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STOP aux idées reçues sur l’histoire du droit de vote en France

Pour nombre de Français (et d’étrangers) l’histoire du droit de vote en France peut se résumer en deux dates qui disent tout : 1848 et 1944. La réalité se révèle un peu plus compliquée….

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En cette période d’élections où  le vote est au coeur des débats, il convient de remettre les pendules à l’heure ! Voici un florilège d’idées reçues sur l’histoire du droit de vote en France, qu’il faut à tout prix bannir.

 

« Le principe du suffrage universel a été introduit en France au milieu XIXe siècle. »

 Le principe du suffrage universel est en réalité apparu dès la fin du XVIIIe siècle. Il fut inscrit dans la Constitution montagnarde de 1793 qui n’a jamais été appliquée à cause de l’instabilité des organes institutionnels révolutionnaires.

 

« 1848 marque le début d’une extension continue du droit de suffrage en France. »

Si dans certains pays comme au Royaume-Uni, le droit de suffrage n’a cessé de s’étendre, en France le processus de démocratisation n’a pas été si linéaire. L’introduction du suffrage universel masculin a été suivi de retours en arrière comme l’illustre la loi du 31 mai 1850 qui introduit des restrictions à l’ouverture du droit de suffrage. Pour voter, le citoyen français doit avoir résidé depuis au moins trois ans en France et les condamnés pénaux n’ont plus le droit de voter. Le nombre d’électeurs qui était arrivé à dix millions en 1848, repasse à six millions à la fin de la Seconde République.

 

« Si les Françaises ont eu accès au droit de vote plus de quinze ans après les Anglaises, c’est parce qu’elle n’étaient pas aussi actives que les suffragettes pour l’obtenir. »

 Archi faux. Il y a eu une vraie mobilisation en France comme l’atteste le foisonnement d’associations pour l’accès des femmes au droit de vote et cela,  parallèlement à la bataille des suffragettes. La principale raison de ce retard vient du fait que, à la différence des Anglaises, les Françaises n’étaient pas considérées comme des individus à part entière à cette époque. Elles étaient réduites à un registre fonctionnel, d’épouses, de mères. La femme française a d’abord revendiqué ses droits dans la sphère privée, comme celui du « droit de l’épouse » avant de pouvoir bénéficier d’une vraie évolution des mentalités, principalement due à son rôle prépondérant à l’arrière durant la Seconde Guerre mondiale.

 

« Une fois le droit de vote acquis, un véritable engouement pour la politique est apparu dans les villes avant de s’étendre aux provinces. »

 Les idées reçues veulent que les villes étant des centres d’opinion (presse, lieux d’activité politique dynamique) l’intérêt pour la politique se soit d’abord développé au niveau urbain. En réalité, la politisation des campagnes s’est organisée dès la Seconde République grâce au développement des lieux de sociabilité (cafés, fêtes villageoises), des moyens des transports et grâce à des professions qui ont propagé la politique en province. A la même époque elle était plus foisonnante que celle des villes !

 

« Dès 1848 les Français ont pu voter selon leurs convictions. »

 Malheureusement la réalité est toute autre…Au XIXe siècle le vote des Français est surtout un vote d’allégeance. Le vote ne résulte pas d’un choix rationnel mais il est conditionné par l’appartenance à un groupe social. Ces groupes sociaux peuvent être divers : clans, milieu professionnel, et même religion ! Sous la Seconde République, l’Eglise française donnait des instructions de vote à ses fidèles via des manuels, et orientait son choix parallèlement à celui des élites politiques et économiques en soutenant notamment les notables ruraux. Un vrai vote de conviction n’a été possible qu’avec la mise en place d’une éducation politique des Français ainsi qu’avec l’émergence de dispositifs permettant un vote secret. La première condition a pu être remplie grâce à la  diffusion des manuels d’éducation civique, l’introduction des débats d’idées, structurés par l’émergence des partis politiques et par le développement de la presse politique. Quant au vote secret, il apparait en 1913 avec la mise en place de l’isoloir et des enveloppes et bulletins uniformes.

 

Quelle conclusion faut-il tirer de cette mise au point ? Tout simplement que la mise en place du droit de vote tel que nous le connaissons aujourd’hui n’a pas été un long fleuve tranquille mais une marche difficile semée d’embûches et de retours en arrière. Alors jouissez de votre droit de vote et le 6 mai à vos urnes !

 

Source : Marc Milet  La démocratie en Europe trajectoires et enjeux 

 

Floriane de Malestroit

 

 

 

 

 

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