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Après Fugueuse, Romane Jolly s’offre « Un petit coin de ciel bleu »

Romane Jolly

Le grand public l’a découverte avec Fugueuse ou Mon ange. C’est désormais par le théâtre que passe la comédienne Romane Jolly avec sa première création.

C’est avec la bouleversante adaptation de la série québécoise Fugueuse et son impressionnante interprétation que Romane Jolly a pu éclore dans un milieu artistique loin d’être facile pour la jeune génération. Puis dans la foulée, elle donna la réplique (brièvement) à Muriel Robin dans Mon ange toujours sur TF1. Alors qu’elle tourne de nouveau pour la télé dans Erica, la comédienne s’est lancée un nouveau défi : une création théâtrale avec 4 dates parisiennes : « Un petit coin de ciel bleu« . Une plongée âpre dans l’enfer carcéral à laquelle nous avons assisté.

« Entre rédemption et punition »

Durant ces quelques 2 années et demi sans la voir dans une fiction, Romane Jolly nous a manqués mais en a profité pour reposer les bases. Elle a repris le chemin des cours de théâtre (l’Atelier Juliette Moltès) et c’est à l’issue de cette année de cours que la jeune femme a eu envie de relever un défi hors norme : proposer une pièce d’1h45 sur un sujet aussi compliqué que l’enfer carcéral. Un enfer que se partagent les 11 comédiennes et comédiens de cette pièce, à tour de rôle, et dans un espace restreint. La scène du Théâtre de la Flèche colle parfaitement, le spectateur a lui aussi l’impression d’être enfermé entre 4 murs, la chaleur des lieux s’ajoutant à l’angoissante histoire qui nous est contés.

Un petit coin de ciel bleu se déroule au cœur d’une prison. On ne sait ni où elle se trouve, ni à quelle époque elle appartient.
Mais qu’importe, car cette prison fictive et mixte de surcroît, y abrite des prisonnières et des prisonniers. 11 exactement. Et c’est eux qui mènent la danse.
À chacun son parcours, à chacun son combat. À tour de rôle et dans un chassé-croisé, chaque détenu, à sa manière, va mettre en exergue une part d’humanité, lumineuse ou sombre. Nous poussant alors à nous questionner sur la ligne rouge.

« Cette fameuse ligne qui est toujours censée distinguer le bien du mal ».

Une première création puissante et maîtrisée

Romane Jolly nous avait bluffés dans Fugueuse avec son jeu intense, capable d’être à la fois la jeune femme qui veut aimer et aussi, celle qui, détruite par la violence, plonge dans quelque chose d’infiniment sombre. C’est de nouveau ce qui nous saute aux yeux dans cette pièce, sauf qu’il convient d’y ajouter le fait qu’elle en a écrit l’histoire et qu’elle met en scène les 11 comédiens dont elle. Une prouesse pour une artiste qui n’en est qu’au commencement d’une carrière promise à un bel avenir.
Tout dans ce projet va à l’encontre d’une quelconque facilité que l’on aurait pu accepter pour « se tester » et voir si l’on se « sentait capable de ». Romane Jolly a choisi d’aller plus haut et plus fort. Pour filer la métaphore sportive, elle est passée directement de la compétition régionale aux Jeux Olympiques. Comme pour mieux prouver qu’on en a sous le capot comme on dit.

A écouter aussi : Fugueuse (6×52 min) | Une mère parfaite (4×52 min) | La loi des séries #510 | VL Média (vl-media.fr)

Monté avec ses camarades de l’Atelier Juliette Moltès (d’aujourd’hui comme d’hier), cette pièce est une pure expérience. La jeune metteuse en scène et autrice leur a offert le plus beau des écrins mais également le plus fou des défis. Et le défi est particulièrement bien relevé. Certes la pièce est largement perfectible. Ainsi l’enchaînement des séquences mériterait d’être plus fluide même si ces silences entre les scènes ajoutent de la pression à l’histoire. De même, tous les membres de la troupe ne jouent pas à égalité, on devine que certains ou certaines doivent « muscler » un jeu encore trop bleu par moment. Mais quel meilleur lieu pour le faire que « cette prison ». Ils donnent tous- toutes tout ce qu’ils peuvent à mesure que l’histoire se déroule devant nous et que l’on est assommé par ce qui arrive. On a aimé la candeur dans cette enfer de Mila ou la bouleversante envie de rédemption, empêchée à la fois par le système et les circonstances de Joe. Mais c’est bien une nouvelle fois Romane Jolly la comédienne qui nous impressionne. Si à l’issue du spectacle, échangeant ensemble, on se disait en rigolant « encore un univers bien joyeux« , c’est pourtant de ce qui convient si bien à la comédienne. C’est bien quand elle lâche les chevaux qu’elle donne toute la mesure d’un talent qui ne demande qu’à grandir. Et il y a quelques scènes absolument bouleversante dans cette pièce pour en faire la démonstration.

Avec Un petit coin de ciel bleu, Romane Jolly emmène sa troupe vers des horizons que l’on aime voir explorer par une jeune génération d’artistes si audacieuse dans ses choix. Et si le chemin est éprouvant avec un tel sujet, la sensation d’avoir vu une grande et belle histoire est là. Et c’est déjà pas mal !

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Rédacteur en chef du pôle séries, animateur de La loi des séries et spécialiste de la fiction française
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