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L214 : Les révélations de son enquête sur Domino’s Pizza

L214 s’attaque au géant de la restauration rapide Domino’s Pizza. Une enquête révèle la provenance du poulet utilisé par l’enseigne et dénonce les pratiques d’élevage intensif.

Une enquête réalisée par l’association de protection animale L214 affirme que ses approvisionnements sont d’origine brésilienne et issus de l’élevage intensif. Une vidéo filmée en caméra cachée dévoile les emballages d’une chambre froide d’un de ses restaurants sur lesquels la provenance est indiquée. Ces emballages prouvent que le groupe JBS, responsable d’une parti de la déforestation au Brésil fournit l’enseigne. Un des employés des restaurants a aussi levé le doute sur ce sujet. Alors que Domino’s Pizza indique sur son site Internet et dans son code de conduite l’importance du bien-être animal, cette vidéo semble montrer le contraire. Pour en savoir plus au sujet de cette enquête, VL-Média a contacté Raphaëlle Martinez, chargée de campagne. Depuis le mois de décembre, l’association tente de rentrer en contact avec ce géant de la restauration. Sans réponse, a-t-elle affirmé. L’enquête porte sur le non-respect l’European Chicken Commitment, un pacte signé par de nombreux acteurs de l’agroalimentaire comme Picard, Intermarché… Cet engagement vise à “bannir les pires pratiques d’élevage et d’abattage des animaux.”

La démarche de L214, à travers cette enquête, est d’avancer “pas à pas vers la fin de la souffrance animale“.

Pourquoi mener une enquête sur les poulets de chair ? “Il s’agit en effet d’un sujet d’importance majeure.” “Les poulets sont les premiers animaux terrestres impactés par notre système de production alimentaire“. D’autant plus que “près de 83 % d’entre eux sont élevés de façon intensive.”

Pour mettre fin aux pires pratiques de l’élevage intensif, une pétition contre Domino’s Pizza ayant récolté déjà plus de 60 000 signatures, a été lancée. Les conséquences écologiques de ces approvisionnements conduisant la viande à être transportée du Brésil à la France, sont également dénoncées.

Raphaëlle Martinez, communicante de l’association de protection animale, a accepté de répondre à certaines de nos questions.

Comment concilier des restaurants qui vendent des produits à des prix peu élevés et le « moins pire de l’élevage intensif » ? Qu’entendez vous par le « moins pire de l’élevage intensif » ? 

L214 est une association prônant l’abolitionnisme. Nous considérons que tout élevage engendre de la souffrance. Nous avons cet objectif final mais nous nous devons aussi agir sur le court terme. C’est pourquoi, dans un premier temps, nous souhaitons aller vers le “moins pire”. 

A l’échelle internationale, nous avons travaillé avec une trentaine d’associations afin que les acteurs de l’agroalimentaire adoptent l’European Chicken Commitment. Cette demande définit un certain nombre de critères pour en finir avec « le pire de l’élevage intensif ». Ces mesures permettent donc d’éradiquer « le plus cruel ». Nos principales préoccupations portent sur les les conditions d’élevage. Les trois points principaux sur lesquels nous insistons concernent la densité, la sélection génétique et la luminosité. Les poulets vivent entassés (ils sont une vingtaine par m2 au Brésil). La sélection génétique les rend incapables de se soulever et certains décèdent avant même d’arriver à l’abattoir. La luminosité est également une de nos principales préoccupations puisque nous demandons que les poulets bénéficient d’une lumière naturelle. 

Pourquoi s’engager dans le « moins pire » ? 

Notre demande doit être crédible. C’est pourquoi, dans un premier temps, nous demandons un changement dans les limites du possible. Les mesures de l’European Chicken Commitment ont été définies selon des critères de faisabilité. Et déjà de nombreuses entreprises, de toute taille, se sont engagées à poursuivre les règlementations de cette charte. Des concurrents directs de Domino’s Pizza ou encore des géants de l’agroalimentaire tel qu’Intermarché, Danone, Picard et de plus petites entreprises sont signataires de ce document. Cette demande est donc faisable et réalisable.

Ce n’est donc qu’une étape dans un combat plus global qui vise à mettre fin à l’élevage intensif ? 

Ce doit être le fruit d’une décision politique. Une de nos équipe travaille sur ce volet. Mais malheureusement, de ce côté là, tout est bloqué. Par exemple, concernant l’élevage en cage des poules pondeuses, nous n’avons eu aucune suite. Une fenêtre a été ouverte lors de la loi alimentation mais elle s’est refermée. Selon une enquête réalisée par l’institut de sondage Ifop, 91% des Français se déclarent opposés à l’élevage intensif de poulets. La demande que nous portons est donc massive, citoyenne. Seulement, au niveau politique, nous n’avons pas un gouvernement souhaitant s’engager sur le sujet. 

L214 essaye d’agir à tous les niveaux. C’est pourquoi notre travail se divise entre différentes équipes. Certaines ont un rôle de sensibilisation en invitant les consommateurs à se tourner vers des alternatives végétales. A travers des campagnes réformistes comme celle de l’European Chicken Commitment ou en demandant aux enseignes de proposer une alternative vegan.

Pourquoi avoir ciblé Domino’s Pizza et pas une autre enseigne ? 

L’année dernière, de nombreuses campagnes ont été lancées sur la question des poulets à destination de Picard, d’Intermaché, du Pain Quotidien et d’autres acteurs de l’agroalimentaire. 

