Tout Pour Réussir, dix minutes d’interview avec Saad Merzak. Un retour sur la carrière d’une personnalité du monde médiatique, artistique ou économique, et les raisons de son succès. Aujourd’hui Saad Merzak reçoit Jean-François Camilleri, président de Walt Disney Company en France.

Saad Merzak : Walt Disney Company, ce sont des chaines de télévision comme Disney Channel ou XD, des films à succès comme Black Panther, Avengers ou les autres super-héros de chez Marvel, de la musique, des magazines… Bref, c’est un empire colossal !  Quel bilan faites-vous de ces dix dernières années au sein de l’entreprise américaine ?

Jean-François Camilleri : Cela fait maintenant 30 ans que je suis chez Disney, mais 10 ans que je dirige la partie France de la Walt Disney Company, qui regroupe donc toutes les activités dont vous avez parlé. Quand on est arrivé il y a 10 ans, toutes les sociétés étaient des sociétés spécifiques, avec chacune leur directeur général, financier, marketing, commercial. L’idée à l’époque, c’était de ne faire qu’une seule entreprise, d’intégrer toutes les fonctions afin de n’avoir qu’une seule direction financière, une seule direction marketing, et que les trois métiers que nous faisons, à savoir sortir des films dans les salles, vendre des programmes à la télévision ou fabriquer des chaines de télévision, et donner nos licences à des sociétés extérieures, soient supportés par des équipes spécifiques pour le marketing, la communication, la localisation, les ressources humaines, le juridique et la finance…. Au bout de 10 ans, l’intégration a été faite et cela se passe très bien, c’est-à-dire que tout le monde aujourd’hui se sent concerné par tout ce qui se passe dans l’entreprise, qu’ils travaillent au cinéma, à la musique, aux produits dérivés ou ailleurs.

 

Vous êtes rentrés chez Disney au début des années 90, d’où vous vient votre passion pour le cinéma, ou plutôt l’univers Disney puisque vous avez fait l’ensemble de votre carrière là-bas ?

Ecoutez, c’est un peu un hasard au départ, c’est-à-dire que je ne voulais pas forcément travailler pour Disney. Le cinéma m’intéressait, mais je n’avais pas non plus comme obsession de travailler dans le milieu. Cela a été une opportunité que j’ai su saisir à l’époque, et puis tout s’est bien passé au fur et à mesure des années : je n’ai jamais eu besoin de partir puisqu’à chaque fois il y avait un nouveau défi qui m’attendait, que j’avais envie de relever. Je suis ainsi parti aux Etats-Unis où j’ai vécu pendant 2 ans, puis je suis revenu en France pour travailler sur des films français, j’ai eu la liberté de créer un label comme Disney Nature, et il y a eu enfin la grande aventure de la Walt Disney Company France et le regroupement de chacune des activités.

 

Vous avez gravi les échelons petit à petit, quelles ont été vos meilleures rencontres professionnelles ?

Il y a des rencontres au sein de l’entreprise qui sont importantes, mais que les gens ne connaîtront pas. Il est clair qu’on ne pourra jamais oublier la première personne qui vous fait confiance et qui vous donne un poste, parce que sans elle rien n’aurait commencé. Les personnes qui ont 10 ou 15 ans de plus que soi, quand on a 25 ans, et qui permettent d’apprendre plus vite sont clés, de même que les gens à l’extérieur qui permettent de s’ouvrir à autre chose, pour pouvoir nourrir Disney. Il y a eu Kevin Allison, qui m’a engagé il y a presque 30 ans, mais également Dominique Guerin, qui à l’époque m’avait donné une chance dans l’agence de publicité qui travaillait pour Disney, grâce à qui j’ai pu commencer, et puis enfin plus récemment les gens de bonne pioche qui sur le domaine de la nature m’ont aidé à réaliser mon rêve de créer Disney Nature. Il y en a évidemment plein d’autres mais la liste serait trop longue.

 

Vous avez également travaillé à Los Angeles dans les années 90, quels souvenirs gardez-vous de cette période américaine ?

Le monde était complètement différent, à l’époque c’était l’univers des fax, des télex, il n’y avait pas d’internet, bien évidemment pas de portable, pas de réseaux sociaux a fortiori.. C’était vraiment un monde différent, Los Angeles n’était pas la ville excitante qu’elle est aujourd’hui. C’était donc beaucoup de travail, 12h sans s’arrêter quasiment, tous les jours, dans un univers complétement anglo-saxon. C’était dur, je ne profitais pas du soleil, de la chaleur ou de l’océan, mais j’ai appris énormément de choses. Je pense que passer 1 an et demi là-bas m’a permis d’avoir les fondations, notamment de construire des relations avec les américains, pour rester aussi longtemps dans l’entreprise. Quand on travaille dans la filiale d’une société américaine dans un autre pays, on ne connaît pas le fonctionnement américain. J’ai la chance d’avoir travaillé là-bas et de connaître le fonctionnement, je pense que c’est aussi ça l’un des secrets de ma longévité.

 

Disney a été un révélateur de talents incroyables, vous avez dû en rencontrer des stars que cela soit à Cannes, à Hollywood ou lors de leur venue promo à Paris. Quelles sont celles qui vous ont marqué et pourqui ?

