Le film de Yves Rénier sur Jacqueline Sauvage avec Muriel Robin sera l’événement du Festival de la Fiction TV. Nous l’avons vu et le résultat est bouleversant.

C’est quoi Jacqueline Sauvage, c’était lui ou moi ? Le lundi 10 septembre 2012, Jacqueline Sauvage tue son mari de trois balles dans le dos, avant d’apprendre que leur fils vient de se suicider. Ainsi commence l’affaire judiciaire la plus médiatisée de ces dernières années. A travers son parcours en prison et les deux procès qui ont défrayé la chronique, cette histoire relate le calvaire qu’a enduré cette femme -et ses enfants- les polémiques autour de sa personnalité, et les rebondissements de son affaire.

La puissance de la fiction

La fiction comme vecteur du réel. Quand on le dit et répète que la fiction a parfois plus de puissance que n’importe quelle autre forme pour raconter le réel. C’est d’autant plus vrai quand on rapporte un fait divers bouleversant comme l’histoire de Jacqueline Sauvage, une femme qui après 47 ans de violences conjugales, s’est défendue contre son mari : « C’était lui ou moi« , est le sous-titre de ce film, la phrase résonne et doit résonner comme un écho dans notre tête.
Nouvelle incursion d’Yves Rénier dans la reconstitution d’une histoire vraie, Jacqueline Sauvage, c’était lui ou moi est sans doute à ce jour sa plus grande réussite. Les violences conjugales sont aussi la seconde incursion de TF1 dans ce sujet fort et important après L’emprise (qui retraçait l’histoire d’Alexandra Lange, défendue par les mêmes avocates que Jacqueline Sauvage). De notre point de vue, Jacqueline Sauvage est encore plus fort que L’Emprise à bien des égards.
Yves Rénier a opté dans ce film pour une réalisation toute en retenue, privilégiant des moments « hors du temps » comme pour mieux nous replonger dans le cauchemar de cette femme, sans jamais abuser d’effets racoleurs. La violence physique est évidemment là et elle doit être montrée sans détourner les yeux. Mais le réalisateur opte aussi pour des moments où la perspective passe du côté de Jacqueline Sauvage et où l’on sent monter la pression qui va aboutir au drame. En ça, la scène de déjeuner familial où la violence du père explose littéralement compte parmi les moments les plus forts d’un film qui en comptent de nombreux.

Deux énormes comédiens face à face

Jacqueline Sauvage c’était lui ou moi est aussi l’occasion de voir deux monstres de la comédie se faire face dans ce qui restera sans aucun doute comme l’un des rôles majeurs de leur carrière. La prestation d’Olivier Marchal est autant glaçante que bouleversante en Norbert Marot, bourreau et époux de Jacqueline Sauvage durant 47 ans. Le drame hors du polar permet toujours à l’acteur d’exploser et de montrer une palette de jeu qui en fait un de nos très grands acteurs français. Impossible en le voyant incarner Marot de ne pas penser à la pièce dans laquelle il joua cet hiver, Nénesse, rôle pour lequel il incarnait un homme très proche de Marot. Impossible aussi de ne pas penser à sa prise de position très forte dans l’affaire Cantat cet été. Une immense prestation. Face à lui, Muriel Robin est impériale et trouve en Jacqueline Sauvage le rôle de sa carrière, un rôle qui fera taire celles et ceux qui ne voient encore en elle qu’une humoriste alors qu’elle est une grande et belle tragédienne. Une nouvelle Annie Girardot. Sa composition de J.Sauvage, outre le fait qu’elle est physiquement très ressemblante, est aussi réellement bouleversante. A leurs côtés, une galerie de comédiennes et de comédiens parfaitement choisis notamment pour incarner les enfants de Jacqueline Sauvage : Samantha Rénier, Laura Sepul, Erika Sainte (également à l’affiche de Les rivières pourpres avec … Olivier Marchal), et Clément Manuel.

Grand et beau film de TF1, Jacqueline Sauvage c’était lui ou moi devrait marquer durablement les esprits et faire réfléchir sur un sujet qui nous concerne tous.