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C’était il y a 10 ans … Fringe (Fox), au-delà des univers parallèles

Malgré des audiences médiocres, Fringe est devenue une série-culte : un petit bijou de science-fiction qui a transcendé le genre en mettant les rapports humains au cœur d’une mythologie fascinante.

C’est quoi, Fringe ? Au sein du FBI, une unité spéciale est chargée d’enquêter sur des phénomènes  étranges et des morts inexplicables et souvent violentes. Sous les ordres de l’agent Broyles (Lance Reddick), Olivia Dunham (Anna Torv) dirige les investigations, avec l’aide de Walter Bishop (John Noble), un scientifique brillant mais excentrique et son fils Peter (Joshua Jackson). Au fil des affaires, l’équipe finit par comprendre que ces phénomènes  sont connectés et qu’ils sont consécutifs à des failles entre deux univers : notre monde, et un monde parallèle. Deux dimensions à la fois semblables et différentes, où chacun existe en double. Une guerre semble inévitable, à moins que les deux mondes ne parviennent à coexister et s’entraider.

C’est cette scène impressionnante qui ouvre le pilote de Fringe, diffusé sur la Fox le 9 Septembre 2008.  A l’intérieur d’un avion sur le tarmac de Boston, tous les passagers sont morts, comme dissous par l’acide. Soupçonnant qu’il pourrait s’agir de bioterrorisme, l’agent du FBI Olivia Dunham enquête et découvre que le scientifique Walter Bishop a déjà travaillé sur des substances similaires. Aussi génial que dérangé, cet éminent savant est interné en hôpital psychiatrique depuis dix-sept ans et seul son fils Peter, avec qui il n’a plus de contact depuis des années, peut l’en faire sortir. L’agent Dunham  parvient à le convaincre et le trio va dès lors collaborer au sein d’une division secrète, chargée d’élucider des phénomènes inexpliqués ; à charge pour Peter de prendre soin de son père, afin qu’il puisse apporter un éclairage cartésien sur les cas paranormaux auxquels le FBI est confronté.

Fringe pose rapidement ses jalons : J.J. Abrams et les scénaristes  Roberto Orci et Alex Kurtzman ont imaginé un procédural (une affaire paranormale résolue par épisode) et un arc feuilletonnant en arrière-plan. Pour l’essentiel, les premiers épisodes reposent sur ces intrigues hebdomadaires. Derrière le mystère, toute la dynamique des enquêtes s’appuie sur la collaboration entre l’agent Dunham et les deux scientifiques qui cherchent à élucider des phénomènes inexpliqués, des morts violentes qui n’ont apparemment aucune explication logique ou raisonnable.

Dans Fringe aussi, la vérité est ailleurs…

 

Dans le même temps, une trame sous-jacente commence déjà à apparaître et Fringe met en place un récit continu plus complexe et l’embryon de ce qui deviendra sa mythologie : le manifeste ZFT, les expériences conduites par Walter avec une drogue de synthèse nommée le Cortexiphan, l’arrivée de mystérieux individus au crane rasé appelés les Observateurs, la multinationale Massive Dynamic et son fondateur William Bell (interprété par rien moins que le légendaire Leonard Nimoy), les manipulations génétiques…  D’abord fragmentée, diffuse et discontinue, la dimension feuilletonante ne va cesser de s’accentuer, jusqu’à ce que tout bascule en fin de saison 1 avec l’élément essentiel de Fringe : la découverte de l’existence d’un univers alternatif. A partir de là, la plupart des épisodes forment un arc unique.

Au départ, on pense inévitablement à X-Files : épisodes bouclés avec les prémices d’une trame transversale conspirationniste, agents du FBI enquêtant sur des phénomènes inexpliqués, mélange d’horreur et de surnaturel… La comparaison atteint toutefois rapidement ses limites.  D’abord, les héros de X-Files doutent sans cesse de la véracité de ces phénomènes (en particulier Scully, la scientifique sceptique), quand ceux de Fringe ne remettent pas en question la réalité de ce qu’ils voient, qu’il s’agisse de téléportation, projection astrale, mutation génétique, résurrection, télépathie, pyrokinésie. Ensuite parce que le contexte, l’histoire qui se développe en arrière-plan sont totalement différents.

