Les électeurs australiens sont appelés depuis le 12 septembre à répondre par voie postale à la question suivante: « La loi doit-elle changer pour permettre aux personnes du même sexe de se marier ? » Le résultat est annoncé pour le 15 novembre. VL revient pour vous sur ce plébiscite qui anime actuellement l’Australie.

Pourquoi les australiens sont-ils appelés à voter ?

« Je pense que c’est important que vous ayez votre mot sur le mariage gay – même si l’on choisit de l’ignorer » / Dessin de Ron Tandberg

Proposé par le premier ministre du parti libéral Malcom Turnbull, qui comptait dans ses promesses de campagne la légalisation du mariage homosexuel, ce plébiscite est la première étape du processus législatif visant à légaliser le mariage homosexuel. De fait, ce dernier n’a que pour unique but de sonder la population. Si le « Oui » résulte majoritaire, un texte de loi devrait être soumis et voté par la chambre des représentants australienne, mais le résultat du plébiscite n’est pas contraignant pour cette dernière. La forme de ce plébiscite a été ardemment critiquée en Australie. Afin de ne pas froisser la branche la plus conservatrice de son parti, le Premier ministre australien a préféré opter pour un plébiscite non-contraignant, en dépit de la proposition des travaillistes et des écologistes de débattre et de procéder à un vote de conscience, indépendant de toute influence partisane, sur un projet de loi directement soumis à la chambre des députés, au lieu de procéder à un plébiscite coûteux (de l’ordre de 80 millions d’euros environ) et dont le résultat ne garantit aucunement le vote final des représentants sur le projet de loi à venir.

En outre, de nombreuses associations en faveur du mariage homosexuel dénoncent le retour en arrière du Premier ministre, et les choix logistiques du gouvernement vis-à-vis de ce plébiscite. D’après elles, la voie postale écarterait les jeunes, majoritairement pour la légalisation du mariage homosexuel, et entraînerait un fort taux d’abstention. De plus, la campagne, qui fait rage actuellement dans les médias (où l’on peut voir à la télévision par exemple des spots publicitaires d’associations qui incite à voter pour ou contre), pourrait diviser le peuple australien et provoquer des réactions homophobes.

En plus des médias, la campagne fait rage sur Twitter où chacun tente de convaincre ses pairs d’aller voter via les hashtags #PostYourYes  ou #PostYourNo.

Australiens, ne laissez pas les autres prendre la décision pour vous. #PostezVotreNon

 

Je vais littéralement supplier les gens de #PostezVotreOui aujourd’hui. C’est votre dernière chance de ne pas être indifférent à une société exclusive.

Les sondages donnent le « oui » vainqueur aux alentours des 60%, comme par exemple le sondage Essential du 25 septembre 2017, qui donnait le « oui » vainqueur à 58%.

Les ONG s’indigne face à se plébiscite

L’Australie a déjà été pointée du doigt auparavant par des ONG comme Amnesty internationale, qui déploraient l’absence de législation concernant le mariage pour tous, quand l’opinion publique se montrait favorable, et que son voisin, la Nouvelle-Zélande, a légalisé le mariage homosexuel en 2013.

Elaine Pearson, directrice de Human Rights Watch Australia, s’est quant à elle prononcée sur ce plébiscite disant que « [le mariage homosexuel] fait partie des droits fondamentaux, les gens ne devraient pas avoir à voter. »

The Advocate, célèbre magazine LGBT aux Etats-Unis

Un chercheur de cette même ONG a lui vivement fustigé ce plébiscite dans un article publié dans The Advocate, magazine bimensuelle LGBT étasunien. Kyle Knight, chercheur en droit LGBT pour le programme dédié de Human Rights Watch, insiste sur son article, intitulé « Le coût humain du plébiscite australien sur le mariage gay » sur le fait que « le plébiscite comporte un coût moins évident concernant la dignité humaine. D’autres pays dans le monde qui ont voté une loi sur le mariage gay dans les dernières années nous ont montré comment ce type de spectacle peut laisser de profondes plaies dans une communauté déjà marginalisée. » Le chercheur américain s’interroge en outre sur l’absurdité du vote que le gouvernement australien soumet au peuple, « indépendamment du résultat, les votes de ce genre pourrait revenir à laisser l’électorat décider si la violence domestique devrait être condamné. Ou si un groupe ethnique minoritaire et impopulaire devrait profiter de sa liberté au lieu de la discrimination qu’il subit. Ou si les membres d’un groupe religieux peuvent pratiquer librement leur foi. » Toujours dans ce sens, Kyle Knight trouve que ce vote expose inutilement la communauté LGBT, pouvant être injustement perçue par de nombreux australiens; comme si un homosexuel demandait à son voisin : « Est-ce que vous me voyait comme votre égal ? Mon amour est-il aussi vrai que le votre ? Ma famille a-t-elle autant de valeur ? »

Un pas en avant, deux pas en arrière

L’histoire du mariage homosexuel en Australie est faite de contradictions juridiques qui n’ont cessé de se répéter au fil des années. Si les homosexuels australiens ont aujourd’hui la possibilité de s’unir sous la forme d’une « union civile » reconnue par l’Etat, le terme mariage stricto sensu garde une connotation religieuse inscrite dans la loi de ce pays dont 52% des habitants se revendiquent chrétiens d’après le recensement de 2016. Mais au fait, c’est quoi l’histoire du mariage en Australie ?

Où en est le mariage homosexuel dans le monde ?

Au jour d’aujourd’hui, seul 24 pays autorisent deux personnes du même sexe à se marier. Si des pays sont actuellement en pourparler; c’est le cas de la Suisse ou du Népal par exemple, en vue de légaliser prochainement le mariage homosexuel, être homosexuel aujourd’hui dans le monde continue d’être une épreuve quotidienne qui, malgré le courage de ceux qui s’affirment, souffrent de l’absence d’appui des législations de nombreux pays, et de mentalités qui peinent à évoluer. Récemment, c’est la Tchétchénie qui a alerté la communauté internationale suite aux nombreuses et violentes répressions contre la communauté LGBT du pays.

 

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