Après sept années de guerre en Syrie, la France est en pleine procédure pour retirer sa Légion d’honneur à Bachar al-Assad. L’objectif ? Sanctionner la politique conduite par le dirigeant et son recours aux armes chimiques. Alors, pour ou contre ?

En juin 2001, Bachar al-Assad était décoré de la Légion d’honneur par le Président Jacques Chirac au cours d’une cérémonie discrète. Il succédait à l’époque à son père Hafez al-Assad, incarnant l’espoir d’un changement à Damas. Lionel Jospin, premier ministre de l’époque et son gouvernement n’avait pas été informée de la remise de cette récompense.

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Jacques Chirac remet la Légion d’honneur à Bachar al-Assad en 2001

 

POUR

1. Une pétition en ligne

Une pétition citoyenne a été lancée en ligne pour demander le retrait de la prestigieuse médaille. Cette pétition s’inscrit dans la continuité des propos tenus en novembre dernier par Christophe Castaner, alors porte-parole du gouvernement. Il avait jugé qu’une éventuelle déchéance d’Assad constituait une « question légitime ».

2. « l’honneur de la France ».

Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences Po Paris qui a signé la fameuse pétition, estime qu’il en va de « l’honneur de la France ». Dans la continuité des frappes françaises ayant eu lieu en Syrie contre le régime d’Assad, il paraît in-envisageable qu’un « bourreau (…) contre lequel la France a mobilisé ses moyens militaires il y a quelques jours puisse continuer de porter, même symboliquement, la Grande Croix de la Légion d’honneur ».

3. Des précédents

Ce retrait ne relèverait pas de l’exception. En effet, d’autres personnalités étrangères se sont vues attribuer puis retirer la Légion d’honneur. Parmi ces dernières, on peut mentionner Harvey Weinstein, incriminé dans des affaires de viol et harcèlement, ou le styliste John Galliano qui avait tenu des propos racistes et antisémites. C’est également le cas de Lance Armstrong, lorsqu’il a été prouvé qu’il s’était dopé. Or, pour  l’éditorialiste de BFMTV, Christophe Barbier : « On ne peut pas retirer la Légion d’honneur à Lance Armstrong et pas à Bachar al-Assad ».

4. Une décision présidentielle

C’est de toute manière au président de la République, que revient la décision de retirer la médaille à un étranger. Or, l’entourage d’Emmanuel Macron a confirmé lundi soir, l’engagement dans cette procédure. « L’Elysée confirme qu’une procédure disciplinaire de retrait de la Légion d’honneur, la plus haute distinction française, à l’endroit de Bachar al-Assad a bien été engagée », souligne la présidence de la République. Une procédure qui aurait débuté il y a plusieurs mois d’après l’Elysée.

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Florence Parly, Édouard Philippe, Emmanuel Macron et Geneviève Darrieussecq, juillet 2017.

CONTRE

1. L’engagement dans une procédure d’ostracisation

Cette démarche se place dans la continuité de la rupture engagée avec le régime de Bachar al-Assad. Il s’agit par extension d’une opposition à la Russie de Vladimir Poutine. Indéfectible allié de son homologue syrien, le président russe n’a eu de cesse de condamner les frappes conduites par la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

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Bachar al-Assad et Vladimir Poutine, des alliés dans ce conflit.

2. Créer une récompense spécialement dédiée à la diplomatie ?

Au-delà de la question du retrait, plusieurs personnalités ont évoqué la nécessité de ne plus faire de la diplomatie avec la Légion d’honneur pour « amadouer des dictateurs ». Christophe Barbier de BFMTV prône ainsi  la création d’une médaille spécialement dédiée à cet effet « qui brille beaucoup et dont personne n’aura rien à faire »

3. D’autres décorés qui font tâche

En effet, de Mussolini à Ceausescu en passant par Kadhafi, bon nombre d’anciens dirigeants étrangers ont reçu la Légion d’honneur. Il faut savoir qu’avant 2010 il n’était pas possible de retirer une Légion accordée à un étranger. Auparavant, aucun article du code associé ne prévoyait l’exclusion éventuelle de décorés étrangers. Le retrait sera donc avant tout symbolique, sans conséquences réelles sur le dirigeant.