300€, voilà ce que vous devrez bientôt payer si vous êtes pris en train de fumer du cannabis. C’est la nouvelle réforme que veut proposer Nicole Belloubet, ministre de la justice, dans les mois à venir. Bientôt, les policiers pourront directement mettre une amende, au lieu d’opter pour une garde à vue. Une démarche « complémentaire » qui s’ajoutera aux sanctions pénales déjà existantes. Mais aux Liserons, un des quartiers populaires de Nice, comment réagissent les dealers et consommateurs ?

« Je m’en bats les couilles. », lâche très clairement un habitant du quartier. En bas du « bloc » [immeuble où le trafic de drogue pullule, Ndlr], ce jeune homme change vite de sujet : « C’est pour toi la fumette ? ». Avec une réponse négative, il fait signe à ses camarades. Ils rappliquent avec une allure on ne peut plus distinguée : « Bouges de là, y a pas de reportage, t’es dans la zone ici. » Décidément, ce n’est pas dans cette rue que l’on aura des réponses.

 Vidéo : Qu’est-ce qu’une amende forfaitaire ?

Quelques dizaines de mètres plus loin, Stéph attend son bus. Il patiente sous la pluie, les mains dans son jogging troué. « Moi ça va m’inciter à fumer davantage. », raisonne-t-il, en donnant un coup de pied dans son gobelet de café. Vif, il jette des regards dans tous les sens et s’explique : « La loi devient de plus en plus souple, on va petit à petit vers une dépénalisation. » Comme toutes les dix minutes environ, une patrouille de police tourne dans le quartier. Cette fois-ci, les gyrophares sont allumés et le véhicule grille les feux rouges à toute vitesse. Stéph, dans un sursaut d’humeur, imite le bruit de la sirène. Tout sourire, en faisant signe au bus qui arrive, il finit par conclure : « Un dealer qui se fait 2000€ par mois n’en aura rien à foutre d’une amende de 300€. Ce n’est pas ça qui va changer les habitudes du quartier. »

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Juste en face de l’arrêt de bus se tient le Macdonald’s. Sous la pergola, Gabriel Anotho s’allume une cigarette et considère que « cette loi aura un réel impact. » Pour lui, une amende aussi élevée va le dissuader de fumer sur la voie publique. « Je continuerais à me détendre, mais je ferais ça chez moi. », avoue-t-il en écrasant son mégot. « Hors de question de se prendre une amende pour un joint. », lance-t-il avant de reprendre son service dans le fast-food.

« Ce n’est pas une loi qui va arrêter la consommation de drogues. »

Mais Valentin,« fumeur occasionnel », n’est pas du même avis. Capuche sur la tête et écouteur sur le bord de l’oreille, il estime que « ce n’est pas une loi qui va arrêter la consommation de drogues. » En se mettant à l’abri de la pluie, il développe : « Le Gouvernement a mis en place une amende pour tous ceux qui jettent leur mégot par terre. Est-ce que ça fonctionne ? Non. Voilà, tu as ta réponse. »

 

Apparemment, les avis divergent dans la cité. « Mossah le Mossa » s’occupe d’arroser sa plantation de weed. En chouchoutant ses plantes, il souligne que « c’est un premier pas vers la dépénalisation. » Il baisse le volume de son rap italien et s’explique : « Une telle démarche va permettre de désengorger les tribunaux et les postes de police. C’est une excellente idée. » Une odeur enivrante parfume son salon. « Après ça risque d’inciter la police à frauder en acceptant des pots de vin, réplique-t-il, la machette posée sur le bord de la table, ‘’L’amende’’ ira dans la poche du policier et pas celle de l’Etat. »

Nicolas Baggioni