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La musique de film c’était mieux avant avec Miklós Rózsa ? | Seriefonia #28

La musique de film était mieux avant ou pas ? Et si on essayait la démonstration ultime cette semaine dans Seriefonia avec Miklós Rózsa ?

Extrait Sonore « Ben-Hur, 1959 »]

[« SérieFonia : Season III : Opening Credits » – Jerôme Marie]

[« Ben-Hur – Prelude (Main Title) » – Miklós Rózsa]

La semaine dernière, les réactions ont été vives sur les réseaux sociaux après la publication de notre « SérieFonia’s Cut de la Snyder’s Cut »… Au point que, pour me sortir d’une situation quasi inextricable, à base de débats sans fin visant à établir si oui ou non la musique de films était vraiment mieux avant », j’en suis venu à utiliser le plus perfide de tous mes jokers… Miklós Rózsa et son Roi des Rois. Pourquoi perfide, me direz-vous ? Tout simplement parce que quand vous entendez ça… Bah… Comment dire ?…

[« King of Kings – The Lord’s Prayer » – Miklós Rózsa]

… La messe est dite. Sans mauvais jeu de mot. Parce que, quand on entend ne serait-ce qu’une bribe de cette partition composée en 1961 pour le film de Nicholas Ray, on ne peut que se rallier à l’évidence : bien sûr que « c’était mieux avant ». Qu’est-ce qu’il vous faut de plus ?! Ohhh, mais non… Bien sûr que j’exagère ! Allez, j’arrête de vous taquiner… Alors, pourquoi est-ce que, subitement, j’avais réellement envie de vous parler de Miklós Rózsa et de sa « petite » carrière s’étalant de 1937 jusqu’au milieu des années 80 ? Non seulement parce qu’il est important de replonger un peu dans le passé pour mieux comprendre d’où viennent les œuvres du présent, mais aussi et surtout parce que Miklós Rózsa c’est un peu James Horner avant James Horner… 

[« The Thief of Bagdad – The Skeleton Room » – Miklós Rózsa]

Déjà pour la présence récurrente des fameuses quatre petites « notes de la mort » (comme ici dans cet extrait du Voleur de Bagdad, dès 1940) qui seront, plus tard, au cœur-même de la « signature Horner »… Dont j’ai déjà régulièrement parlé ici… Je ne vais pas vous refaire toute l’histoire… Mais aussi et surtout pour cette approche ample, souvent romantique, et par-dessus tout thématique et ultra-viscérale de leurs compositions ; par ailleurs toutes aussi généreuses en termes d’utilisation de voix ou de chœurs. Et non : je n’interprète ou n’extrapole rien… Horner lui-même le citait régulièrement en interview comme l’un de ses plus grands « Maîtres à penser ». D’ailleurs, ils n’ont pas partagé que ces quatre notes… Ils ont partagé quatre plumes aussi.

[« The Four Feathers, 1939 – Sunstroke / River Journey » – Miklós Rózsa]

Car en 1939, Miklós Rózsa signait le score de The Four Feathers (Les quatre plumes blanches), mis en scène par Zoltan Korda d’après le roman d’Alfred Edward Woodley Mason… Puis, en 2002, c’était au tour d’Horner de lui succéder pour la nouvelle adaptation qu’en faisait Shekhar Kapur…

[« The Four Feathers, 2002 – Escape » – James Horner]

Miklós Rózsa est né en Hongrie le 18 avril 1907. Du coup, cette émission tombe quasi pile-poil pour son anniversaire et je ne l’ai même pas fait exprès… Mais c’est en Allemagne, au conservatoire de Leipzig exactement, qu’il étudie l’art qu’il fera sien en écrivant plusieurs concertos, symphonies et musiques de chambre à partir de 1927. Quant au cinéma… C’est son ami Arthur Honegger qui lui en a ouvert les portes. Même si ses premiers projets français n’ont finalement pas abouti. Un peu plus tard, une fois installé à Londres, il se voit enfin confier la partition du Chevalier sans armure de Jacques Feyder. Nous sommes en 1937 et le moins que l’on puisse dire, c’est que ça ne sonnait pas vraiment comme l’œuvre d’un débutant…

[« Knight Without Armor – Suite » – Miklós Rózsa]

