Mercredi 13 mai, Steve Mandanda publie Les jours d’après aux éditions Flammarion. À 41 ans, le gardien légendaire de l’OM met des mots sur quelque chose que le football professionnel préfère encore trop souvent taire. Sa retraite, prise en septembre 2025 après vingt ans au plus haut niveau. Et surtout, ce qui a suivi. Car derrière l’image du champion, l’homme a traversé une période de vide intense. Un cas loin d’être isolé.
Quand tout s’arrête d’un coup
Avant même la sortie du livre, une phrase extraite des bonnes feuilles dit tout. « Je n’aime rien de ma vie, là maintenant », écrit Mandanda. Direct. Sans fioritures. Ce genre de constat, des centaines d’anciens professionnels pourraient le signer.Mandanda le dit lui-même dans le livre. Depuis sa retraite, il a croisé de nombreux anciens. « Dans 80 % des cas, ils me disent avoir vécu la même chose, cette sensation de vide quand leur carrière s’arrête. » Ce vide, Thierry Henry en a parlé avec une franchise rare. En janvier 2024, le champion du monde 1998 se livrait sur le podcast The Diary of a CEO, animé par Steven Bartlett. Sa déclaration a marqué les esprits : « Tout au long de ma carrière, et depuis ma naissance, j’ai dû être en dépression. Est-ce que je le savais ? Non. Est-ce que j’ai fait quelque chose pour y remédier ? Non. Mais je me suis adapté à un certain mode de vie. »
Henry raconte notamment qu’après sa retraite des terrains, en 2014, l’arrêt de l’adrénaline et l’éloignement de ses enfants pendant le Covid l’avaient conduit à « pleurer quasiment chaque jour, sans raison. » Ce témoignage a brisé quelque chose dans le milieu. Il a montré qu’aucun palmarès ne protège contre la souffrance mentale.
Des champions qui témoignent en brisant la glace
Samuel Umtiti, lui, est allé encore plus loin au sujet de sa retraite. Champion du monde, buteur décisif contre la Belgique en 2018, Umtiti avait pourtant tout pour être heureux aux yeux du monde. Sauf que ce monde-là ne voyait pas l’intérieur. En décembre 2025, dans le documentaire Têtes plongeantes diffusé sur YouTube, il témoignait sans détour : « La solitude est quelque chose de très fort, qui peut vraiment tuer une personne. Ne pas parler, ça peut tuer, c’est ce qui m’est arrivé pendant des mois et des mois, j’avais l’impression d’être là sans être là. » Le documentaire est à voir ici :
C’est précisément ce que confirme le psychologue Jean-Christophe Seznec, ancien accompagnateur d’équipes sportives de haut niveau : « L’enjeu pour l’homme, c’est d’apprendre à être. Ce n’est pas parce que l’on sait faire que l’on sait être. À la fin d’une carrière, on se retrouve avec les mêmes questions existentielles sans avoir franchi les mêmes étapes que les autres. Il faut imaginer la violence de l’arrêt. » Cette violence est souvent invisible.
Or, elle est bien réelle. Un footballeur professionnel ne perd pas simplement son emploi en arrêtant de jouer. Il perd son identité. Pendant quinze, vingt ans, tout repose sur un seul rôle : celui de joueur. Les entraînements structurent les journées. Les coéquipiers forment une famille de substitution. Le statut social tient au maillot. Quand tout ça disparaît en même temps, le vide laissé est profond et la retraite peut parfois sembler insurmontable, sans accompagnement.
L’écriture comme seul exutoire
Pour Mandanda, écrire ce livre n’était pas une évidence. Il confie ne pas avoir voulu le faire au départ, lui qui ne s’était jamais livré publiquement en vingt ans de carrière. « Me livrer a été une sorte de thérapie », dit-il finalement. Ce qui l’a convaincu d’aller au bout, c’est l’idée qu’une seule personne puisse s’y reconnaître.Aujourd’hui, il prépare aussi une reconversion concrète, avec une formation de manager général au CDES de Limoges. Un horizon. Mais tous les anciens joueurs n’ont pas ce réseau ni cette ressource. Et c’est là que le sujet dépasse largement le cas individuel. Le football professionnel ne peut plus continuer à faire comme si ce mal-être n’existait pas.