ActualitéArt / ExpoReportagesSorties

On a visité pour vous… « Patrimoines en Résistance », l’expo de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine

À partir du 20 mai 2026 et jusqu’au 3 janvier 2027, venez découvrir l’exposition « Patrimoines en résistance : de Tombouctou à Odessa » à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine de Paris. À l’heure où les missiles russes éventrent les façades ukrainiennes et où les décombres de Gaza s’accumulent, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, nichée sur la place du Trocadéro à Paris, ouvre un espace de réflexion et de mémoire.

Imaginée, documentée et organisée par Elisabeth Essaïan et Mathilde Leloup, les deux co-commissaires de l’exposition, elle nous fait voyager au cœur de l’héritage culturel et du patrimoine. On retrouve aussi la participation majeure d’Yves Ubelmann, qui rend possible la présence de reconstitutions 3D des sites sur grands écrans. Cette exposition pose de nombreuses questions sur les conséquences de la guerre sur le patrimoine culturel et la notion « d’irrémédiablement perdu ». À travers ces axes, elle pousse à une réflexion sur l’enjeu même de la conservation et de la mémoire.

C’est quoi, l’exposition Patrimoines en résistance ?

Cette exposition s’inscrit dans la démarche de l’organisme qui l’accueille. La Cité de l’Architecture et du Patrimoine est un musée engagé, et ce parcours en est la preuve.

Affiche officielle de l’exposition.

Loin du flot ininterrompu d’images violentes des chaînes d’information en continu, Patrimoines en résistance réussit à mettre à distance le « sensationnalisme » dont on accuse parfois les médias. Elle offre aux visiteurs un parcours chargé d’histoire et qui met à l’honneur la culture et le patrimoine architectural dans un contexte de guerre. L’alliance entre archives historiques, œuvres artistiques et dispositifs numériques saura intéresser tous les curieux.

Effacer

Dès l’entrée sur la première séquence « Effacer », la scénographie nous plonge dans une atmosphère de constat douloureux. La destruction patrimoniale contemporaine n’est que rarement un dommage collatéral, elle est devenue une cible privilégiée des conflits armés du XXIe siècle. La première partie de l’exposition s’articule autour de la destruction du patrimoine. Les commissaires élargissent le propos en montrant que l’effacement touche aussi le patrimoine « ordinaire ». Par les déplacements forcés de populations et le « nettoyage culturel », ce sont de véritables phénomènes d’urbicide, de ruricide et d’écocide qui se jouent. Quatre cas sont ici mis en lumière : Bâmiyân en Afghanistan, Palmyre en Syrie, Kirants en Arménie et Gaza en Palestine.

Temple de Bêl, images d’archives projetées sur une reconstitution après destruction, Palmyre, Syrie.
Extrait d’un film Iconem © Iconem/DGAM

En déambulant dans les galeries, le visiteur se confronte à la réalité de la guerre, sans pour autant être choqué par des images en quantité impressionnante et d’une violence inouïe. Les illusions d’une guerre « propre », théorisée dans les années 90 à coups de « bombes intelligentes » lors de la première guerre du Golfe, s’effondrent face aux faits. Des atrocités de l’ex-Yougoslavie à la robotisation militaire actuelle, le potentiel de destruction n’a cessé de croître.  

Résister

Le deuxième temps de l’exposition, « Résister », change de ton. La résistance s’organise ici à travers des gestes de protection, de mise à l’abri, d’inventaire et de documentation. Aux côtés des grandes institutions comme l’UNESCO, l’exposition met en avant une multitude de nouveaux acteurs : ONG, collectifs de citoyens et d’architectes. Grâce aux répliques numériques de sites perdus réalisées par l’organisation Iconem et l’architecte Yves Ubelmann, le spectateur se retrouve face à des modélisations impressionnantes.

Fatma Hassona, Jeune fille quittant le Nord de Gaza, 2024
© Phot. Fatma Hassona / Rêves d’Eau Production

On prend soudainement conscience de ce qui est irrémédiablement perdu, tout en mesurant la portée scientifique de ces données pour l’avenir. Chaque relevé numérique, chaque photographie prise à la dérobée ou carte thématique (conçue par l’atelier de cartographie de Sciences Po) devient un acte de résistance culturelle qui contribue à la survie psychologique des populations.

Réparer

Comment panser les plaies une fois les combats passés ? La dernière section, « Réparer », redéfinit la notion même de reconstruction post-conflit au XXIe siècle. L’exposition démontre que la réparation est une approche globale qui intervient souvent bien avant la fin des hostilités. Ce que l’on comprend au fil des maquettes et des documents présentés, c’est que la réparation ne se limite pas aux monuments. Elle concerne la ville, l’environnement, mais aussi les esprits et les corps. L’exposition aborde avec beaucoup de pudeur et de force le soin à apporter aux populations, notamment aux femmes victimes de violences sexuelles. 

 Lev Shevchenko, Fenêtre barricadée à l’aide de livres, district de Voskresenka, Kyiv (Ukraine), mars 2022.
© Phot. Lev Shevchenko

Au-delà du patrimoine monumental, il s’agit avant tout de « refaire société », de recréer les conditions de vie. Le travail de mémoire et la transmission sont ici présentés à travers des chantiers menés directement avec les habitants et les futurs concepteurs. Le patrimoine s’y révèle pour ce qu’il est vraiment : une entité qui fait partie intégrante de la définition de l’humanité. 

Conclusion : notre avis

L’exposition Patrimoines en résistance est très riche en informations. On y découvre l’histoire de divers lieux historiques classés ou dont l’identité est liée au patrimoine culturel national et mondial. L’angle décentre notre attention de l’Europe et de l’Occident pour zoomer sur différents sites, principalement situés au Moyen-Orient. Les commissaires d’exposition sont des universitaires et maîtresses de conférences, et on le ressent quand on parcourt l’exposition.

Ce qu’on pourrait reprocher à cette installation, c’est d’être un peu trop complète. On peut avoir l’impression, à cause de la quantité d’informations, d’être submergé. De plus, on retrouve finalement très peu de réel contenu archéologique et d’étude architecturale en soi. Le sujet, sa complexité et sa dimension actuelle font du contexte une nécessité, et c’est grâce à ça que l’exposition peut vous intéresser même si vous n’êtes pas architecte ni historien. Néanmoins, certains auraient pu s’attendre à plus de contenu architectural et moins d’éléments de contexte historique.

Au final, cette exposition est totalement validée, et saura vous captiver même si vous n’êtes pas un passionné d’architecture ou d’histoire. L’avantage, c’est que comme elle comporte une grande quantité d’éléments contextuels et explicatifs, il est même possible d’y aller en n’étant pas expert du sujet et de ressortir intéressé, captivé, et même en ayant compris plein de choses.

About author

Journaliste
Related posts
ActualitéCinémaMédias

5 films qui ont marqué la carrière de John Travolta

ActualitéSport

Quel est le bilan d’Antoine Griezmann à l’Atlético Madrid ?

À la uneMédiasReportages

The Voice et Les Petits Princes : une journée magique au Parc Astérix, au-delà de la maladie

ActualitéSéries Tv

On a vu pour vous ... Bookish, le polar littéraire de Mark Gatiss

Retrouvez VL. sur les réseaux sociaux