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L’Hindouisme qui affame l’Inde

La semaine dernière, le ministre en chef de l’Etat du Madhya Pradesh, Shivraj Singh Chouhan, aurait refusé d’inclure des œufs dans les repas gratuits distribués aux enfants en situation de malnutrition. Pourquoi ? Et bien parce que le membre du parti nationaliste hindou, le Bharatiya Janata Party (BJP), est végétarien (le végétarisme indien exclu les œufs). Et en mars de cette année, c’est l’abattage du bétail ainsi que la consommation et la vente de viande de bœuf qui ont été interdit dans l’Etat du Maharashtra. Les premières victimes de ses croyances, issues du droit hindou, sont les populations les plus pauvres mais pas uniquement.

Au cours de l’année 2015, plusieurs mesures politiques, basé sur le droit hindou, ont été prises. Ces dernières menacent le droit à l’alimentation et pourraient provoquer une forte augmentation du taux de malnutrition infantile en Inde, qui est déjà cinq fois supérieur à celui de la Chine et deux fois plus élevé qu’en Afrique subsaharienne. En effet, la promotion du végétarisme hindou (qui est un des objectifs du droit hindou) est très risquée dans un pays où près de 90% de la population est déficiente en protéine.

DES DISSENSIONS AU SEIN MÊME DES PLUS HAUTES CASTES

Les chiffres sont alarmants et révélateurs. Effectivement, près de 99% de la population aisée de Delhi est déficiente en protéine, ce qui prouve que cette problématique n’est pas uniquement une question de niveau de vie, mais plutôt de comportement vis à vis de la nourriture. En effet, ces interdictions se basent sur des notions et des croyances vétustes et peu scientifiques qui considèrent que certaines nourritures influencent les humeurs, le moral et même la personnalité des individus. Ces traditions contraignantes sont évidemment remises en causes pas de nombreux scientifiques et nutritionnistes. En outre, il est clair que l’abstinence de viande est plus une question de culture et de pureté religieuse que d’éthique, notamment quand l’on voit comment sont traités les animaux en Inde.

Et même au sein du droit hindou, il y a de nombreuses variations. En effet, nombreux sont les membres de la caste des Brahmanes (prêtres, savants …), qui est le statut de l’homme le plus élevé dans la hiérarchie sociale selon l’hindouisme, qui consomment de la viande, tout comme environ 60% de la population indienne. De plus, il est clair qu’un pays aussi vaste et hétérogène que l’Inde compte de nombreuses communautés de bergers et de d’éleveurs.

L’EXEMPLE JAPONAIS

L'Empereur Meiji qui a initié la modernisation du Japon

L’Empereur Meiji qui a initié la modernisation du Japon

Ainsi, si le végétarisme peut être un mode de vie noble pour les religieux et les ascètes, on ne devrait pas pousser l’ensemble de la population à adhérer à ce mode de vie. Il ne s’agit pas de créer en Inde une industrie de la viande aussi développé qu’aux Etats-Unis par exemple, mais que la viande devienne un réel complément aux légumes. Certains argueront que la viande contribue au développement de problèmes de santé dans les pays occidentaux, mais il est clair que le manque de consommation de viande contribue au développement de graves problèmes de santé en Inde.

La situation actuelle de l’Inde est à mettre en perspective avec celle du Japon de l’ère Meiji (1868-1912), au sein duquel la consommation de viande était un réel tabou. Comme en Inde, ce tabou était ignoré par une grande partie de la population mais il rendait la consommation de viande assez difficile et souvent dissimulée. La viande était habituellement vendue comme un médicament tandis que la classe dominante de l’époque, les samouraïs, préféraient se nourrir de riz. Toutefois, pour montrer leur volonté de modernisation et d’innovation, les leaders japonais ont promu la consommation de viande. Pour cela, l’empereur des Meiji a publiquement mangé de la viande de bœuf lors du Nouvel An 1872.

La modernisation du Japon conservateur est un exemple pour la droite indienne car elle a permis de conserver les particularités culturelles japonaises. En Inde, la tabou autour de la consommation de viande ne s’ancre pas dans une volonté politique de l’Etat mais plutôt dans des croyances religieuses qui influencent fortement les prises de décisions politiques. Mais cette influence du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel devrait disparaître au moment où la population se rendra compte des avantages nutritifs de la consommation de viande. En définitive, la classe politique indienne devrait donc suivre l’exemple japonais et manger de la viande publiquement afin de faire bouger les choses.

 

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