DOSSIER - THEMAFaits DiversFrance

C’était en 1976… la disparition de Philippe Bertrand

Cinquante ans après le meurtre du petit Philippe Bertrand par Patrick Henry, le fantôme de l’affaire ressurgit au lendemain d’un nouveau fait divers macabre…

Alors que l’affaire Lyhanna secoue la France, la même indignation qu’il y a cinquante ans traverse la France. On vous propose un retour en arrière sur l’affaire Philippe Bertrand, qui donne aujourd’hui plus qu’une impression de déjà vu…

Que s’est-il passé ?

Nous sommes le vendredi 30 janvier 1976, devant l’école primaire de Pont-Sainte-Marie, dans la banlieue de Troyes. Le petit Philippe Bertrand, sept ans, doit aller chercher son petit frère Christophe, alors en maternelle. Les deux garçons sont censés rejoindre le fleuriste devant lequel Gérald, leur père, a pour habitude de les récupérer. Néanmoins, c’est un Christophe seul que leur père retrouvera au point de rendez-vous. Le petit Philippe Bertrand est enlevé par Patrick Henry à la sortie de sa propre école sur les coups de midi. Vingt minutes plus tard, autour de 12h20, le téléphone sonne chez la famille. C’est la mère, Marie-Françoise, qui décroche. Au bout du fil, une voix masculine qu’elle ne reconnaît pas lui annonce que Philippe a été enlevé. L’inconnu exige une rançon d’un million de francs en échange de son fils.

Alors, commence un jeu de piste macabre à travers la banlieue de Troyes, organisé par un jeune homme de 22 ans : Patrick Henry. Après une mise sur écoute du domicile de la famille Bertrand et des interventions policières ratées, Patrick Henry contacte de nouveau la famille via le curé de Pont-Saint-Marie. Il glisse dans sa boîte aux lettres des instructions pour le dépôt de la rançon, qui doit avoir lieu le 10 février.

Un dénouement tragique

Malgré le versement de la somme sous surveillance policière, le dénouement glace le sang des Français. Le 17 février 1976, le corps sans vie du petit garçon est retrouvé. Il est enroulé dans un tapis, sous le lit d’une chambre d’hôtel louée par le ravisseur sous un faux nom. Ce dernier raconte à la juge d’instruction qu’il a expliqué à l’enfant que ses parents avaient dû s’absenter et l’a emmené dans la chambre d’hôtel, le laissant regarder la télévision. S’il explique aussi qu’il l’a étouffé avec un mouchoir pour faire cesser ses pleurs après quelques jours, la police pense qu’il a tué le petit garçon dès le début de sa captivité.

La France bascule alors dans une stupeur doublée de rage. Au journal de 20 heures sur TF1, Roger Gicquel prononce sa célèbre phrase : « La France a peur ». Cette phrase a marqué les esprits. Elle est malgré tout régulièrement sortie de son contexte et diverses interprétations en sont faites.

Un procès marquant

C’est dans l’effervescence de janvier 1977 que s’ouvre l’un des procès les plus célèbres de l’histoire judiciaire française : celui de Patrick Henry. À ce moment-là, la peine de mort est toujours en vigueur en France. L’accusé en était d’ailleurs lui-même un fervent défenseur. 

L’opinion publique est remplie de haine. Les Français sont clairs : ils demandent sa tête. Les avocats ne veulent pas défendre le jeune homme, des hommes politiques réclament sa mort, tout semble écrit. Néanmoins, contre toute attente, Patrick Henry échappe à la guillotine et écope de la réclusion criminelle à perpétuité. Les circonstances atténuantes sont refusées à 7 voix sur 12 : il ne manque alors qu’une voix pour que la peine de mort soit prononcée.

Si des exécutions sont encore prononcées l’année suivante, ce procès a définitivement eu un impact sur la question de la peine de mort. Elle est d’ailleurs officiellement abolie en 1981.

Une liberté conditionnelle et un retour en prison

De nombreuses demandes de libération conditionnelle seront refusées à Patrick Henry durant sa peine. Après vingt-cinq ans de détention, durant lesquels il a passé son BEPC (le brevet), son baccalauréat, une licence de mathématiques et un DUT en informatique, Patrick Henry obtient néanmoins une liberté conditionnelle en mai 2001. Il a alors 47 ans et incarne, pour les partisans de l’abolition de la peine de mort, la preuve qu’un homme peut changer. Mais la joie est de courte durée. 

Environ un an plus tard, en juin 2002, il est arrêté et condamné pour vol à l’étalage. Quelques mois plus tard encore, en octobre 2002, il est arrêté en Espagne en possession de près de dix kilos de cannabis. Le verdict tombe : révocation de sa liberté conditionnelle et retour à la case prison. Si une nouvelle libération conditionnelle lui est d’abord accordée en janvier 2016, le parquet fait appel. La cour d’appel de Paris rejette finalement la demande de l’homme.

Une fin de l’autre côté des barreaux

Patrick Henry a passé en tout près de quarante ans derrière les barreaux. En septembre 2017, il demande une suspension de peine pour raison médicale. Il est finalement libéré le 15 septembre 2017, quelques mois avant de mourir d’un cancer du poumon le 3 décembre 2017.

Un présent qui fait écho

Cependant, le débat que l’on croyait clos depuis cette année 1981 n’a jamais vraiment disparu des esprits. À chaque fait divers, d’autant plus s’il implique un ou une mineur(e), la question de la peine de mort ressurgit. L’assassinat de la petite Lyhanna, survenu dans un contexte politique ultra-tendu à moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, ne déroge évidemment pas à la règle.

L’analogie entre Patrick Henry et Jérôme Barella, le suspect principal du meurtre de la petite Lyhanna, frappe en effet par sa dimension systémique. Jérôme Barella, profil lourd bien connu des fichiers de police, n’aurait jamais dû croiser la route de la fillette. Les révélations s’enchaînent : une plainte pour viol déposée dès 2025 par la mère d’une autre jeune victime, Rosa, était restée sans réponse, perdue dans un système dépassé.

Cinquante ans après l’horreur subie par le petit Philippe, l’affaire Lyhanna oblige à ouvrir les yeux sur les failles du système.

About author

Journaliste
Related posts
France

Ce que la crise du pouvoir d'achat a changé dans la façon dont les Français se divertissent le soir

DOSSIER - THEMAFaits DiversFranceSociété

Après Mai 68 : la création des voltigeurs

DOSSIER - THEMASéries Tv

Chapi Chapo : Le génie géométrique qui a révolutionné la télévision enfantine

DOSSIER - THEMAFoot

C'était en 2016 ... l'Euro de football en France

Retrouvez VL. sur les réseaux sociaux