Trois morts. Onze cas confirmés. Une Française en réanimation à l’hôpital Bichat. Depuis début mai 2026, le navire de croisière MV Hondius a remis un nom sur toutes les lèvres : hantavirus. Les médias s’emballent, les autorités multiplient les conférences de presse. Et une question revient, partout : est-ce le début d’un nouveau COVID ?
Le MV Hondius, point de départ d’une alerte mondiale
Le navire de croisière néerlandais MV Hondius quittait Ushuaïa, en Argentine, à destination du Cap-Vert. À bord, 147 passagers et membres d’équipage de 23 nationalités. Le 3 mai 2026, l’OMS tire la sonnette d’alarme. Trois personnes décèdent, dont un couple d’ornithologues néerlandais, Léo Schilperoord et son épouse, contaminés lors d’excursions en terrain rural argentin.
Le bilan monte rapidement à onze cas. Le 10 mai, plus de 125 passagers débarquent à Tenerife sous haute protection sanitaire. Combinaisons intégrales, masques, transferts vers des vols sanitaires. En France, une passagère testée positive au virus des Andes est placée en réanimation à Bichat. Vingt-deux cas contacts sont identifiés sur le territoire national. Tous placés en quarantaine hospitalière pour une durée de 42 jours.
Cependant, la réponse des autorités est rapide. Le Premier ministre Sébastien Lecornu lance des réunions interministérielles quotidiennes. La ministre de la Santé assure que la France dispose de tout ce qu’il faut, « en termes de masques, en termes de tests PCR notamment, en termes aussi de médicaments. » La machine s’est mise en marche vite. Trop vite pour certains, mais pour d’autres, jamais assez.
Ce que l’hantavirus fait vraiment au corps
L’hantavirus n’est pas un nouveau virus. Il tourne depuis des décennies dans les populations de rongeurs sauvages, campagnols et souris sylvestres. L’homme l’attrape en respirant des poussières chargées de leurs déjections. En Europe, les formes connues restent globalement bénignes. Fièvre, fatigue, atteinte rénale passagère. Rarement mortel.
Mais, le virus des Andes, lui, est une autre affaire. Cette souche sud-américaine frappe les poumons et le cœur. Fièvre brutale, détresse respiratoire, défaillance cardiaque. Le taux de létalité grimpe à 38 % et les premiers symptômes ressemblent à une grippe banale. Puis le tableau bascule en quelques heures.
Ce qui inquiète les virologues avec cette souche précise, c’est sa capacité rare à circuler d’homme à homme. La propagation à bord du Hondius s’explique, au moins en partie, par des transmissions interhumaines lors de contacts rapprochés et prolongés. Et il n’existe aujourd’hui ni vaccin ni traitement antiviral spécifique. Voilà ce qui fait sortir cette souche du lot.
Hantavirus contre COVID : la comparaison qui fait peur mais qui ne tient pas
Le parallèle avec le COVID-19 s’impose naturellement. Un virus émergent, des morts, des quarantaines, une mobilisation internationale. Les images des passagers en combinaisons blanches débarquant à Tenerife font écho aux grandes heures de la pandémie. Mais les spécialistes freinent les comparaisons hâtives.
Le virologue Antoine Bal est clair. « Il n’est pas attendu, pour le moment, que ce virus, resté depuis trente ans dans des campagnes rurales, se mette tout d’un coup à exploser. L’hantavirus n’est pas très adapté à l’homme. C’est pour ça que la transmission interhumaine est plus limitée. Il n’y a pas de risque de diffusion massive à ce stade, à l’extérieur de ce bateau. » Le directeur général de l’OMS abonde dans le même sens, sans exclure l’apparition de nouveaux cas. Néanmoins, certains scientifiques et chercheurs restent sceptique à cette idée. Selon eux, les possibilités de propagation du virus restent sous-estimés et que dans le temps, nous pourrions être dépassés par les évènements de propagation, y compris à l’échelle nationale.
Le COVID avait un avantage évolutif redoutable. Transmission aérienne large, incubation courte, millions de porteurs asymptomatiques avant que le monde comprenne ce qui se passait. L’hantavirus Andes ne joue pas dans la même catégorie. Il exige un contact rapproché, prolongé. L’OMS elle-même précise que le risque global reste faible, sans commune mesure avec la pandémie de 2020. La peur est légitime. La panique, elle, ne l’est pas.