Une proposition de loi visant à mettre fin à la corrida sur le territoire français relance à nouveau le débat autour de cette tradition très répandue dans le Midi de la France. Doit-on conserver cette pratique par soucis de conservatisme culturel, ou est-il nécessaire de l’abandonner pour des raisons éthiques ?

Olé Torero ! Cette phrase résonne dans nos mémoires, elle nous rappelle le cliché du matador arborant un drapeau rouge, provoquant l’ire d’un taureau chargeant à pleine vitesse le malheureux. Si, dans l’imaginaire collectif, cette situation s’apparente à un show à sensations fortes, elle en réalité l’illustration d’un triste spectacle dont le point d’orgue est la mise à mort de la bête.

La corrida, entre amour et rejets

Si le concept de jeux équestres consistant à mettre en scène des chasses de taureaux existe depuis le Moyen-Âge, la corrida dite « moderne » trouve son origine au XVIIIème siècle. Francisco Romero, alors matador espagnol de renom, fait charger à plusieurs reprises un taureau à l’aide d’une sorte de toile, pour l’exécuter en demandant l’autorisation du public. Depuis cet évènement, la corrida s’exporte en dehors de l’Espagne, pour trouver refuge en France, au Portugal, et même en Amérique latine. En quelques siècles, la pratique a eu le temps de s’ancrer dans les moeurs, mais ce n’est pas pour autant qu’elle fait l’unanimité.

Au cours de la corrida, le taureau est affaibli et blessé, avant d’être mis à mort.

En France, la corrida est légalement autorisée sur certaines parties du territoire, comme le Midi de la France, et ce depuis 1951. La tauromachie (c’est-à-dire le spectacle à l’issue duquel un taureau est mis à mort) a même été été inscrite à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel en France, entre 2011 et 2015. Après de nombreuses protestations, la corrida a été radiée de l’inventaire du patrimoine culturel français en juillet 2016. Et les voix s’élèvent de plus en plus pour l’interdire totalement, comme cela a été le cas en Catalogne dès 2010.

Un spectacle ou de la pure cruauté ?

Si la corrida est une véritable tradition, elle est vivement critiquée pour son caractère morbide : le taureau n’a que très peu de chance de survivre, il est déstabilisé, volontairement blessé…Une véritable souffrance pour l’animal. À ce titre, de nombreuses associations et organisations, à l’instar de la SPA, se sont soulevées contre la pratique. Signatures, manifestations, tracts de sensibilisation : les anti-corridas n’en démordent pas. Même Pamela Anderson s’est déplacée à la mairie de Nîmes pour y déposer une pétition, menée par Alliance Anticorrida.

Une proposition de loi comme lueur d’espoir

Mais sans l’approbation des pouvoirs publics, la question ne peut être réglée. C’était sans compter une proposition de loi déposée en mars dernier à l’assemblée nationale par un député LREM du Var, Philippe Michel-Kleisbauer. De manière très directe, elle demande la suppression « du septième alinéa de l’article 521-1 du code pénal« . Selon ce fameux article, il est interdit sur le territoire français de commettre un acte de cruauté envers un animal domestique. L’alinéa 7 stipule cependant :

« Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux courses de taureaux lorsqu’une tradition locale ininterrompue peut être invoquée. Elles ne sont pas non plus applicables aux combats de coqs dans les localités où une tradition ininterrompue peut être établie. »

La suppression de cet alinéa reviendrait à interdire totalement la corrida sur l’ensemble du territoire français. Pour l’instant, la proposition de loi a été renvoyée à la Commission des lois constitutionnelles. Mais c’est un pas en avant pour les détracteurs de cette pratique historique.