L’éditeur ChattoChatto débarque dans le circuit français du manga dans le but de faire découvrir de jeunes talents. Pour lancer son catalogue, il fait confiance à une jeune autrice canadienne connue du milieu des webcomics avec son manga de fantasy Carciphona.

On est tellement habitué au fait que les mangas/manhwa/manhua/etc. viennent d’Asie qu’on en oublie presque que des auteurs occidentaux proposent eux aussi leur vision du médium. Parfois, ce n’est même pas sur le secteur professionnel qu’il faut chercher pour trouver de véritables perles. ChattoChatto propose ici de nous faire voyager du côté du Canada pour aller à la rencontre de l’un de ces auteurs indépendants prometteurs.

Shilin HUANG est une jeune artiste canadienne vivant à Toronto. Bien que diplômée d’une école de musique, elle est passionnée d’art et apprend le dessin en autodidacte depuis son plus jeune âge. Elle poste ses travaux régulièrement sur le net depuis plusieurs années que ce soit sur son site, réseaux sociaux ou sites de partage d’illustrations. Cela lui a permis de se construire une petite notoriété dans les milieux artistiques amateurs d’influence nippone. En 2003, elle créé des personnages qui deviendront les protagonistes d’un futurs projets de webcomics nommé Blackbird. Ce même projet deviendra Carciphona.

Dans le monde de Maelstrom, la magie est une pratique courante intégrée au quotidien du peuple. Mais suite à un meurtre causé par un assassin du nom de Blackbird, la royauté a mis en place la Prohibition. Désormais, toute forme de magie est strictement interdite dans le monde entier. Dans un village se cache une puissante sorcière nommée Veloce issue de la prestigieuse famille Visrin. Celle-ci redoute l’arrivée de Blackbird qui compte mettre fin à ses jours.

Is this the real life? Is this just fantasy?

Carciphona 02

Malgré la simplicité de son scénario, Carciphona a bien du mal à nous faire rentrer dans son univers. Le premier volume du manga souffre en effet d’un gros problème d’exposition. On ne saura par exemple jamais le nom du village dans lequel vivent les personnages ni ce qu’ils y font. On ne saura pas non plus si c’est un lieu important, si il est paisible ou non, si il a un rôle géopolitique… Il en va de même pour les personnages dont certains sont à peine introduits. Pour peu qu’on connaisse leurs noms, le récit ne prend parfois pas le temps de les développer, de leurs donner une personnalité ni même de les montrer clairement pour qu’on puisse les identifier physiquement.

Carciphona 03

L’implication dans le récit devient alors extrêmement difficile. Celui-ci ne nous ménage pas non plus en termes de rythme et de mise en page. À aucun moment la narration ne se pose et laisse le lecteur souffler. L’autrice ne fait jamais durer une action sur plusieurs cases ou marque un temps de pause. La notion de temporalité de l’action est absente dans Carciphona rendant la lecture lourde et laborieuse.

Si encore, on pouvait compter sur la mise en scène, mais là aussi, on n’est pas aidé. L’espace n’est jamais clairement exposé ou défini. Que ce soit par des décors absents ou bien des personnages qui sautent d’un lieu à un autre en deux secondes, les repères spatiaux ne sont jamais clairement posés si bien qu’on n’a aucune idée exacte du déroulement d’une scène.

Magie, magie, toutes vos idées manquent de génie

Malgré les déboires de la narration, on peut espérer quand même que l’histoire nous réserve quelques surprises. Malheureusement, il y a là aussi bien peu à se mettre sous la dent. L’histoire de Carciphona se passe dans un monde fantasy vu et revu. Même les personnages ne relèvent pas le niveau tant ils sont tous unidimensionnels. Seuls Veloce et Blackbird sont vraiment mis en avant, mais leurs caractères restent pour l’instant trop léger. Le reste des personnages est relégué au second plan et c’est à peine si on les voit prendre l’initiative dans l’histoire.

Carciphona 04

Au niveau des dessins, Carciphonia s’en tire honnêtement. Malgré un manque d’identité visuelle, le trait est soigné et fait penser à des JRPG Falcom récent. En revanche, bien qu’on puisse accorder à l’autrice une utilisation audacieuse des trames qui rappelle celle d’un shôjo, elles sont parfois sur-utilisées assombrissant inutilement les pages et les rendant surchargées et anxiogènes. Les magies définies globalement par des effets partant dans tous les sens rendent les cases brouillonnes et illisibles notamment lors des scènes de combat. Combinez ça avec l’absence de repères spatiaux et on ne comprend plus rien à ce qu’on lit !

Concernant l’édition, il n’y a vraiment rien à reprocher. On tient là un papier robuste de qualité avec pages couleurs en début de volume. L’encrage ne souffre d’aucune bavure et la traduction est de qualité. Pour son premier manga édité, ChattoChatto nous fait là un produit honorable qui ne se moque pas de votre porte-feuille.

Même en prenant en compte qu’il s’agit d’un manga amateur, il est difficile d’être indulgent après un premier volume aussi laborieux. On ne doute pas des qualités d’illustratrice de Shilin HUANG à la vue de son portfolio, elle dispose d’un véritable talent. Cependant, le talent artistique ne se mêle pas toujours à la narration et Carciphona serait sûrement recommandable si il pouvait se vanter de la fluidité de sa lecture, de sa clarté ou même de son originalité. C’est regrettable pour le premier essai des éditions ChattoChatto mais on espère que leur prochaine découverte sera plus convaincante.

Carciphona 05

Le premier volume de Carciphona sortira en France le 23 août 2018 aux éditions ChattoChatto.

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