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On a vu pour vous … Les Misérables (BBC), présentée à Séries Mania

Les Misérables livre une version soignée de ce monument de la littérature, qu’elle permet de redécouvrir malgré quelques faiblesses.

C’est quoi, Les Misérables ? Reconnu coupable du vol d’une miche de pain, Jean Valjean (Dominc West) a purgé 19 rudes années de bagne à Toulon. A sa libération, il peine à refaire sa vie honnêtement : amer et brisé, stigmatisé par sa condamnation, il voit son existence bouleversée par un acte de générosité inattendu. En parallèle, la jeune couturière Fantine (Lily Collins) tombe amoureuse d’un aristocrate qui l’abandonne alors qu’elle est enceinte. Plongée dans la misère, elle confie sa fille Cosette à la garde d’un couple d’aubergistes, les Thénardier, et plonge dans la déchéance en tentant de subvenir aux besoins de l’enfant. Sa route va croiser celle d’un Jean Valjean en quête de rédemption, mais harcelé par son ancien geôlier, l’inspecteur Javert (David Oyelowo), persuadé qu’il va récidiver et déterminé à le renvoyer derrière les barreaux.

L’un des piliers de la programmation de la BBC consiste à adapter en mini-séries des grands classiques de la littérature.  Fin 2018, la chaîne a décidé de s ‘attaquer à Les Misérables, confiant à Andrew Davies (qui a fait merveille par le passé avec sa version de Orgueil et Préjugés ou plus récemment Guerre et Paix) la tâche d’adapter le chef-d’œuvre de Victor Hugo, publié en 1862.

L’œuvre est monumentale, autant en raison de son importance dans l’histoire de la littérature qu’à cause de sa longueur et de sa complexité. Sur plus de 2 000 pages, l’auteur raconte les destins croisés d’une multitude de personnages, dans une France ravagée par les guerres et les révolutions post-napoléoniennes entre la défaite de Waterloo et la révolution de 1830. En tirer une adaptation a donc tout d’une gageure. Pour relever le défi, Davies a tenté de condenser cette histoire foisonnante en six épisodes d’une heure. Comme dans les adaptations précédentes (le film de 1958 avec Jean Gabin ou le téléfilm de Josée Dayan en 2000 par exemple), il en a aussi repensé la structure : divisé en plusieurs parties, le roman suit successivement chacun des personnages ; dans la série, leurs parcours se croisent pour composer un récit choral, plus fluide à l’écran.

Valjean et Javert, ici sous les traits de Dominic West et David Oyelowo

Bénéficiant d’un budget plus que confortable (la scène d’ouverture magistrale, sur le champ de bataille dévasté de Waterloo, suffit à s’en convaincre), c’est une version extrêmement soignée et fidèle au texte. Pourtant, malgré l’approbation des critiques, la série n’a pas été le franc succès d’audience qu’espérait la BBC – en partie à cause de l’ombre de la comédie musicale tirée du roman, très populaire outre-Manche (certains  téléspectateurs se sont plaints sur les réseaux sociaux de ne pas retrouver leurs chansons préférées…), et en partie à cause de la mise en œuvre, un peu maladroite.

La série instaure un bon équilibre entre les différentes intrigues et parvient à les entrelacer avec fluidité ; elle peine en revanche à en dessiner la chronologie. D’une part en raison d’ellipses et sauts temporels mal maîtrisés , d’autre part en raison de certains choix discutables. Par exemple, l’absence d’évolution physique dans la représentation des personnages (on tique un peu lorsque, vingt ans après le bagne, Javert est incapable de reconnaître un Jean Valjean qui n’a pas changé d’un iota…)  On pourrait ajouter l’utilisation ponctuelle de quelques mots de Français, déroutante dans la version originale.

Ajoutons que, côté distribution, les acteurs sont assez inégaux. Pour un excellent Dominic West qui saisit bien l’évolution et la complexité de Jean Valjean, ou une Lily Collins  intense dans le calvaire d’une Fantine extrêmement émouvante, Ellie Bamber reste une Cosette un peu fade dans la seconde partie, Adeel Akhtar cabotine en Thénardier, et David Oyelowo est à la peine, trop simpliste dans le rôle de Javert dont il ne traduit pas toutes les nuances et qu’il rend caricatural.

Fantine avec sa fille Cosette

Stricto sensu, Les Misérables saisit l’essentiel, s’empare du roman pour retranscrire l’histoire à grands traits. On y retrouve le principal, dont les moments de bravoure incontournables : le bagne, le face-à-face entre Valjean et l’évêque Myriel (formidable Derek Jacobi), la déchéance de Fantine, la scène où Jean Valjean va chercher Cosette chez les Thénardier, le moment où Javert démasque l’ex-détenu, la mort de Gavroche au pied des barricades…  Mais justement, on a parfois l’impression d’être face à un résumé très sage et – un comble, pour une série tirée de l’œuvre de Victor Hugo – l’ensemble manque souvent de souffle.

De souffle, mais pas seulement. Au-delà du destin cruel de ses personnages principaux, le roman parle des injustices de la société, qui condamne à la déchéance et / ou à la criminalité des gens impuissants face à la misère et la pauvreté. Même si l’on comprend bien la difficulté de transposer tout cela à l’écran, l’adaptation glisse à la surface de l’intrigue, raconte le parcours des protagonistes sans effleurer le contexte et le sens du roman. C’est probablement là qu’elle perd le plus en intensité. Reste que cette version a au moins le mérite de raviver les souvenirs de ceux qui ont déjà lu cette œuvre mythique, et incitera peut-être les autres à se plonger dans le roman.

Dans la préface de son livre, Victor Hugo écrivait : « Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers (…), tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. » Cette énième version de Les Misérables ne fait qu’effleurer cette dimension, sans doute trop complexe à saisir dans une mini-série. Malgré ses défaut, c’est toutefois une transposition honnête de l’histoire racontée par le romancier. Un récit en lui-même si riche et si puissant que même une adaptation quelque peu maladroite maintient une certaine qualité. Cette version, heureusement, ne fait pas exception.


Les Misérables (BBC)
6 épisodes de 60′ environ.
Présentée dans le cadre du festival Séries Mania.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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