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Un voile pas si transparent que ça

Le 3 octobre dernier, alors que La Traviata de Verdi ensorcelle un parterre plein à craquer, un couple de touristes du Golfe, installés au premier rang, doit sortir en pleine représentation. Le voile porté par la jeune femme affole les vigiles devant les écrans de contrôle. Le directeur adjoint de l’Opéra de Paris, Jean-Philippe Thiellay, est alerté au cours du deuxième acte. «Certains choristes ont indiqué qu’ils ne voulaient pas chanter», a-t-il indiqué. À l’entracte, un contrôleur intervient pour aviser le couple de la loi française et invite la femme à retirer son voile ou à quitter les lieux. Le couple sort sans même demander à être remboursé d’après un cadre de la maison.

 

Lundi, le Ministère de la Culture a adressé une note aux musées, monuments, théâtres et établissements publics sous sa tutelle pour rappeler la conduite et les consignes à observer en matière de voile pour prévenir d’éventuelles rééditions.

 

La loi du 11 octobre 2010 interdit de «dissimuler son visage» dans l’espace public. Sont donc concernés la burqa (qui cache entièrement le corps, y compris les yeux) et le niqab (qui couvre le visage pour n’en montrer que les yeux). Ce n’est donc pas le signe religieux qui est mis en cause par le législateur, mais bien la dissimulation du visage qui en découle. Le «hijab» (qui masque la chevelure mais laisse le visage dégagé) ne rentre donc pas dans le champ d’application de cette mesure. La Cour européenne des droits de l’homme valide cette loi en estimant, dans un arrêt du 1er juillet 2014, que «la préservation des conditions du “vivre ensemble” était un objectif légitime» des autorités françaises, qui disposent à cet égard d’une «ample marge d’appréciation».

 

Pourtant, la spectatrice avait passé les contrôles de billet sans encombre à l’entrée de l’opéra. La loi précise alors que «Dans le cas où la personne dont le visage est dissimulé serait déjà entrée dans les locaux, il est recommandé aux agents du service public de l’inviter au respect de la loi, en se découvrant ou en quittant les lieux ». Cependant, un agent ne peut «en aucun cas» contraindre le une personne à se découvrir ou à sortir, sous peine de «poursuite pénales» précise une circulaire d’application. «En face d’un refus d’obtempérer, l’agent ou son chef de service doit faire appel aux forces de la police ou de la gendarmerie nationales, qui peuvent seules constater l’infraction». C’est ce que semble avoir fait l’agent d’accueil de l’Opéra, en demandant à la femme de se dévoiler ou de quitter les lieux. Le couple a préféré partir “discrètement”, précise le directeur de l’Opéra.

 

Si les forces de l’ordre s’étaient déplacées, la spectatrice voilée aurait pu être condamnée à une amende. En 2013, 441 femmes ont ainsi dû payer une contravention, allant de 80 à 120 euros. Mais seuls 18 stages de citoyenneté ont été prononcés par les tribunaux depuis la mise en place de la loi.

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