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On débriefe pour vous… For all mankind (Apple TV+), uchronie spatiale

Que se serait-il passé si les Soviétiques avaient atteint la Lune les premiers ? Voilà ce qu’imagine la série For All Mankind.

C’est quoi, For all mankind ? Nous sommes en 1969, à quelques jours du lancement de la mission lunaire Apollo 11. Mais contre toute attente, les États-Unis sont devancés par les Soviétiques qui envoient un cosmonaute sur la lune avant eux. Le choc est énorme pour l’ensemble de la population, et en particulier pour la NASA. En pleine guerre froide, sous le pression du gouvernement Nixon, l’Agence est déterminée à rattraper son retard, notamment grâce aux astronautes Edward Baldwin (Joel Kinnaman) et Gordo Stevens (Michael Dorman), leur chef  Deke Slayton (Chris Bauer), ou encore l’ingénieure Margo Madison (Wrenn Schmidt) et son épouse et pilote Tracy Stevens (Sarah Jones). Sous les yeux de Aleida Rosales (Olivia Trujillo), jeune immigrée mexicaine passionnée par la conquête spatiale, ils vont repousser les limites pour reprendre l’avantage. 

C’est peut-être la série de Apple TV+ que l’on attendait le moins ; au final, c’est peut-être aussi la plus aboutie. Été 1969 : tous les yeux sont rivés sur les écrans de télévision pour voir le premier Homme fouler le sol lunaire. Mais ses premiers mots sont en Russe : les soviétiques ont devancé les Américains. Tel est le postulat de départ et le moteur narratif de For all mankind, série créée par Ronald D. Moore (Battlestar Galactica) : que se serait-il passé si l’URSS avait atteint la lune avant les États-Unis ? Dans cette Histoire alternative, la NASA accuse le coup face à la domination technologique des soviétiques tandis que le président Nixon, furieux, s’engage à répliquer par un projet encore plus ambitieux : la construction d’une base américaine permanente sur notre satellite.

L’idée est au minimum intrigante, pleine de promesses et de possibilités. Pourtant, il faut reconnaître qu’il est tentant de jeter l’éponge dès le premier épisode, tant For all mankind prend son temps pour construire ce monde alternatif : avec une mise en scène extrêmement sobre, on présente tous les personnages, on s’étend longuement sur le contexte, on s’explique dans de longs dialogues… L’introduction peut donc sembler fastidieuse, bien que l’ensemble soit  a posteriori nécessaire pour rendre l’histoire crédible et plus immersive. De fait, il faut attendre le troisième épisode pour basculer totalement de l’autre côté du miroir et apprécier pleinement ce fascinant « et si  ? ». 

For All Mankind est un exercice délicat entre uchronie, odyssée spatiale et drama humain. Sur le plan des scènes d’action, on en prend plein les yeux : les séquences se déroulant dans l’espace et celles qui mettent face à face Russes et Américains sur la lune sont incroyablement spectaculaires. Avec l’atmosphère confinée et étouffante des navettes spatiales ou des bases lunaires et les panoramas à couper le souffle du cosmos ou des paysages sélénites, c’est un vrai plaisir visuel avec des scènes à vous décrocher la mâchoire (le post générique du final est formidable) et des moments pleins de tension et de suspense.

Progressivement, en marge de la science-fiction, la série raconte aussi et même surtout l’histoire de ceux qui… gravitent autour du Johnson Space Center de Houston. En mêlant habilement conquête spatiale et drames intimes, For all mankind suit ainsi  plusieurs personnages, tous intéressants et touchants : le couple formé par les astronautes Tracy et Gordo Stevens traverse une crise conjugale ; la brillante et ambitieuse ingénieure Margo Madison est confrontée au sexisme ; elle prend sous son aile la jeune Aleida Rosales, fille d’un immigrant mexicain fascinée par l’Espace ; Molly Cobb fait partie de l’équipage envoyé sur la Lune dans l’espoir d’y trouver de l’eau et préparer le terrain pour une base lunaire américaine ; on suit Edward Baldwin (excellent Joel Kinnaman) qui aurait dû devancer les Russes, de sa frustration initiale jusqu’à son séjour prolongé sur la lune tandis qu’en son absence, sa femme Karen est confrontée à des problèmes quotidiens et même à une véritable tragédie qui aura un impact déterminant…

Objectif : lune pour les astronautes de la NASA

Entre espace, bureaux de la NASA et intimité des personnages, For All Mankind joue avec l’Histoire, utilise des séquences d’archives mais manipule aussi des images d’époque. Certains événements se déroulent comme dans la réalité et d’autres changent en raison du contexte fictif : on assiste à la tragédie de Apollo 1, la guerre du Vietnam provoque des tensions, mais Ted Kennedy bat Nixon aux élections et la NASA recrute très tôt des femmes astronautes, en réponse à l’envoi par les Russes d’une femme sur la Lune. De la même manière,  les personnages fictifs que sont par exemple Baldwin et Stevens côtoient des personnalités réelles telles que Neil Armstrong , Buzz Aldrin, Deke Slayton ou le scientifique nazi Wernher von Braun, père de la fusée moderne recruté par la NASA après la guerre. 

L’uchronie, qui imagine les conséquences d’une variation introduite dans le cours des éventements historiques tels qu’ils ont eu lieu, n’est certes pas un procédé inédit. Ici,  il fonctionne parfaitement grâce au mélange habile entre réalité, fiction, drama et action, mais aussi parce que la série parvient à donner à des questions sociales de l’époque un écho actuel. For all Mankind parle d’émancipation féminine et d’égalité hommes / femmes, de discrimination raciale ou d’homophobie, de coupes budgétaires, de l’opposition ou de la convergence entre intérêts scientifiques et enjeux politiques, d’immigration, ou encore de la rivalité entre les États-Unis et la Russie… Autant de sujets, parfaitement intégrés au récit, qui résonnent étrangement avec la situation actuelle. 

Cinquante ans après les premiers pas d’un Américain sur le Lune, For all mankind change le cours de l’Histoire dans une uchronie fascinante et stimulante. Avec des séquences spectaculaires, des intrigues dramatiques prenantes, des personnages servis par d’excellents acteurs, un mélange entre réalité et fiction sous-tendu par des thèmes sociaux-politiques, c’est une série qui ne cesse de surprendre. Exigeante et sans doute déroutante au premier abord, For all mankind  vaut vraiment le coup de s’accrocher : le décollage n’est pas évident mais le voyage est passionnant. 

For all mankind (Apple TV+)
10 épisodes de 60′ environ.

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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