Entre fiction et réalité, l’exposition nous emmène à la découverte des cartes de nos univers légendaires et littéraires préférés. Les cartes du pays d’OZ, du monde de Narnia ou encore de l’Atlantide figurent dans cette collection exclusive. La cartographie de l’imaginaire mêle inconnu et création dans un détail saisissant. Du Moyen-Age aux jeux vidéos, l’exposition Cartes Imaginaires. Inventer des mondes. dépasse les frontières du réel à travers 200 œuvres rares.
L’exposition se déroule à la Bibliothèque François-Mitterand à Paris jusqu’au 19 juillet 2026 et elle nous offre un contenu inédit. En plus des œuvres tirées des archives personnelles de la BNF et de prêts de collections étrangères, l’exposition propose également une série d’événements autour de la thématique. Alors cap sur les terres inconnues remplie de monstres, l’Eldorado, Fairyland ou encore l’île au trésor ! On vous raconte notre visite.
Genèse du projet des cartes imaginaires

Dans une interview accordée à Chroniques, la revue de la BNF, les deux commissaires de l’exposition reviennent sur la genèse du projet Cartes imaginaires. Inventer des mondes. Julie Garel-Grislin et Cristina Ion (commissaires d’exposition) y explique avoir eu l’idée en 2018. Elles ont uni leurs formations en histoire, politique et histoire de l’art lors de la conception du projet. Non-spécialistes en cartographie, les deux femmes ont opté pour un angle plus poétique, sensoriel et créatif. C’est « notre choix de regarder les cartes à travers le prisme de l’imaginaire », confie Cristina Ion à Chroniques.
Pensée comme un voyage, l’exposition nous embarque dans une traversée des époques, des continents et des matières. En effet, les deux commissaires de l’exposition ont tenu à élaborer un dialogue entre les divers médiums. C’est ainsi que l’on retrouve atlas, livres, illustrations, jeux vidéos, et art contemporain au cours de notre visite. Une projection en toile de fond et une musique avec bruitages d’ambiance nous plonge dans une bulle d’exploration des mythes et légendes. « La carte permet d’articuler des univers que l’on oppose parfois, comme culture savante et culture populaire » ajoute Cristina Ion dans son interview pour Chroniques.
Monstres et terres inconnues au service de la réalité cartographique
L’époque de l’ignorance géographique apportait bon nombre de création cartographiques. Des dragons, hippogriffes, sirènes ou encore monstres marins venaient décorer les cartes les plus sérieuses. Pour combler les régions inconnues ou « terra incognita » du Moyen-Âge et de la Renaissance, les cartographes laissaient libre court à leur imagination. C’est ainsi que les mythes de l’Orient figurent sur les cartes d’Asie et les monstres marins deviennent l’emblème de celles du nord. Ces représentations des « terra incognita » sont construites par les croyances, mythes et récits de voyageurs de l’époque.

Les monstres possèdent une place importante dans l’univers de l’imaginaire et de la carte. À la manière du sémiologue Roland Barthes, on peut se questionner sur le mythe de la carte avec ce qui la compose. Grâce à l’exposition Cartes Imaginaires, on observe la redondance des mêmes signes qui appartiennent à la carte malgré les époques et les supports. Les lignes, courbes, rose des vents, couleurs, croix, océans, légendes et illustrations font partis de l’image de la carte. Celle-ci nous renvoie l’idée d’exploration qui découle de l’inconnu. Cette curiosité humaine se mélange à l’envie du merveilleux et amène la présence de créatures issues du folklore de l’imaginaire. Un regard plus protocolaire de la carte, indique à notre esprit une notion de réel vérifié et retranscrit. La mythologie de la carte correspond sans doute à ces deux visions de l’objet. Entre monde imaginaire et monde réel, la carte offre à notre esprit l’opportunité du concret tout en le laissant vagabonder dans des fantasmes légendaires. L’exposition, actuellement à la BNF, nous propose une immersion dans les symboliques des cartes.

Immersion imaginaire par la carte
Le Pays Imaginaire de Peter Pan, Westeros de Game of Thrones, Narnia ou encore le pays d’Oz sont des territoires fictifs qui permettent au lecteur de se plonger dans l’histoire. Effectivement, la littérature collabore avec la cartographie en jouant avec les symboliques pour créer un univers parallèle. De Faulkner à Emile Zola en passant par Jules Vernes et Tolkien, l’exposition Cartes Imaginaires nous présente les coulisses de la création de ces mondes. En effet, plusieurs manuscrits exposés présentent des notes ou croquis des inventions qui ont façonné la littérature et la culture populaire. « J’avais écrit le texte d’après la carte. La carte était l’élément clé de mon intrigue. » aurait dit Robert Louis Stevenson au sujet de son livre L’île au trésor.


Au cours de l’exposition, on découvre une fresque aux détails impressionnants. An anciente mappe of Fairyland, est une fresque de Bernard Sleigh réalisée en 1925 et qui regroupe bon nombre de mythes et légendes. La carte devient plus qu’un outil mais aussi une œuvre d’art à part entière.

La cartographie au service de l’art
L’exposition Cartes Imaginaires. Inventer des mondes. Réserve, au cours de la visite, une découverte de l’esthétisme de la représentation cartographique. Vers les années 60, les cartes sont réintroduites dans l’art. Les artistes cherchent à faire écho au passé tout en laissant une part de mystère et d’aventure dans leurs œuvres. C’est ainsi que des visages apparaissent et jouent avec les courbes des cartes. On retrouve également des personnifications d’endroits ou de pays qui laissent parfois sous-entendre un jeu politique sans jamais négliger la poésie et l’esthétisme.

À mi-chemin entre les métaphores et les recherches scientifiques, la carte est un outil qui ne cesse de faire rêver tout en participant à rendre cette évasion plausible. Ainsi, l’ambivalence de l’objet mis à l’honneur dans cette exposition nous replonge dans une atmosphère presque fantastique et surtout rare à notre époque.