Le 9 novembre 1971, John List quitte tranquillement sa maison de Westfield, dans le New Jersey. Derrière lui, il laisse cinq cadavres : sa femme, sa mère et ses trois enfants. Pendant dix-huit ans, personne ne sait où il est. Cette affaire fascine encore aujourd’hui l’Amérique, tant elle mêle préméditation froide, fuite parfaite et banalité terrifiante du personnage.
Un homme ordinaire aux abois
John Emil List naît en 1925 dans le Michigan. Comptable rigoureux, ancien combattant de la Seconde Guerre mondiale, luthérien pratiquant : tout, dans son parcours, respire la respectabilité. Il épouse Helen Taylor, élève ses enfants, fréquente l’église chaque dimanche.
Pourtant, sous cette façade, les problèmes s’accumulent. List perd son emploi en 1971. Les dettes dévorent la famille. Sa femme souffre d’une maladie grave. Ses enfants grandissent loin des valeurs qu’il leur a inculquées. List se convainc que sa famille est condamnée moralement et financièrement. Dans sa logique tordue, la tuer est un acte de charité : il les envoie directement au paradis avant qu’ils ne soient corrompus par le monde. Le matin du 9 novembre, il abat froidement Helen, puis sa mère Alma, puis ses trois enfants Patricia, Frederick et John Jr. Il place les corps dans des sacs de couchage alignés dans la salle de bal. Il dépose même une lettre à son pasteur pour lui expliquer ses actes. Puis il disparaît.
Dix-huit ans d’une cavale impeccable
List change de nom. John List devient Robert Peter Clark, s’installe en Virginie, puis dans le Colorado. Il trouve un emploi de comptable son seul vrai talent. Il se remarie en 1977 avec une certaine Delores Miller, qui ignore tout de son passé.
L’enquête, elle, piétine. Les corps ne sont découverts qu’un mois après les meurtres, par un voisin alerté par la présence de lettres non récupérées. La presse s’emballe brièvement, puis l’affaire tombe dans l’oubli. Ce qui relance tout, c’est la télévision. En 1989, l’émission America’s Most Wanted diffuse un épisode consacré à John List. Un artiste médico-légal, Frank Bender, réalise un buste en argile représentant à quoi pourrait ressembler List dix-huit ans plus tard, en tenant compte du vieillissement naturel du visage. Le résultat est saisissant de précision. Des dizaines de témoins appellent. Une voisine du Colorado reconnaît son voisin Robert Clark.
Une arrestation sans dramatisme, un procès sans remords
Le 1er juin 1989, les agents du FBI arrêtent John List dans son bureau de Richmond, en Virginie. Il a 63 ans. Il nie d’abord, puis capitule face aux empreintes digitales. Son calme déconcerte les enquêteurs.
En 1990, il comparaît devant la cour du New Jersey. Il ne montre aucun regret apparent. Il déclare simplement avoir agi pour le bien de sa famille et espère le pardon de Dieu. Le jury n’est pas de cet avis. List est condamné à cinq peines de prison à vie. Il décède en prison le 21 mars 2008, à l’âge de 82 ans, des suites d’une pneumonie. Sa seconde épouse, qui n’avait rien su de son passé, demande le divorce dès son arrestation. John List reste l’un des symboles les plus troublants du crime domestique américain : non pas un monstre à l’apparence monstrueuse, mais un homme invisible parmi les invisibles, capable du pire au nom d’une logique qu’il était seul à comprendre.