Musclor débarque cette semaine sur les écrans du monde entier. Aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Belgique dès le 3 juin. Mais en France ? Rien. Amazon MGM Studios a confirmé que Masters of the Universe ne sortira pas en salles en France. Le film sera disponible sur Prime Video à une date ultérieure, mais aucune date n’a encore été confirmée ni annoncée. Un choix qui surprend, pour un blockbuster de cette envergure.
Un coupable tout désigné : la chronologie des médias
La réponse tient en trois mots : chronologie des médias. En France, la loi impose un délai strict entre la sortie d’un film en salle et sa mise à disposition sur une plateforme de streaming. La chronologie des médias empêche les plateformes de proposer un film sorti en salle moins de 17 mois après le début de son exploitation. Prime Video a certes renégocié sa place et peut désormais proposer les films à 12 mois, mais ce délai reste trop long pour justifier une sortie en salles.
Autrement dit, Amazon MGM Studios se prive ainsi des recettes du long-métrage dans les salles de l’Hexagone. Mais avec la chronologie des médias, Prime Video n’aurait pas pu proposer le film à ses abonnés avant plusieurs mois s’il était sorti en salles. Le calcul est simple : Amazon préfère garder le contrôle du calendrier plutôt que d’alimenter les caisses des exploitants français. D’ailleurs, Amazon MGM, qui a pourtant promis de sortir une majorité de ses productions au cinéma, a choisi de limiter ce reboot à la plateforme Prime Video en France, malgré sa nature de blockbuster pétaradant on parle tout de même de 170 millions de dollars de budget. Un précédent qui inquiète, et pas seulement pour Musclor.
Musclor, une icône qui n’a jamais vraiment conquis la France
L’autre raison, plus culturelle, touche directement au poids de la franchise dans l’Hexagone. La fanbase assez réduite du personnage en France constitue probablement la raison principale qui explique cette annulation. Musclor n’y a jamais atteint le statut de phénomène générationnel qu’il représente aux États-Unis.

Si on remonte les décennies, il fut un temps où Musclor était une véritable icône de la pop culture pour les petits Français. C’étaient les années 80, une époque où la série animée Les Maîtres de l’univers faisait rêver les enfants. Mais contrairement à d’autres licences américaines, il n’a pas su traverser les générations dans l’imaginaire collectif français. Les revivals proposés par Netflix ces dernières années sont passés relativement inaperçus. Le film a pourtant connu un développement chaotique. Le projet était dans les tuyaux depuis 2009 chez Sony, et les noms de réalisateurs et d’acteurs pour le rôle-titre se sont enchaînés au fil des ans. En 2022, les droits passent chez Netflix, qui dépense 30 millions de dollars avant d’abandonner pour des raisons budgétaires. La balle atterrit finalement chez Amazon MGM en 2024.
Des premiers retours encourageants
Cruel paradoxe : le film semble tenir ses promesses. Les premiers retours se montrent aussi surpris que positifs, au point où les estimations sur son premier week-end ont grimpé de 25 à 35 millions de dollars. Les critiques saluent un film fidèle à l’esprit du dessin animé original, quelque part entre les Gardiens de la Galaxie et Thor Ragnarok fun, décompressé, assumant pleinement son côté kitsch.
Les Maîtres de l’univers n’auront même pas eu le loisir de faire parler leurs chiffres en France. Le film devra se contenter des autres marchés pour briller. Et certains s’interrogent déjà sur les conséquences à long terme de cette stratégie. Si Amazon continue de tourner le dos à la France même pour ses plus grosses productions, il faudra peut-être se résoudre à regarder le prochain James Bond sur le petit écran du salon. Ce serait, là, une tout autre affaire.