L’ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin est au coeur d’une polémique révélée par Mediapart après un incident survenu avec son chauffeur le 11 juin dernier.
Depuis le 1er janvier 2026, les anciens Premiers ministres ne sont plus censés bénéficier d’une voiture avec chauffeur au-delà de dix ans après la fin de leurs fonctions, sauf impératif de sécurité. Malgré cela, Jean-Pierre Raffarin dispose toujours d’une voiture avec chauffeur. Comment peut-il encore en bénéficier ?
Mais voilà que le 11 juin dernier, à Paris, sa voiture administrative a percuté un homme à scooter après avoir franchi un feu rouge, gyrophare allumé et sirène stridente. Selon Mediapart, l’ex-Premier ministre se trouvait à bord, à l’arrière, durant l’accident. Sérieusement blessée, la victime a été prise en charge par les secours, tandis que le véhicule de fonction est complètement détruit.
Selon un témoin, sans se soucier de l’état de la victime, Jean-Pierre Raffarin est sorti de la voiture et a discrètement fuit à pied vers le Parc Monceau, laissant son chauffeur s’expliquer avec la police. « Quelle était son urgence pour avoir besoin d’un gyrophare ? Et à qui appartenait le véhicule, alors que les anciens Premiers ministres sont supposés ne plus avoir droit à de tels avantages ? » , s’offusqua le témoin auprès de Mediapart.
« Cette voiture et son conducteur étaient affectés pour une mission officielle »
Interrogé par Mediapart, Jean-Pierre Raffarin a refusé de répondre par téléphone et laissé sa collaboratrice s’expliquer par courriel. Il reconnaît qu’il se trouvait dans « une voiture de l’administration » et que son utilisation était légitime et encadrée « pour une mission officielle ».
S’agissant du gyrophare, « Je ne peux décrire précisément la situation car je travaillais à l’arrière du véhicule. Le conducteur a expliqué qu’il avait, en ralentissant, déclenché l’avertisseur en raison d’une situation confuse au carrefour, avec une visibilité insuffisante », avance t-il.
En réalité, cette note interne du Quai d’Orsay, obtenue par Mediapart, contredit ses dires : l’usage du gyrophare aurait été activé à la demande de l’ancien Premier ministre. Une pratique pourtant interdite, sauf dérogations très exceptionnelles.
Une mission « internationale » sur la Chine
L’enquête Mediapart révèle aussi qu’il aurait tout fait pour garder cet avantage, allant jusqu’à solliciter Emmanuel Macron. Obtenant gain de cause, le président a finalement confié fin février à l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac une « mission relevant de l’international » portant sur les relations économiques entre la France et la Chine, lui permettant de conserver un véhicule de fonction avec chauffeur.
Or, le jour de l’accident, l’ancien sénateur de la Vienne revenait du Canada. Lié à un déplacement pour la Conférence de Montréal. Il y intervenait notamment sur le leadership, l’IA et l’alliance franco-québécoise sans lien, donc, avec sa mission portant sur la Chine.
Sur X (ex-Twitter), Raffarin lui-même prétend avoir parlé de la Chine dans un post contenant une photo où il est en compagnie de Jean-François Copé (au milieu), et Stéphane Séjourné (à droite), vice-président de la Commission européenne. « Dans notre dialectique avec la Chine, l’Europe en grande proximité avec le Canada. »

Pourtant, l’équipe de Séjourné a démentie auprès de Mediapart, en expliquant « qu’il n’a pas parlé en détail de la Chine. Il s’agissait d’une rencontre purement fortuite dans les allées de la Conférence. Elle a dû durer moins de cinq minutes et a porté sur des généralités et sur la raison de la présence de Stéphane Séjourné. C’est-à-dire, en l’espèce, le rapprochement euro-canadien. ».
À noter qu’en 2025, les avantages d’ancien Premier ministre de Jean-Pierre Raffarin avaient coûté 158 208 € au contribuable, dont 11 902 € pour son véhicule.