 Moi, ce qui me marque, ce sont les artistes, ceux qui créent. L’avantage qu’on a chez Disney, c’est qu’on travaille beaucoup avec des animateurs et avec des réalisateurs de films d’animation, qui sont en terme artistique extraordinaires. Donc les rencontres avec les gens de chez Pixar, de chez Disney, ou bien évidemment du studio Ghibli, à commencer par Hayao Miyazaki, m’ont appris énormément de choses. L’avantage c’est que j’ai été au début de l’aventure Pixar, de l’aventure Ghibli, au début du renouveau de l’aventure Disney. J’ai donc vu des producteurs, des réalisateurs, voire des animateurs grandir ; j’ai connu John Lasseter il y a plus de 20 ans, j’ai connu Pete Docter, aujourd’hui devenu le nouveau patron de Pixar. Quand j’ai sorti Princesse Mononoké de Miyazaki, c’était il y a bientôt 20 ans, et il avait encore une grande partie de sa carrière devant lui. Ce sont des moments exceptionnels puisqu’on est avec des vrais artistes. J’ai rencontré également tous les comédiens et les réalisateurs avec qui on a pu travailler, que ce soit Bruce Willis, Robert Redford, Angelina Jolie pour Maléfique, ou encore Michael Douglas qui vient d’ailleurs bientôt à Paris. Pour moi, toutes ces rencontres sont vraiment ce qu’il y a de plus fort.

 

A quoi ressemble une journée type de travail dans votre vie ?

Beaucoup d’organisation en amont, je sais la veille ce qu’il va falloir que je fasse le lendemain. Je me prépare pour faire en sorte de ne pas me faire avoir par les mails qui tombent au fur et mesure. Quand je me réveille le matin, je sais exactement les 10 choses qu’il faut que je fasse absolument dans la journée, et je fais en sorte que ces choses-là soient prioritaires par rapport à tout le reste. Il y a toujours des inconnues et des choses inattendues qu’il faut que je règle rapidement, mais ma journée est ultra organisée parce que sans organisation on n’y arrive pas. J’ai beaucoup d’équipes à gérer, une à Amsterdam, une à Bruxelles, une à Paris, en plus de gérer Walt Disney Company France, Benelux, l’Afrique francophone et le Maghreb. Sans une obsession de l’organisation, je ne pourrais pas y arriver.

 

Mais alors avec tout ça, est-ce que vous avez le temps d’assister à certains tournages Disney ou pas du tout ?

Oui, parce que je pars du principe que ce n’est pas forcément passer beaucoup de temps qui fait avancer, j’essaie de travailler assez rapidement en étant très concentré, donc j’arrive à me dégager beaucoup de temps à la fois pour ma vie privée et pour les gens de la société que j’essaie de voir souvent. Pour les tournages, je vais chaque année sur ceux des films Disney Nature parce que je les produis. L’avantage, c’est qu’ils sont souvent tournés dans des endroits extraordinaires, tels que le Pôle Nord, les Bahamas, l’Ouganda, le Kenya ou encore le Sri Lanka. L’inconvénient, c’est que cela prend du temps, mais on a les moyens, on est plus comme avant scotchés sur un bureau. On peut travailler pratiquement n’importe où, et c’est aussi ce qui nous donne la possibilité de faire tout ce qu’on veut.

 

Vous êtes très actif sur Twitter, est-ce que c’est important pour vous les réseaux sociaux ?

Ils ont leurs limites, mais cela reste un moyen extraordinaire de parler à plusieurs milliers de personnes, de faire passer des messages et d’améliorer, si c’est nécessaire, l’image d’un film ou de l’entreprise. Je veux surtout être actif sur ce qui peut faire avancer les choses dans la société en général, parce qu’il y a beaucoup de combats à mener, notamment sur l’environnement, et Twitter nous permet de parler à des gens qui ne sont pas forcément dans le premier cercle de Disney. Si les gens veulent avoir des informations sur Disney, sur Star Wars ou sur Marvel, ils peuvent les avoir à peu près partout, mais ce n’est pas moi qui les apporterait. En revanche, dire ce que le responsable de la Walt Disney Company pense sur un sujet, ou comment il utilise la société Disney pour faire avancer un projet sociétal, c’est cela qui m’intéresse.

 

A quoi vont ressembler les vacances du patron de Walt Disney Company cet été ?

Mes vacances ressemblent à celles de n’importe qui, 2 semaines au soleil dans le sud de la France en famille pour prendre du bon temps.

 

Donc déconnexion totale, pas de réseaux sociaux, pas de téléphone ?

Dans la mesure du possible oui, cela m’est déjà arrivé plusieurs fois de partir en vacances sans mon portable, pendant une dizaine de jours à l’étranger, et la société continue à tourner sans aucun problème.

 

Aujourd’hui vous avez 54 ans et une carrière bien remplie, qu’est-ce qui pourrait vous faire plaisir dans les 10 prochaines années ?

La seule condition est de prendre du plaisir. Comment ? Je ne sais pas, parce que tout bouge très vite, mais ce qui est important c’est le plaisir. Je n’ai jamais voulu aller au travail, j’ai toujours été très conscient que ce qui était important c’était d’être heureux en arrivant au bureau ou même le weekend, parce qu’on sait que son activité professionnelle est remplie de bonnes choses. Dans les 10 prochaines années, je veux que cela continue, peut être chez Disney ou à l’étranger, mais toujours dans cette optique de prendre du plaisir.