société

Harcèlement de rue et dans les transports, un phénomène alarmant

C’est un fait : le harcèlement de rue est un phénomène qui concerne jusqu’à 90% des femmes dans certains pays. Loin d’être récent, il est pourtant peu dénoncé, et celles qui en sont victimes n’en parlent que rarement. Mais il n’est pas à ignorer pour autant.

Le Haut Conseil de l’égalité entre les femmes et les hommes, organisme dépendant de Matignon, propose dans un rapport du 16 avril 2015 à ce sujet, une définition du harcèlement sexiste, qui peut toucher aussi bien les hommes que les femmes ; ainsi, il « se caractérise par le fait d’imposer tout propos ou comportement en raison du sexe […] qui a pour objet ou pour effet de créer une situation intimidante, humiliante, dégradante ou offensante. […] Le harcèlement sexiste peut prendre des formes diverses comme des sifflements, des commentaires sur le physique, des injures ».

Les témoignages de victimes de harcèlement de rue ont, ces derniers temps, eu tendance à se multiplier. Ce qui était vu comme un tabou, à accepter avec résignation, devient une protestation générale. Les langues se délient. Ainsi, de plus en plus de personnes, majoritairement des femmes, admettent s’être fait adresser des mots et gestes déplacés, des regards insistants ou interpellations familières de la part d’inconnus, suivis d’insultes lorsque les réponses ne suivent pas. Le Huffington Post américain a mené une enquête ; il était demandé à des femmes de poser avec une pancarte sur lesquelles des phrases qu’on leur avait dites étaient écrites. Parmi les plus choquantes : « Je t’ai suivie chez toi, tu veux bien t’occuper de moi ? », « Salut, les p*tes ! Jolis seins ! », ou encore « Tu es magnifique. [silence] Va te faire f**tre, tu devrais me remercier de t’avoir dit ça ».

Dans les transports, le phénomène est similaire. Dans un rapport remis à Pascale Boistard, la secrétaire d’Etat aux droits des femmes, on apprend non seulement que la proportion des femmes qui sont harcelées même discrètement, dans les transports avoisine les 100%, mais aussi que nombre des victimes sont mineures lorsque cela leur arrive pour la première fois. Et contre toute attente, ces agressions n’ont pas lieu dans les métros bondés des heures de pointe, mais dans les bus scolaires. Ainsi, les femmes sont amenées à ne jamais se sentir pleinement en sécurité ni à pouvoir jouir de leur liberté de mouvement et de circulation – liberté pourtant consacrée dans le traité de Rome de 1957, instituant la Communauté européenne.

Face à de telles gratuités, certains choisissent de ne plus subir, mais d’agir. Ainsi a-t-on pu voir des vidéos de jeunes femmes marchant dans les rues de grandes villes, telles que New York, et se faisant apostropher par des catcallers (littéralement, « siffleurs »).

De même, une jeune femme indienne s’en prend à son voisin qui, lors d’un voyage en avion, l’a touchée de manière indécente. Elle filme la scène, dans laquelle on voit l’homme se cachant le visage, marmonnant de faibles excuses et lui demandant d’arrêter la vidéo. « Vous me demandez pardon ? demande-t-elle. Pourquoi ? Parce que je suis une fille, vous pensez pouvoir me toucher à n’importe quel moment, quand vous le voulez ? »

Des pages Facebook et des hashtags ont également vu le jour pour dénoncer et tenter d’endiguer ce phénomène. Ainsi, la page « Paye Ta Shneck » reprend des citations sexistes de paroles adressées à des jeunes femmes, telles que « Je te raccompagne chez toi, te plains pas, s*lope ! » de la part d’un homme qui suivait la fille en question, ou encore « Mademoiselle, vous savez que votre tenue incite les hommes à vous agresser ? », d’un professeur à son élève. Le blog existe aussi sur Tumblr. Sur Twitter, c’est le hashtag #firstharrassed permet aux femmes – et parfois aux hommes – de raconter brièvement leur première mésaventure. Cela remonte souvent à la petite enfance…


“J’ai été harcelée pour la première fois par un homme qui m’a regardée de haut en bas en se léchant les lèvres. J’étais dans une supérette. J’avais dix ans.”

“Harcelée pour la première fois quand j’avais douze ans, je rentrais de l’école et cet homme me suivait dans sa voiture parce que “mon jean m’allait bien”. “

Pour mettre fin à ce phénomène, des mesures sont prises. Par exemple, certaines villes telles que Tokyo, au Japon, ont mis en place des wagons de train réservés aux femmes. En Belgique, le harcèlement de rue est passible d’un mois à un an de prison, ainsi que d’une amende pouvant aller jusqu’à mille euros.

En France, la RATP a aujourd’hui présenté un projet de dispositions à mettre en place, appelé « plan national de lutte contre le harcèlement sexiste et les violences sexuelles ». Parmi les propositions figure la possibilité d’envoyer un SMS, discret, à un numéro d’urgence, le 3117. Le but est d’inciter les témoins d’une agression à rapporter ces faits. De plus, une campagne d’affichage rappelant les sanctions pénales encourues (à savoir jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende selon l’article 222-33 du code pénal, alinéa 3) sera mise en place à partir d’automne 2015, dans une tentative de dissuasion. Il est également question de permettre l’utilisation des boutons d’urgence déjà mis en place dans les rames de métro en cas d’agression. On a également constaté, à Nantes, la mise en place d’arrêts de bus à la demande, pour éviter aux personnes devant rentrer seules de faire des trajets trop longs. Ce système existe déjà au Canada. On attend encore de voir comment il sera reçu en France, et s’il peut être viable.

Crédits couverture: Diglee

Elisa Kamami

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