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Girls : nous sommes toutes une American Bitch (HBO / OCS)

Grâce à l’épisode American Bitch, Girls nous montre en quoi les séries télévisées délivrent parfois un message important.

Girls, c’est l’entrée dans l’âge adulte de quatre jeunes femmes, sorte de petites sœurs des héroïnes de Sex & The City. Entre histoires d’amour et coups d’un soir, de succès professionnels en échecs cuisants, Hannah, Marnie, Jessa et Shoshanna  se cherchent et tentent de construire leur vie. La série a souvent fait parler d’elle pour ses scènes crues et la nudité qu’elle met en exergue sans pudeur – parfois au détriment de la voix indépendante et féministe  qu’entendait porter sa créatrice et auteur (également interprète d’Hannah).

On peut penser ce que l’on veut de Hannah, l’héroïne égocentrique et névrosée de Girls. Mais que l’on s’identifie ou non à elle, qu’on la trouve attachante ou carrément exaspérante, on ne peut nier qu’une voix, Hannah (et Lena Dunham à travers elle) en a une. Et qu’elle porte un regard acéré et sans concession sur une multitude de sujets, en particulier ceux qui concernent la place de la femme dans la société. Cela n’érige pas pour autant son opinion en vérité absolue, ne lui confère pas nécessairement pertinence et exactitude – mais par le biais de Girls, Lena Dunham a toutefois quelque chose à dire, et quelque chose d’important. On l’avait peut-être oublié, et l’épisode intitulé American Bitch, diffusé la semaine dernière aux Etats-Unis et sur OCS en US+24,  vient à point nommé pour nous le rappeler.

Résumons la situation. Hannah se rend au domicile de Chuck Palmer (magnifiquement interprété par le brillant Matthew Rhys ), un écrivain qu’elle admire. Ou plutôt, qu’elle admirait – jusqu’à ce que celui-ci soit au cœur d’un scandale sexuel, accusé de harcèlement après avoir couché avec plusieurs de ses étudiantes.  Hannah vient discuter avec lui de l’article au vitriol qu’elle lui a consacré. L’épisode est quasiment exclusivement dédié au face-à-face entre les deux personnages, et toute la dramaturgie repose sur cet échange. Cependant, la question principale réside moins dans la condamnation éventuelle des actes commis par Chuck que dans la réflexion engendrée par la polémique. Exercice analytique et critique, l’épisode s’attaque à un sujet sensible : la perception de l’abus sexuel et le flou entourant cette notion.

La conversation tourne en particulier autour du rôle d’internet et des réseaux sociaux. Pour Hannah, internet présente l’immense avantage de donner la parole à toutes les voix marginales de victimes ignorées ou méprisées, qui peuvent témoigner de ce qu’elles ont vécu. Au contraire, Chuck dénonce le danger que représentent les nouveaux médias, qui donnent de la force et de l’écho à des propos non vérifiables, débouchant sur ce qu’il qualifie de « chasse aux sorcières », et il se pose en victime de la blogosphère et de l’effet viral qu’elle engendre.

Mais internet n’est que le catalyseur, le révélateur du vrai problème :  la notion d’abus sexuel lui-même. Du viol au harcèlement sexuel, en passant par toutes les zones grises que représentent les avances d’un supérieur (ou ici, d’un prof), la drague un peu trop appuyée, les allusions ambiguës et la pression tacite exercée par un homme dans la sphère professionnelle. Autant de situations problématiques qui montrent combien la violence sexuelle est à géométrie variable, et la perversité de la notion de consentement. Même si une femme accepte de coucher avec un supérieur pour décrocher une promotion, ça n’en reste pas moins du harcèlement sexuel ; qu’en est-il lorsqu’une étudiante se laisse séduire par un professeur, qui a autorité sur elle et profite de son ascendant et de son charisme pour la mettre dans son lit ? La discussion met en exergue la difficulté d’identifier les cas d’abus sexuels, en particulier lorsque le sexe et les relations s’insèrent dans une dynamique de pouvoir exercée dans une société masculine.

Cet aspect est renforcé par l’attitude éhonté et cynique de Chuck, dont la manière de penser est toute entière pétrie de condescendance et de paternalisme envers ses étudiantes : il est évident que, à ses yeux, elles sont d’autant plus consentantes qu’elles tirent de ces rapports une expérience, une histoire à raconter, une manière de se rendre intéressantes… Et que, d’une certaine manière, elles se soumettent à un schéma caricatural qu’elles perpétuent sans même s’en rendre compte.  

Pour démontrer ce postulat, le romancier va alors duper Hannah en misant sur son égocentrisme : les compliments et éloges dont il ne cesse de la couvrir la flattent, et elle finit par adopter le regard masculin que son interlocuteur pose sur elle, devenant à ses propres yeux l’objet de son désir – et rien de plus. Aveuglée par l’ascendant que Chuck a pris sur elle, Hannah  accepte de s’allonger à ses côtés – en tout bien tout honneur, prétend-il… C’est à cet instant que tout bascule, lorsque Chuck adopte un comportement direct et cru, pour démonter à la jeune femme qu’elle vient de tomber dans le piège qu’elle voulait dénoncer.  La séquence enfonce le clou puisque le manque de lucidité d’Hannah, que l’on croyait pourtant immunisée contre les dérives d’une violence sexuelle latente et qui ne dit pas son nom, souligne le flou entourant l’idée de violence sexuelle.

Chacun tirera de cet épisode les conclusions qu’il voudra. Il n’en reste pas moins que American Bitch est une démonstration éclatante de ce qu’une série télévisée peut nous apporter, lorsqu’elle réfléchit à des sujets de société. En abordant le thème du harcèlement et de l’abus sexuel en confrontant un regard masculin et un regard féminin, Girls suscite la réflexion sur un sujet polémique mais omniprésent au quotidien,  loin d’un schéma partial et unilatéral. Et force est d’admettre qu’à un moment ou à un autre, nous sommes toutes susceptibles d’être une American bitch. Mais comme le dit elle-même Hannah au cours de l’épisode : « C’est juste de la fiction. Pas vrai ?… »

Girls – American Bitch (S06E03)

Série diffusée en VM le Lundi à 21H55 sur OCS City

A écouter aussi : Sex and the series dans La loi des séries

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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