A ce stade, il est difficile de parler de la série sans en dévoiler certains éléments-clés. Nous resterons volontairement évasifs : ceux qui ont vu la série savent déjà de quoi on parle ; les autres nous reprocheraient des spoilers intempestifs. Le récit n ‘est pas linéaire, mais résumons l’essentiel en rétablissant la chronologie : en 1985, ayant découvert l’existence d’un univers parallèle, Walter prend une décision lourde de conséquences suite à un drame personnel. Il ouvre une brèche pour pénétrer dans l’autre univers et, se faisant, il modifie le cours des événements, fragilise les deux mondes et provoque une série de réactions en chaîne avec, en point d’orgue, les événements du présent auxquels est confronté le FBI. Au fur et à mesure, les échanges entre les deux univers s’intensifient et se complexifient, entre menaces de guerre puis coopération diplomatique. Dans la vidéo suivante, Walter explique cette double réalité :

Cet autre univers, qui se dévoile progressivement, est à la fois semblable et différent du nôtre. On s’y déplace en dirigeable, le 11 Septembre n’a pas eu lieu et,  à cause de Walter, tout s’y désintègre lentement… La transition introduit en outre de nouveaux personnages, versions alternatives des protagonistes principaux : une autre Olivia,  un autre Broyles, et surtout un autre Walter (surnommé Walterego par son double en VF), principal artisan des attaques contre notre monde.

Walter vs Walterego : John Noble se dédouble

 

Au cœur de Fringe, le thème d’une réalité parallèle ou alternative est un classique de la science-fiction. La série le met parfaitement en œuvre,  développant une mythologie cohérente mais complexe, dans une narration qui ne l’est pas moins. D’abord linéaire, le récit devient de plus en plus ambitieux au fil des saisons : Fringe orchestre des allers-retours entre les deux univers, bouleverse sa chronologie avec des épisodes en flash-back ou même des séquences sous forme de dessin animé. En saison 3, la série se dédouble littéralement, avec des épisodes se déroulant dans notre monde et d’autres dans l’univers parallèle, où l’on suit les personnages de chaque dimension. En saison 4, on plonge dans une réalité alternative, un des personnages ayant été « effacé » de la chronologie, avec toutes les répercussions possibles sur l’histoire (certaines affaires déjà traitées ressurgissent, avec un développement différent) et le caractère de ses acolytes. Enfin, dans sa dernière saison, la série opère un saut temporel et transporte ses héros en 2036, dans un futur dystopique où les observateurs ont pris le pouvoir et où s’organise la résistance. Le tout avec un générique évolutif, pensé et composé par J.J. Abrams, et qui change d’une saison à l’autre (voire même pour un épisode, avec une version « rétro » pour ceux en flash-back).

Une structure complexe, étourdissante et toujours maîtrisée, en outre sous-tendue par de nombreux thèmes de réflexion : la constitution de l’identité, l’opposition entre religion et technologie, les limites éthiques de la science, la supériorité de la raison sur l’affect, le destin et le libre-arbitre…  Malgré une ultime saison en-deçà des précédentes (le flash-forward a quelque chose d’un peu artificiel et semble surtout servir de prétexte pour conclure la série), Fringe raconte une histoire passionnante, intelligente et d’une immense richesse.

