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SOS : rugby en danger

La nouvelle était pressentie, elle est désormais actée : la saison 2019-2020 de Top 14 est définitivement enterrée, y compris le scénario hypothétique de phases finales à huit clos en août. Tous les regards se tournent désormais vers la prochaine saison. Et sur l’avenir du rugby français, plus en danger que jamais. 

Coup d’arrêt

Les réunions préliminaires des institutions dirigeantes du rugby français avaient sonné le tocsin, avec une préférence pour un abandon pur et simple de la saison en cours. Le discours, mardi dernier, du Premier ministre devant l’Assemblée Nationale en a sonné le glas. Explicite, Édouard Philippe a annoncé que « la saison 2019-2020 de sports professionnels ne pourra pas reprendre ». Si l’arrêt définitif du championnat n’est pas encore officiel, le moindre espoir appartient désormais au passé. La réticence de beaucoup d’acteurs du rugby français (clubs ou groupes de supporters) et du Gouvernement envers l’éventualité d’organiser des phases finales à huit clos aura eu raison de cette option de dernier recours. 

Roxana Maracineanu, ministre des Sports
Crédit : la République des Pyrénées

   Jeudi matin, la Ligue Nationale de Rugby (LNR) s’est réunie avec la ministre des Sports Roxana Maracineanu, afin de statuer sur l’avenir de la saison de Top 14, mise à l’arrêt depuis le début du mois de mars, à l’issue de la 17ème journée, en raison de l’épidémie du coronavirus. Guère surprenant, le résultat est sans appel : le bureau directeur de la LNR proposera au comité directeur de prononcer le terme de la saison 2019-2020, et de se focaliser sur la prochaine échéance, à savoir l’organisation de la prochaine saison. La veille, dans la soirée, les présidents de club et la Ligue s’étaient déjà prononcés en faveur d’une interruption définitive du Top 14. Réuni par téléphone, le gratin du rugby hexagonal n’a eu d’autres choix, après l’interdiction ministérielle d’organiser un événement rassemblant plus de 5000 personnes jusqu’au 1er septembre au moins, et l’interdiction jusqu’à nouvel ordre de pratiquer des sports collectifs et de contact, d’abandonner le scénario jusqu’alors envisagé. 

   Contacté par nos soins, Jean-François Fonteneau, président de club d’Agen, club historique du rugby français, avait expliqué ce choix, désormais obsolète : « ce scénario, prévoyant l’organisation de matchs en août, serait cohérent, et pendant que les qualifiés disputeraient les phases finales, les autres clubs joueraient des matchs amicaux ». Depuis, les derniers événements ont rendu irréalisables toutes options de secours. 

Il y a eu des coups bas, la réussite de l’UBB a provoqué de mauvais sentiments.

Laurent Marti, président de l’Union Bordeaux-Bègles

Linge sale en famille

   Les conséquences à court terme sont avantageuses pour les uns, regrettables pour les autres. Comme pour le président de l’Union Bordeaux-Bègles (UBB) Laurent Marti, dont la jeune et prometteuse équipe trônait en première place du classement. Mais à l’image de son club, le dirigeant girondin a su rester fair-play. Comme il l’a confirmé au micro de RMC, il ne fera pas valoir ses droits : « On ne demandera pas le titre de champion ». Ce qui ne l’a pas empêché de regretter l’attitude de certains de ses homologues : « Il y a eu des coups bas, la réussite de l’UBB a provoqué de mauvais sentiments. Très tôt, les présidents ont voté majoritairement pour que cette saison soit totalement effacée ». Une confirmation des différends qui ont agité depuis plusieurs semaines le rugby français, tiraillé de tous côtés par des intérêts inévitablement divergents. 

    Son homologue agenais et ami, Jean-François Fonteneau, nous résumait la situation de cette manière : « Quand les valeurs du rugby sont confrontées à nos propres intérêts, elles sont parfois balayées d’un revers de main… On a lavé le linge sale en famille ». Des distancions évidentes auxquels les mesures gouvernementales ont mis un terme. Désormais, la saison 2019-2020 appartient au passé. Mais les rancœurs, elles, sont toujours d’actualité.

Laurent Marti (UBB, à gauche) et Jean-François Fonteneau (SUA, à droite), lors d’une interview de VL Média (disponible sur Facebook)

Le spectre financier

   Paradoxalement, le plus dur commence pour le rugby français. Le manque à gagner, provenant de la billetterie, des sponsors ou des diffuseurs, va coûter cher aux clubs de l’élite. À tel point que la situation d’une grande partie de ses équipes membres paraît bien mal engagée, plombée par une santé financière plus désastreuse que jamais. Pour un sport à « économie réelle », qui repose essentiellement sur des revenus provenant de partenaires locaux et de la billetterie, contrairement au football qui n’a plus qu’à attendre le reversement des droits TV, le danger est imminent. D’autant plus si la prochaine saison débute à huit clos. L’éventuelle possibilité d’organiser des matchs en août et en septembre sans spectateurs, à laquelle le ministère des portes a ouvert la porte mardi dernier, n’a rien de rassurant. 

 Le spectre du dépôt de bilan, qui guette certains clubs de Top 14, tous des membres incontournables du paysage rugby au sein de l’hexagone, est considéré par certains de ses acteurs comme « possible », en cas d’organisation de match à huit clos pour le début de la saison 2020-2021. Si le diffuseur historique, Canal+, se dit prêt à faire un geste en versant la dernière traite de la saison (plus de 17 millions d’euros), ce n’est pas le cas de certains sponsors. Comme Gifi, sponsor du premier relégable du Top 14 (13ème), le SU Agen, qui a décidé de quitter les rangs. Un des premiers, on peut le craindre, d’une longue série. 

   Autre problème, et de taille : les masses salariales, largement dépassées par certaines formations de l’élite et de son antichambre, empêcheraient théoriquement « 9 clubs de Top14 et 7 clubs de ProD2 de présenter un budget leur permettant une autorisation d’engagement », selon le patron du gendarme financier du rugby français (DNACG), Dominique Debreyer. Une situation alarmante, rendue possible par le manque à gagner de la saison en cours et le manque de rigueur de certaines équipes dans le respect du salary cap. Si le rugby français veut survivre, car il s’agit bien de sa survie, les joueurs devront participer à l’effort collectif. 

   Parmi ses nombreuses victimes, le coronavirus compté désormais la saison 2019-2020 du Top 14. Mais toute la question est désormais de savoir si le rugby français sera le prochain sur la liste. C’est aujourd’hui toute une institution qui menace de s’écrouler. Le monde hexagonal de l’ovalie devra faire bloc pour que le rugby français puisse s’en remettre. Et, un jour, revenir plus fort. 

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Journaliste à VL Média, Bordeaux
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