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Un Québec noyé?

Québec – Les québécois sont confrontés à la vie fédérale chaque jour depuis près de deux siècles. D’abord fondateurs d’une confédération qui sera l’un des plus important dominions britannique, puis relégué au rang de province parmi les provinces, le Québec se sent de plus en plus courroucé face à sa situation d’impuissance grandissante au sein d’une fédération de plus en plus oppressante.

 

C’est une réalité qui fait peur pour bon nombre de québécois ; Des milliards de dollars en coupes dans les ministères de l’environnement, dans les prestations de chômage, dans les filiales nationales telles que Poste-Canada. L’argent qui est coupé dans tous ces ministères et services, ou va-t-il? Au ministère de la défense et au ministère de la sécurité publique!

Les conservateurs canadiens sont des adeptes de la sécurité, il faut le dire. Si vous aviez jamais imaginé un fermier, se berçant sur son porche, le fusil à pompe à portée de main avec la petite tige d’avoine à mâchouiller à la commissure des lèvres, épiant le moindre intrus sur ses champs de maïs ou de blé… Eh bien vous avez là l’image de ce que les Ontariens et Québécois ont des « Rednecks » de l’Ouest. Des gens peu aimables qui fonctionnent à l’argent et à la violence. Bref, la clientèle cible des conservateurs canadiens. Des cowboys, ni plus ni moins. Conservateur veut bien dire ce qu’il veut dire ; ces gens sont contre l’avortement, pour la destruction de l’environnement, pour le droit du port d’arme pour tous, contre les services sociaux et pour pousser le comble de l’ironie : Ne croient absolument pas au réchauffement climatique.

 

Comment est-il possible de ne pas croire au réchauffement climatique?

Je l’ai bien dis et je signe en répétant que les conservateurs canadiens ne croient pas les scientifiques qui affirment qu’il y a un réchauffement planétaire à cause des industries et de la destruction de notre environnement. Depuis son entrée en politique, le Premier Ministre du Canada, l’Honorable Stephen Harper, ainsi est son titre, affirme que le protocole de Kyoto est la pire aberration qui soit pour saper l’économie canadienne. En résumé : «On s’en fou des forêts et des bélugas! Foutez-moi des oléoducs et des usines partout! Les bélugas iront se reproduire ailleurs!». Le message est clair et vindicatif ; l’économie avant tout.

 

Contre les valeurs québécoises, mais pas que !

Les valeurs conservatrices sont loin d’incarner celles des québécois. Les québécois ont toujours étés portés sur le socialisme d’état et la protection environnementale ; C’est là l’héritage d’une cohabitation parfois tumultueuse mais profitable avec les premières nations[1], mais également de la révolution tranquille. D’ailleurs, on s’étonnera d’entendre que le Québec n’est pas le seul malaisé par les valeurs un peu trop droitistes des conservateurs. Le gouvernement de l’Ontario est également malaisé par le retrait du Canada du Protocole de Kyoto. Loin d’être aussi socialistes que les québécois, les Ontariens ont une forte tendance à voter Libéral aux élections. Bien qu’opposés sur bien des sujets, l’Ontario et le Québec ont fait front commun pour tenter de rallier le protocole de Kyoto, sans succès évidemment, puisqu’une province ne peut pas exercer son autonomie sur la scène internationale. Seul le gouvernement fédéral le peut !

Autre fait amusant, en réaction à l’attentat contre le Charlie Hebdo, le gouvernement conservateur canadien a pris des mesures de sécurité dites «Anti-terroristes». Dans un nouveau projet de loi, le gouvernement souhaite offrir plus de pouvoir à la police et aux services de renseignements. De nombreux citoyens canadiens sont inquiets et pensent que ces nouveaux pouvoirs pourront mener à des dérives et à de l’espionnage politique. Aux communes, chambre législative du Canada, un seul parti s’oppose à ce projet de loi et ce seul parti trouve ses appuis majoritaires au Québec.

 

Et là vient le pétrole

Le super pétrole canadien. Il est beau, il est bon, il fonctionne. Pourtant, personne n’en veut. Depuis 2008, les pétrolières canadiennes, avec l’appui du gouvernement fédéral des conservateurs ont doublés, si ce n’est triplé la production de pétrole brut extrait des sables bitumineux albertains. L’ironie du sort ; Peu de pays sont intéressés à acheter ce pétrole. Pour plusieurs raisons.

La première est environnementale. Ce pétrole nécessite des quantités d’eau et d’énergie horripilantes afin d’être extrait des sables bitumineux. L’exploitation de ces sables occasionne également bien plus de déchets polluants qu’une exploitation conventionnelle, comme l’extraction par un puit ou via des passerelles de forage sur mer.

La seconde est économique. Comme le bitume doit être séparé des sables, il nécessite des quantités d’énergie considérable et cela augmente le coût de production du baril. Refusant de vendre à perte, les pétrolières trouvent difficilement un marché potable, puisque les américains et les pays de l’OPEP restent encore compétitifs.

