Le 19 juillet 2016, un jeune homme de 24 ans mourait dans la cour de la gendarmerie de Persan, dans le Val-d’Oise. Devenue un véritable symbole de lutte contre les violences policières, cette affaire s’est encore soldé d’un non-lieu sur un recours en cassation en 2026.
Dix ans plus tard, le nom d’Adama Traoré résonne encore comme le symbole d’un combat judiciaire et contre les violences policières. Retour sur une affaire juridique et médiatique clivante d’il y a 10 ans.
Un drame, plusieurs versions
Tout commence à Beaumont-sur-Oise, un mardi de juillet 2016. Les gendarmes contrôlent Bagui Traoré, alors visé par une enquête pour « extorsion de fonds avec violence ». À ses côtés se trouve son frère, Adama. Ce dernier n’a rien à se reprocher, mais il est pris de panique et il prend la fuite. Selon sa famille, il fuit car il n’a pas ses papiers sur lui. Selon ce que les gendarmes déclarent a posteriori, il s’enfuit car il porte sur lui une grosse somme d’argent en liquide et un sachet de cannabis (retrouvés sur son corps).
Une course-poursuite fatale
D’après les gendarmes, après avoir été poursuivi par deux d’entre eux, Adama Traoré est interpellé. Il refuse de présenter sa carte d’identité. Selon la famille, comme mentionné plus haut, il ne l’avait pas sur lui. Il devait même aller récupérer sa nouvelle carte à la mairie ce jour-là. Toujours selon les déclarations initiales des gendarmes, il y aurait eu 3 phases. Adama aurait pris la fuite une première fois, avant d’être interpellé et menotté. Il s’enfuit une deuxième fois, est encore rattrapé, puis s’enfuit une troisième fois après l’intervention violente d’un tiers contre le gendarme qui le retenait. Une patrouille est envoyée sur les lieux et, avec l’aide d’un témoin, les gendarmes retrouvent Adama. Le jeune homme s’était réfugié dans un appartement proche du lieu de l’interpellation de son frère.
Une fois dans l’appartement, l’un des gendarmes affirme d’abord avoir dû pratiquer un « placage ventral » pour le maîtriser. Néanmoins, la version change en 2020, lorsque les avocats d’un autre gendarme nient cette déclaration. En se relevant, Adama Traoré se plaint de difficultés respiratoires. Pendant le trajet vers la gendarmerie de Persan, il perd connaissance. À leur arrivée à la brigade de Persan, les gendarmes affirment même qu’il s’est uriné dessus durant le trajet. Si les gendarmes affirment d’abord l’avoir allongé en PLS au sol, le chef d’agrès des pompiers appelés sur les lieux constate qu’il n’a pas été placé en PLS malgré son malaise. Lorsque les secours arrivent, il est trop tard. Le décès est constaté à 19h05.
Assa Traoré et le « Comité Vérité et Justice pour Adama »
Très vite, la famille de la victime refuse la thèse officielle. Un mouvement s’organise, mené par Assa Traoré, la sœur aînée d’Adama : le Comité Vérité et Justice pour Adama. Assa Traoré devient donc rapidement la figure de proue d’un combat contre le racisme qui va rapidement dépasser les frontières du Val-d’Oise.
Ce comité adopte des codes modernes : t-shirts noirs floqués « Justice pour Adama », mobilisations massives sur les réseaux sociaux et concerts de soutien. L’affaire Traoré s’internationalise, trouvant un écho puissant aux États-Unis avec le mouvement Black Lives Matter. En France, elle alimente les débats sur les violences policières et le racisme systémique, des termes qui s’imposent alors dans le débat public.
Des expertises médicales sans fin
Pendant des années, le dossier judiciaire s’est transformé en une bataille médicale. En tout, dix expertises ont été réalisées, dont neuf versées au dossier. Ces expertises et contre-expertises forment finalement une sorte de guerre entre la famille et la justice.
Les experts jugent d’abord qu’Adama était sujet à un risque de mort subite à cause d’anomalies de santé. Les expertises suivantes écartent la responsabilité des gendarmes dans sa mort. Deux expertises demandées par la famille invalident les anomalies de santé comme cause de la mort. Néanmoins, ces expertises se contredisent entre elles. La dernière expertise, demandée par les juges d’instruction eux-mêmes, souligne la responsabilité des gendarmes et indique que l’état d’Adama ne se serait sûrement pas aggravé jusqu’à la mort sans l’intervention des gendarmes.
L’épilogue
Après des années d’investigations, de manifestations et de tensions politiques, la justice française a fini par trancher sur le plan pénal. En septembre 2023, les juges d’instruction ont prononcé un premier non-lieu en faveur des trois gendarmes impliqués, estimant qu’il n’y avait pas de charges suffisantes pour démontrer une faute ou un lien de causalité direct entre l’interpellation et la mort d’Adama Traoré. Cette décision a été confirmée en appel en 2024, puis par un pourvoi en cassation en 2026.
À la suite de cette décision, un recours est déposé par l’avocat de la famille devant la Cour européenne des droits de l’homme dans le but de faire condamner la France.