De plus, tous les comédiens sont excellents. Joshua Jackson, par exemple, est formidable – quand bien même il incarne le seul personnage n’ayant pas de double (vous découvrirez pourquoi). Car dans une série qui leur impose de se dédoubler, c’est dans la confrontation entre les différentes versions de leurs personnages que les acteurs donnent toute la mesure de leur talent – à l’instar de la magnifique Anna Torv, et plus encore d’un John Noble bluffant dans deux rôles diamétralement opposés. On citera aussi Jasika Nicole (l’agent Astrid Farnsworth, dont les interactions avec le Dr Bishop sont souvent pleines d’humour), Lance Reddick (Phillip Broyles, un rôle qui lui va comme un gant), Seth Gabel, Kirk Acevedo ou Blair Brown.

Une partie des excellents acteurs de Fringe

 

Une série repose toujours en grande partie sur ses interprètes, mais c’est encore plus le cas dans Fringe, son créateur J.J. Abrams utilisant finalement un scénario complexe et un concept fort comme prétextes à des histoires humaines. Il nous avait déjà fait le coup avec Lost : derrière les thèmes pseudo-scientifiques ou surnaturels, l’essentiel réside dans  les rapports entre les héros et leurs personnalités.

Subtilement, ils  nouent des relations de plus en plus profondes, évoluent au fil des épreuves.  Olivia, froide et déterminée, devient toujours plus humaine au fur et à mesure qu’on découvre son enfance, ses capacités hors norme et sa fragilité. Peter trouve une possibilité de rédemption lorsqu’il renoue avec son père, une forme de paix dans sa relation amoureuse avec Olivia, jusqu’au moment où il accepte de se sacrifier. Et évidemment Walter Bishop, personnage extraordinaire, scientifique génial mais totalement instable, caractériel et imprévisible, accro aux médicaments (et au LSD) ; tour à tour agaçant, drôle ou émouvant, il finit toujours pas laisser apparaître une humanité et une sensibilité bouleversantes. Fringe, ce sont bien sûr les aventures de personnages plongés dans le confrontation entre deux univers menacés par une guerre ; mais c’est aussi la relation amoureuse de deux personnages abîmés par la vie, la confiance et la complicité qui naissent entre des protagonistes réunis par les circonstances, et les rapports conflictuels entre un père et son fils.

Walter et Peter Bishop : tel père, tel fils

 

Si Fringe n’a cessé de s’améliorer en terme de créativité, les audiences n’ont pas suivi : son format feuilletonnant, son intrigue élaborée avaient de quoi décourager un public qui n’avait pas forcément suivi tous les épisodes et se retrouvait perdu au moment de reprendre le cours de l’histoire. La série a failli être annulée à plusieurs reprises ; de bons résultats à l’étranger et le soutien de spectateurs fidèles et passionnés qui l’ont immédiatement élevée au rang de série-culte l’ont sauvée in extremis à plusieurs reprises. Jusqu’à la dernière saison, la 5ème : raccourcie à 13 épisodes, c’est sans doute (on l’a dit) la moins réussie car la moins cohérente avec l’univers des saisons précédentes. Toutefois, les deux derniers épisodes rectifient le tir, en apportant une conclusion logique et plus que satisfaisante. Parce que dans Fringe, tout a commencé à cause de l’amour d’un père pour son fils ; et tout finit de la même manière.  

Malheureusement, Fringe n’a pas eu le succès qu’elle aurait mérité lors de sa diffusion. Avec des audiences en baisse régulière, elle a pourtant duré 5 saisons, au cours desquelles s’est construit un récit d’une complexité et d’une richesse fascinantes, entre science-fiction, paranormal et univers alternatifs. Cependant, en s’appuyant sur des personnages magnifiques, sur les relations humaines et leur évolution personnelle, Fringe parvient à sortir du genre pour dépasser la simple variation sur un thème connu. Indispensable pour les amateurs de science-fiction mais aussi pour les autres, c’est ce qui en fait une série remarquable, à voir ou à revoir, même 10 ans plus tard.

Fringe (Fox)
5 saisons – 100 épisodes de 40′ environ.
Disponible en Blu-Ray et DVD.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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