Comble de l’ironie, depuis 2008, la société TransCanada cherche à se débarrasser de ce même pétrole. Le gouvernement canadien a d’abord tenté de le vendre au gouvernement chinois qui n’a jamais eu la décence de s’y intéresser. Devant cet échec, le gouvernement canadien s’est tourné vers les États-Unis. Bien que les républicains voient une opportunité de création d’emplois à travers la construction du nouveau pipeline qui permet aux canadiens de se départir de leur pétrole dans les raffineries du Nouveau-Mexique, l’administration Obama semble encore plisser le nez devant ce projet et refuse toujours, aujourd’hui, en 2015, de signer ce controversé projet. Quand les républicains ont tentés de faire passer le projet en force via une loi, Obama s’y est vivement opposé en apposant immédiatement son veto. Nouvelle défaite pour les pétrolières canadiennes, TransCanada cherche à évacuer son pétrole à l’Ouest.

La Colombie-Britannique, la province voisine de l’Alberta (ou sont exploités les sables bitumineux) qui se trouve à l’extrême Ouest du pays, n’a pas semblée enchantée du tout par les rapports environnementaux des études préliminaires de la société TransCanada. Bien que le gouvernement de cette province semble y réfléchir, ce sont les Premières Nations qui forment une opposition farouche contre ce projet de pipeline ; ceux-ci refusent catégoriquement que des pipelines traversent leurs terres ancestrales.

Bloqués sur le marché asiatique, sur le marché américain et à l’Ouest du pays, TransCanada se tourne vers l’Est ou il se frotte maintenant aux québécois. Les environnementalistes québécois ont réussis à gagner une bataille judiciaire contre TransCanada et le gouvernement québécois, bien qu’entrevoyant la possibilité de créer des emplois, refuse de tremper ses pieds dans la marmite bouillante qui leur est présentée. Le gouvernement cherche donc à gagner du temps en procédant à des études environnementales. TransCanada est ainsi bloqué et retardé sur tous ses fronts de développements.

 

On vient ensuite dire aux Québécois de se taire.

Le pire dans tout ça, c’est probablement qu’on vienne dire aux québécois de retirer leurs barrières qui empêchent TransCanada de procéder à leur guise dans ces dossiers. L’assemblée législative de la Saskatchewan a en effet, sur proposition de son Premier-Ministre Brad Wall, voté une motion exigeant des québécois qu’ils cessent de bloquer le projet de la société TransCanada et de ne pas exiger d’études sur les émissions de Gaz à Effet de Serre. Selon l’Honorable PM Brad Wall, le Québec n’a pas son mot à dire sur ce dossier.

 

Comment vivre dans ces conditions ?

La Fédération canadienne, un rêve que les conservateurs chérissent et qu’ils emblématisent en glorifiant une histoire peu glorieuse. On pourrait aisément faire allusion aux célébrations de la guerre de 1812 ou le gouvernement glorifie des événements qui n’intéressaient personne. Les célébrations de l’anniversaire de John A. McDonald, père fondateur du Canada moderne et officiellement Premier Premier Ministre du Canada. Il faut dire que celle-ci, les québécois se sont bien moqués des conservateurs.

Le gouvernement a tenté de glorifié le père fondateur du Canada alors que celui-ci est très bien connu pour la répression sanglante de la révolte des Métis, descendants des peuplades amérindiennes et des coureurs des bois français. Sans aucune vergogne, alors que le chef des Métis Louis Riel allait être pendu et que le Québec s’y opposait farouchement, l’homme a déclaré « Tous les chiens auront beau aboyer au Québec, Louis Riel sera pendu ». Pour le père fondateur, le québécois moyen n’est rien d’autre qu’un chien. Il y a bien d’autres scandales qui tournent autour du père fondateur.

Toutefois, en dépit de ces scandales, de plus en plus de québécois se demandent si certains politiciens canadiens, jugés « fédérastes », ne seraient pas un peu comme ce cher McDonald, à considérer les québécois que des clébards aboyant. L’opinion des québécois perd de plus en plus de poids sur la scène fédérale et il est à craindre que le rêve qu’affectionnait feu sa Majesté le roi d’Angleterre Georges le troisième du nom, le rêve d’assimiler les français d’Amérique du Nord, se réalise près de deux siècles après sa mort. Bien que le Québec lutte encore pour sa culture, il est politiquement noyé. Noyé par une culture résolument anglaise, libérale et conservatrice. Noyé sous le poids politique de 9 provinces contre une seule. Noyé tout simplement dans une Amérique du Nord anglaise et il doit faire front seul, ou baisser les armes.

 

Frédérick Leclerc

Correspondant Permanent au Québec

 

[1] Premières Nations : Référence aux peuples amérindiens.

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