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Ils font la TV : c’est quoi producteur de jeux d’aventure ?

Alors que M6 va lancer son nouveau Destination X, son producteur nous a expliqués en quoi consistait son métier.

Pourquoi avez-vous choisi d’être le producteur de « Destination X », le nouveau jeu d’aventure de M6 ?

Quand on me l’a pitché, je me suis dit « waw ! C’est un concept fort et j’y crois ! ». C’est vraiment novateur et ça, c’est jamais vu en télé. C’est le concept du GeoguessR qu’on a l’habitude de voir sur Internet. A part que là, c’est dans la vraie vie. 10 candidats qui doivent se situer à travers toute l’Europe. Et puis, il y a ce grand bus magique avec les vitres opaques. Les candidats ne voient pas l’extérieur. Mais des fois, le bus magique permet aux candidats de pouvoir avoir des indices. Il y a aussi des jeux en extérieur qui permettent aux téléspectateurs de voir la beauté de l’Europe. C’est un grand voyage ! Et, dans ce programme, même la façon d’animer est nouvelle. On n’a pas choisi un animateur, mais un acteur. L’acteur, c’est Philippe Bas, c’est le maître du jeu. Il tire les ficelles d’une histoire, parce qu’on raconte une histoire. Philippe [Bas], il est à la Destination X, le premier à le retrouver, remporte le jeu.

Comment produit-on une émission de télévision ?

En premier lieu, il faut savoir qu’on ne travaille pas directement pour les chaînes de télévision, mais pour des sociétés de production. Les chaînes sont des diffuseurs, ils achètent les programmes aux boîtes de prod. Ensuite, il y a deux styles de production. Soit le programme est une création, soit le programme est une adaptation. Dans le cas d’une adaptation, on ne part pas de zéro. « Top Gear », « Pékin Express » ou encore « Destination X » sont des adaptations achetées à l’étranger. On adapte juste le programme avec les spécificités d’un public français ou alors on le simplifie.

Dans le cas d’une création, on part de zéro, d’une feuille blanche. On doit dessiner la mécanique, les grandes lignes, réfléchir à ce qu’il se passe dans l’émission, trouver des enjeux, et apprendre des choses aux potentiels téléspectateurs. Ensuite, on doit choisir l’incarnant, l’animateur du programme. Ce choix, ce fait en collaboration avec la chaîne. Une fois le choix validé, je choisis mes équipes. D’abord, je prends contact avec les chefs de poste, dont le réalisateur, le rédacteur en chef,… En accord avec chacun d’entre eux, on choisit les cadreurs, les journalistes,… Après, on travaille sur les décors, l’écriture, l’invention des jeux,… En parallèle, on travaille avec des constructeurs et la chaîne. J’organise un rendez-vous au moins une fois par semaine avec le diffuseur pour les tenir informés de l’avancée du programme. On avance ensemble ! Et pour finir, on supervise le casting avec le directeur de casting. Encore une fois, on fait des choix. Chaque candidat doit avoir sa personnalité et doit raconter une histoire.

En raison du manque de moyen financier, est-il compliqué de produire des gros formats ?

« Le temps, c’est de l’argent ». Aujourd’hui, évidemment qu’on a moins d’argent pour produire des émissions. En plus de ça, on a moins de temps et pourtant, il faut aller encore plus vite. C’est compliqué parce qu’on a moins le temps de pousser le développement d’un format et donc on préfère adapter des émissions étrangères pour pouvoir aller plus vite. Pour revenir sur la question du financement, les gros formats, c’est très risqué. Il existe encore des producteurs qui prennent des risques, mais quand ils « échouent » c’est un gros accident et donc ce n’est pas facile pour se relever après. Par exemple, Arthur a été très ambitieux avec « District Z », hélas, ça n’a pas marché et outre la question de l’argent investi, c’est aussi l’aspect humain qui entre en jeu, pour le temps et l’investissement des équipes. Les équipes de production sont déçues et généralement, on se dit « qu’on s’est ratés ». Mentalement, c’est dur.

Quels sont les avantages et les inconvénients dans le métier de producteur ?

On est des privilégiés, faut le dire ! On fait un métier exceptionnel, on voyage,… Très peu de métiers permettent cela. Grâce à ça, j’ai rempli trois passeports. Avant de faire ce métier, je n’avais jamais voyagé de ma vie. J’avais même jamais pris l’avion. Pour la petite anecdote, la première fois que j’ai pris l’avion, c’était un Paris-Pékin et je partais sur le tournage de « Pékin Express ». Après, il y a quand même des inconvénients, sur le plan familial, notamment. C’est compliqué d’avoir une vie de famille en faisant ce métier. On est tout le temps à droite et à gauche. Alors, au début, tu sers les dents et en vieillissant, tu compenses. En préproduction, je fais attention à mes horaires et privilégie le plus possible le télétravail pour pouvoir passer du temps avec mes filles. Mais quand je suis en tournage à l’autre bout du monde, là, je n’ai pas trop le choix et je dois accepter de ne pas voir ma famille durant plusieurs semaines.

CAPTURE D’ECRAN/ITV/M6 / CipeM6

Avec votre regard de producteur, que manque-t-il à la télévision ?

On a envie de voir des émissions avec plus de moyens. Peut-être que les chaînes et les plateformes devraient proposer moins d’émissions en faveur de programmes plus installés et de qualité. Koh-Lanta ou encore Fort Boyard, continuent de fonctionner, car ils ont trouvé la bonne recette. Le Fort, c’est ambitieux, c’est impressionnant et les enfants reconnaissent directement. C’est pour ça que ça marche. Aujourd’hui, on a du mal à proposer des vrais gros formats comme ça. Ce sont des formats avec une véritable identité visuelle et sonore.

Vous parliez des plateformes, est-ce plus simple de produire des concepts sur Netflix ou Amazon Prime Video qu’à la télévision ?

J’ai eu l’occasion d’être producteur de « True Story » pour Amazon et de « Jusqu’à l’aube » pour Netflix et je peux vous assurer que le métier est le même qu’à la télévision. Il n’y a pas vraiment de différence. Alors, oui, il y a plus d’argents sur les plateformes, mais on a quand même peu de temps pour produire. En réalité, l’argent ne fait pas tout. Et puis, ce sont des usines, c’est la course, ils sortent beaucoup trop de formats et donc très peu ont le temps de bien s’installer.

A lire aussi : [INTERVIEW] Paul de Saint Sernin, entre l’humour et le foot

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