Toutes ces campagnes ont abouti sur un engagement de la part de ces enseignes. Depuis décembre, nous sommes en campagne à destination de Domino’s Pizza mais nous n’avons aucune réponse. TF1, à la recherche d’informations, a également cherché à contacter cette enseigne. Sans réponse. La porte est restée fermée au sens propre et figurée. Depuis, nous avons eu des échos. Des personnes nous ont contacté pour nous informer que le poulet de Domino’s Pizza n’était pas français, ni européen mais qu’il provenait du Brésil. Nous avons donc décidé de nous pencher sur la question. Des lanceurs d’alertes nous ont partagé des vidéos, notamment de la chambre froide d’un de ses restaurants prouvant l’origine de ses approvisionnements. Ce n’est pas non plus un secret d’Etat, les employés ne mentent pas. Ils n’ont aucune prise sur ce qui arrive dans les camions, tout comme les gestionnaire d’un ou plusieurs restaurants. Nous tenons pour responsable l’enseigne elle-même qui met en avant la qualité de ses produits alors que la réalité prouve le contraire. La vidéo concernant cette enquête dévoile cette réalité. 

L214 prône un arrêt complet de l’élevage intensif, pourquoi ne pas dire directement stop ? 

Dans un monde utopique, nous dirions stop à l’élevage, et pas seulement à l’élevage intensif. Les normes de l’European Chicken Commitment peuvent être largement acceptées par les entreprises. C’est pourquoi L214 a pu obtenir autant d’engagements. Si nous avions demandé quelque chose de plus ambitieux, nous aurions eu moins d’engagements et moins d’avancées auraient pu être permises.

Aujourd’hui, l’engagement de toutes ces enseignes nous permet d’être d’autant plus légitimes à solliciter Domino’s Pizza. Et la liste commence à devenir extrêmement longue. Une fois que la signature de la quasi totalité des enseignes, des distributeurs des producteurs (etc) sera obtenue, nous pourrons aller plus loin. Nous pourrons, pourquoi pas, avoir une sécurisation au niveau politique qui interdirait l’utilisation des souches, permettrait de réduire la densité des élevages (etc). 

Vous ne cherchez pas seulement à vous adresser à ces enseignes. Grâce aux réseaux sociaux et à votre plateforme, vous pouvez directement vous adresser au public, aux citoyens, notamment à travers des images chocs : 

Dans le cadre des campagnes agroalimentaires, nous avons directement l’objectif d’obtenir un engagement des enseignes. Ce n’est donc pas le public qui est à convaincre. Le sondage de l’Ifop a révélé que  91% des Français y sont opposés. Donc une majorité écrasante. 

Le rôle de notre association est également de faire de la sensibilisation et c’est grâce à cela que nous avons des citoyens toujours plus sensibles à cette cause. Nous estimons que le citoyen est acquis de notre côté. C’est pourquoi nous prenons à parti l’enseigne et nous lui montrons, qu’en tant qu’association de protection animale mais également avec le soutien de la majorité des citoyens, y compris les consommateurs, nous sommes opposés à cela. Nous ne sommes donc que le porte-parole d’une demande.

Nous associons l’image de ces enseignes à des images de cruauté. Sur cette campagne en particulier, nous portons une demande qui est déjà présente. 

En parlant de campagne, récemment, Hugo Clément a lancé une campagne de mobilisation pour obtenir un référendum pour les animaux, qu’en pensez-vous ? 

Nous sommes entièrement favorables à cette initiative portée par Hugo Clément. L214 soutient cette initiative citoyenne.

Quel est le message que L214 souhaiterait partager sur le plus long terme ? 

Nous avons différentes demandes. Certaines peuvent s’appliquer sur le court terme et d’autres s’inscrivent sur un temps plus long. Nous ne pouvons pas nous permettre de demander aux entreprises des mesures qui ne sont pas réalisables sur le court terme. 

Les enseignes peuvent aussi proposer des options vegan. Concernant Domino’s pizza, proposer une option vegan représente déjà une avancée par rapport à d’autres enseignes. Mais ce n’est pas suffisant. Ce n’est pas une excuse pour que le reste de ses approvisionnements proviennent de l’élevage intensif. Tout commence par la sensibilisation et la proposition d’alternatives. 

Il y a quand même une clientèle, des personnes qui consomment le poulet des pizzas de cette enseigne : 

Il y a une différence entre consommer de la viande issue de l’élevage intensif et consommer de la viande issue d’approvisionnements différents. Nous sommes extrêmement satisfaits que des personnes végétariennes/végétaliennes/vegan puissent avoir accès à des pizzas dans des fast food. Le fait est que, ce n’est pas 91% des français qui sont vegan mais 91% des Français qui ne veulent pas de l’élevage intensif. Pour l’instant, c’est la demande que nous portons, au moins au près des entreprises. Notre intérêt n’est pas d’être le petit club vegan mais d’avoir un monde sans souffrance animale. Dans le monde actuel, avoir des citoyens opposés aux pires pratiques mais qui consomment toujours de la viande, c’est le plus efficace. Sur le court terme, ce qui importe est donc d’aller vers le moins cruel. C’est pour cela que nous employons le terme « moins pire ». Même dans le cadre de l’European Commitment, l’élevage reste intensif.

Le message de fin de L214 : 

Pour le moment, L214 souhaite que les chaînes de restauration s’engagent dans le moins pire avant de passer à l’étape supérieure. Nous avançons pas à pas vers la fin de la souffrance animale. Nous essayons d’agir de façon la plus stratégique et honnête possible afin d’aboutir à cette fin là même si nous reconnaissons que ce n’est pas pour tout de suite. 

A lire aussi : Enquête L214 : « Cruauté » sur les méthodes d’abattage de la marque Sobeval


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