Avec une centaine de films à son actif, il a été nominé 16 fois à l’Oscar de la meilleure musique et a remporté 4 fois la statuette. D’abord pour La maison du Docteur Edwardes en 1946… seule musique de tous les films d’Hitchcock a avoir été récompensée par l’Académie… Ce qui est plutôt cocasse quand on sait que le réalisateur n’en était absolument pas satisfait… Bon, en même temps, il était rarement satisfait de grand-chose…

[« Spellbound – Main Theme » – Miklós Rózsa]

Deux ans plus tard, il est à nouveau distingué pour son travail sur Othello (A Double Life)…

[« A Double Life – Orchestral Suite » – Miklós Rózsa]

Mais c’est plus particulièrement à travers ses pièces pour péplums qu’il reste dans les mémoires. Normal… Je crois que dans le genre, on n’a jamais fait mieux. Quo Vadis en 51. Jules César en 53. Mais c’est bien sûr Ben-Hur qui lui vaut son troisième Oscar en 1960.

[« Ben-Hur – Reminiscences » – Miklós Rózsa]

Oui, on a beau faire dans le péplum et le grand spectacle, j’ai voulu vous surprendre avec un peu de douceur. Parce que bon, il n’y a pas QUE la course de chars dans Ben-Hur. Mais bon, si vous préférez du bon gros Rózsa… y a vraiment pas de problème !

[« Sodom & Gomorrah – March of the Elamites » – Miklós Rózsa]

C’était pour Sodome et Gomorrhe en 1962. Mais j’aurais tout aussi bien pu remonter jusqu’à 20 ans plus tôt… Lorsqu’il offrait son talent au Livre de la jungle. Non, pas le Disney… Le Korda. Oui, oui, le même que pour Les quatre plumes.

[« Jungle Book – The Fire » – Miklós Rózsa]

Mais comme tous les grands, Miklós Rózsa a naturellement côtoyé tous les styles. Notamment la Fantasy avec l’excellent Voyage fantastique de Sinbad en 1974…

[« The Golden Voyage of Sinbad – Fountain of Destiny » – Miklós Rózsa]

L’aventure ! Avec Ivanhoé en 1952…

[« Ivanhoe – Challenge and Finale » – Miklós Rózsa]

Le drame… Avec La vie passionnée de Vincent van Gogh, dans lequel Kirk Douglas occupait le rôle-titre.

[« Lust for Life – The Artist » – Miklós Rózsa]

Le thriller à base de voyage dans le temps grâce au génial C’était demain de Nicholas Meyer, avec Malcolm McDowell dans le rôle d’H.G. Wells et David Warner dans celui de Jack l’’Eventreur.

[« Time after Time – Time Travel » – Miklós Rózsa]

Son quatrième et dernier Oscar, Miklós Rózsa l’a obtenu pour un film français ! Providence, d’Alain Resnais, sorti en 1977. Si le film propose une sorte de métaphore de la création littéraire, ou scénaristique, le musicien peut également tout à loisir s’en servir pour s’interroger sur son propre processus créatif. Il en résulte une partition hybride. À la juste frontière entre SA musique de film et son amour du Classique : il nous convie donc à nous engager dans une magnifique valse… Crépusculaire, s’il en est.  

[« Providence – Valse crépusculaire » – Miklós Rózsa]

Et c’est justement dans ce même esprit d’ouverture de « l’entre-deux mondes » que je vais refermer cette bien trop courte pastille… Car, en 1970, le réalisateur Billy Wilder demandait au compositeur de s’inspirer de l’une de ses œuvres passées (un concerto pour violon datant de 1953) et de la réimaginer pour mieux incarner, musicalement, le plus emblématique et intemporel détective privé de Baker Street… ici campé par Robert Stephens dans La vie privée de Sherlock Holmes. Face à lui, Christopher Lee devenait son frère, Mycroft, tandis que le bon Docteur Watson revêtait les traits de Colin Blakely. Tous menant une enquête envoutante sur les bords du Loch Ness… À travers cette sélection, j’espère avoir convaincu les plus jeunes d’entre vous à s’intéresser un peu plus aux talents et aux sonorités du passé… Miklós Rózsa s’est éteint le 27 juillet 1995, à l’âge de 88 ans…. Et, pour tous ceux qui se poseraient encore la question de savoir si c’était, effectivement, mieux avant… Je dirais simplement que la réponse est… élémentaire.

[« The Private Life of Sherlock Holmes – 221B Baker Street » – Miklós Rózsa]

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