Recep Tayyip Erdogan l’avait imposé en juillet 2016 après le putsch raté. L’état d’urgence en Turquie est aujourd’hui révolu. Le Président, réélu le 24 juin dernier, a eu deux ans pour profiter de ce régime d’exception, et mettre en place une réelle purge.

Il ne devait durer que trois mois. L’état d’urgence a finalement été prolongé de deux ans, soit répété sept fois au total. Mis en place suite au coup d’état manqué du 15 juillet 2016, ce régime a permis au Président -souvent qualifié de dictateur- de mener une purge sans merci, où l’opposition et la presse sont sans cesse muselées.

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Pendant deux ans, les autorités ont pu maintenir l’ordre, et réaliser n’importe quel de leur souhait, grâce à une extension de leurs pouvoirs. Officiellement, il s’agissait de lutter contre toutes menaces terroristes. Mais encore aujourd’hui, nombreuses sont les ONG qui critiquent le chef d’Etat d’avoir exercé une politique autoritaire sur son pays, en mettant sous silence ceux qui osent le critiquer.

Les premiers dans le viseur sont les Kurdes, ce peuple sunnite qui tente depuis des années de créer un Etat indépendant -le Kurdistan- à la frontière sud-est du pays. Erdogan, qui les qualifie de “terroristes”, n’hésite pas à leur faire la guerre, en mobilisant des fonds astronomiques et en emprisonnant tous ses sympathisants.

Les journalistes dans la ligne de mir. Loup Bureau, un reporter français en réalisation d’un documentaire sur les Kurdes, avait été emprisonné, soupçonné de sympathiser avec la milice armée, les YPG. Comme lui, ils sont près de 3000 à avoir été censurés et licenciés par les autorités selon Reporters sans frontières, qui classe le pays à la 157e position sur 180.

Près de 400 ONG fermées par décret, rapporte Amnesty International. Une main de fer qui dirige le pays, dans ce cas précis, grâce à l’article 11 de la Loi relative à l’état d’urgence. Encore une fois, on les assimile à la rébellion kurde. Menaces de mort, emprisonnements, torture.. Les associatifs font quotidiennement face à la répression étatique.

135 000 fonctionnaires limogés sous l’état d’urgence. Que se soit des enseignants, des policiers, des militaires, ou des médecins, c’est tout le service public qui passe à la trappe. Rien qu’au mois de juillet, 18 000 employés n’ont pas pu retourner au travail, et ont vu leur droit à la retraite ainsi que leur sécurité sociale disparaître

 

Le renforcement des pouvoirs

Faire tomber l’état d’urgence ne signifie pas un retour à la démocratie. Loin de là. Recep Tayyip Erdogan, réélu le 24 juin, prête serment pour un nouveau quinquennat. Résultat : le chef d’Etat vient de mettre en place un régime présidentiel encore plus strict. Désormais, “Superdogan” dirige les trois pouvoirs, exécutifs, législatifs et judiciaires.

Dans ce nouveau régime, le poste de Premier ministre n’existe plus, c’est le Président qui prend sa place. Erdogan a désormais la possibilité d’instaurer un décret bien plus facilement qu’avant. De quoi faire peur une fois de plus à l’opposition.