Un paria de la République à l’Assemblée ?

Il tâte, il flatte, il attend. Jérôme Cahuzac laisse toujours planer le doute quant à une éventuelle candidature aux législatives partielles, pour sa propre succession, à Villeneuve-sur-Lot. Techniquement, aucune loi n’empêche ce parjure de s’asseoir à nouveau sur les bancs de l’Assemblée. Mais ce scénario catastrophe peut-il vraiment avoir lieu ?

« Aujourd’hui, ce que je vous dis, Jean-François Achilli, c’est que la faute morale ne me permet pas de rester député ».  Un mois après son interview auprès de BFM TV, Jérôme Cahuzac dépoussière son déguisement de politicien. Il part à la rencontre de ses potentiels électeurs, laisse flotter quelques rumeurs quant à sa possible candidature, boycotte le Parti Socialiste… On le soupçonne d’avoir trouvé un suppléant en la personne de Daniel Borie, vice-président du conseil général du Lot-et-Garonne. Ce dernier valide  la rumeur, assurant que l’ancien ministre souhaite se présenter pour « laver son honneur ». Mais Cahuzac dément encore, il laisse planer le doute. A croire que « le démenti » est devenu synonyme de « report de la vérité à plus tard », en politique.

Car le temps, Jérôme Cahuzac ne le maîtrise pas. Il devra se prononcer avant le 24 mai, 18 heure. Alors l’ancien ministre du Budget reproduit la même stratégie que Nicolas Sarkozy, lors des présidentielles de 2012 : officieusement, il est déjà en campagne, mais ne l’officialisera qu’au dernier moment. Cette manœuvre a pour but de désorganiser, de diviser et de tourmenter ses anciens amis, qui espèrent tout sauf un retour de ce paria de la République.

Et un paria de la République, il l’est. Un parjure devenu presque un apatride sans parti. Exclu par le Parti Socialiste à l’unanimité, cet exilé fiscal est devenu l’ennemi public, l’homme à abattre, par la gauche et par la droite. En mentant à l’Assemblée Nationale, symbole ultime de la représentation nationale, Jérôme Cahuzac est devenu un renégat, haï par la classe politique et réprouvé par les médias.

Crochet du gauche

Mais de cette faiblesse,  Jérôme Cahuzac peut en faire une force : devenir le candidat anti-système, en se trouvant une voie populiste. Il est attaqué par les parlementaires et par la presse ? Que cela ne tienne ! L’opinion publique ne raffole pas vraiment de ces deux « organes du pouvoir »,  les critiquer est presque entré dans les mœurs, pour le français moyen. Alors Jérôme Cahuzac s’entoure des meilleurs conseillers en communication : Stéphane Fouks qui avait également assisté DSK, dans l’affaire du Sofitel. S’apitoyer, se déclarer victime du système, victime d’un acharnement politico-médiatique, mais aussi victime de « soi-même » tend à attendrir une population qui a soif d’émotion. Et rien ne dit que les français ne pardonneront pas ses mensonges !

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© AFP/Marion Berard

De plus, les mois passés à Bercy ont permis à l’ancien ministre d’accumuler un certain nombre de dossiers solides sur un gouvernement fragile. Cahuzac aurait minimisé son mensonge à l’Assemblée, en se comparant au président de la République. Selon le Figaro, il aurait affirmé qu’il est « moins grave de mentir quinze secondes devant 577 députés que de mentir depuis un an […] comme le fait François Hollande ».

L’autre arme de Cahuzac, c’est la peur. La peur des extrêmes, la peur de voir le Front National remporter une nouvelle élection. Rappelez-vous de 2002, Jean-Marie Le Pen accède au second tour des présidentielles. Lionel Jospin, « soucieux de l’avenir de la France et des fondements de notre démocratie », appelle les Français à faire barrage au FN. Le résultat ? Jacques Chirac est réélu largement, avec 82,21% des voix. Jérôme Cahuzac se veut le héros de la République, qui boutera un Front National majoritaire,  hors de Villeneuve-sur-Lot.

Car l’ancien solférinien est toujours très populaire dans sa circonscription, rappelons qu’il fut maire de Villeneuve-sur-Lot pendant plus de 11 ans, élu 3 fois de suite député. Les soutiens locaux de Jérôme Cahuzac risquent se faire plus nombreux que prévu. Une fois réélu, le député parjure pourra à nouveau siéger et semer la zizanie, dans les bancs de l’Assemblée Nationale.

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