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New York, Unité spéciale ou quand une série aide les vraies victimes

Avec un succès qui ne se dément pas, New York , Unité spéciale reflète aussi un contexte socio-culturel et, parfois, joue un rôle déterminant pour les victimes de violence sexuelle.

C’est quoi, New York, Unité Spéciale ? La série suit une brigade de la police new-yorkaise, chargée d’enquêter sur les crimes à caractère sexuel. Plusieurs inspecteurs se sont succédé aux côtés de l’indéboulonnable Olivia Benson (Mariska Hargitay), dont Elliot Stabler (Christopher Meloni), Nick Amaro (Danny Pino), John Munch (Richard Belzer), Odafin “Fin” Tutuola (Ice-T). Au sein du département, les enquêteurs s’acharnent à résoudre des crimes violents et difficiles sur le plan psychologique, avec l’aide du bureau du procureur et des médecins légistes.

Law and order : Organized Crime, qui vient d’être lancée aux États-Unis, marque le retour de l’inspecteur Elliot Stabler au sein d’une des franchises les plus populaires de la télévision américaine. On a d’abord découvert le personnage dans New York : Unité spéciale, l’un des multiples spin-off de New York police judiciaire diffusé depuis 1999 sur NBC. C’est donc l’occasion d’aborder cette série avec un regard un peu différent, en évoquant la manière dont elle traduit un contexte social, influence le regard de son public et agit même de façon positive sur certaines victimes de crimes sexuels.

A lire aussi : New York Unité Spéciale, de la suite dans les idées

« Dans le système judiciaire, les crimes sexuels sont considérés comme particulièrement monstrueux. À New York, les inspecteurs qui enquêtent sur ces crimes sont membres d’une unité d’élite appelée Unité spéciale pour les victimes. Voici leurs histoires . » BAM BAM ! 

Ainsi commence systématiquement New York, Unité spéciale. Dans chaque épisode, les enquêteurs tentent de résoudre un crime à caractère sexuel (meurtre, viol, agression) au cours d’une investigation méthodique. Souvent, ils y parviennent ; parfois, l’affaire aboutit à un procès ; parfois l’épisode s’achève sans résolution ou dénouement satisfaisant pour les héros. Comme l’annonce l’introduction, la série raconte leurs histoires en montrant leurs enquêtes et l’impact qu’elles ont sur eux.

Olivia Benson et Elliot Stabler, duo historique de la série

Confrontés à ces crimes et à la souffrance des victimes, ils s’investissent émotionnellement : le mal qui les entoure les atteint et les pousse à se remettre en question. Plusieurs affaires sont liées à leur vie privée, qu’elles les affectent directement ou qu’elles fassent écho à leur vécu. Elle-même issue d’un viol, plusieurs fois agressée lors des enquêtes, Benson est particulièrement sensible à la douleur des victimes. Stabler, impulsif et empêtré dans une situation familiale conflictuelle, transgresse la loi pour venir en aide à sa fille ; profondément croyant, sa foi est ébranlée par les abus commis par des représentants de l’Église. Séparé de son épouse, Fin Tutuola a du mal à accepter l’homosexualité de son fils qui lui reproche en outre d’avoir abandonné sa famille… 

Si Mariska Hargitay (par ailleurs créatrice d’une fondation d’aide aux victimes) et Christopher Meloni restent le duo mythique de la série, bien d’autres acteurs se sont succédé à leurs côtés à l’écran. Casting mis à part,  New York, Unité spéciale n’a toutefois jamais varié quant à sa formule, éprouvée et efficace. La série n’a pas besoin d’en rajouter parce que les affaires violentes et sordides qu’elle raconte sont d’autant plus effrayantes qu’elles sont souvent tirées de faits réels. 

Créateur de la série, Dick Wolf s’est appuyé sur l’unité des infractions sexuelles créée par le bureau du procureur de Manhattan en 1974, et a notamment été marqué par l’affaire Robert Chambers (1986), du nom de l’homme accusé et condamné pour le meurtre d’une étudiante dans les beaux quartiers de New York. L’histoire fera d’ailleurs l’objet d’un épisode, comme d’autres affaires réelles. Lors de son lancement, NBC se demandait si l’actualité criminelle était susceptible de fournir suffisamment de matériau : la réponse est malheureusement affirmative. Terry Richardson, le Slender Man, l’enlèvement d’Elizabeth Smart, Mary Kay Letourneau , Casey Anthony, le couple Rihanna / Chris Brown, Dominique Strauss-Kahn : autant d’affaires abordées dans la série, où toute ressemblance avec la réalité est loin d’être fortuite.

New York, unité spéciale : DSK et son double

Un fait divers peut souvent sembler anecdotique ; il permet pourtant de mettre en lumière certains aspects de la société dans laquelle il s’est produit. Il donne des pistes pour comprendre le contexte et les dysfonctionnements qui ont créé les circonstances favorables à sa réalisation, et son impact médiatique révèle les angoisses et les préoccupations collectives. En 2005, Dick Wolf confiait l’un des objectifs de sa série : ouvrir  un débat constructif et didactique sur les problèmes de société, en tentant de dépeindre le système légal dans toutes ses zones de gris et sans manichéisme. 

Et il y parvient. D’abord parce que la série présente plusieurs points de vue (celui des enquêteurs, des témoins, des acteurs judiciaires, des criminels, des victimes) et donne une image ambiguë voire contradictoire et dérangeante où il est difficile d’opposer coupable et innocent, mensonge ou vérité, justice ou injustice. Ensuite parce qu’en s’appuyant sur l’actualité, la série répercute quelque chose de l’évolution des mœurs. Les crimes perpétrés par des violeurs en série, les agressions de prostituées, les violences dans les ruelles mal famées, la haine raciale sont toujours présents à l’écran; au fil des saisons, sont apparues les agressions homophobes ou transphobes (vidéo ci-dessous), le harcèlement en ligne, les nouvelles formes de pornographie ou de prostitution via internet, le trafic des migrants. Ces crimes, qui frappent le plus souvent des femmes et des enfants, sont du reste d’autant plus effrayants qu’il se produisent souvent dans un environnement familier (le monde du travail ou l’établissement scolaire, un cercle d’amis ou de connaissances, la sphère familiale).

La série se prête volontiers à l’analyse sociale, mais elle a aussi une valeur humaine étonnante et essentielle. Son discours multiple et complexe est susceptible d’influencer la manière dont son public appréhende la réalité de la violence sexuelle, dans toutes ses formes et ses nuances. Citons notamment une étude menée par l’Université de l’État de Washington, qui a montré que le public de New York, unité spéciale était plus sensible au sujet et mieux informé sur la notion de consentement que les spectateurs de NCIS, par exemple.

Plus concrètement encore, la série a parfois un impact positif sur les victimes de violences sexuelles dans la vraie vie. Ce n’est pas systématique, chacun réagissant différemment face à un tel traumatisme ; mais pour certains, elle est capable d’engendrer un phénomène de catharsis ou du moins un déclic. Au point qu’aux États-Unis, plusieurs thérapeutes montrent certains épisodes à leurs patients qui, en reconnaissant leur propre vécu à l’écran, peuvent réussir à se distancier du traumatisme et se réapproprier leur histoire. Au-delà de toute autre considération, cet aspect suffit à donner à New York, unité spéciale une importance dont bien peu de séries peuvent se targuer.

Pour Lisa Fairnstein,  qui a dirigé pendant près de trente ans la brigade dont s’est inspiré Dick Wolf, «[il] s’est emparé des crimes les plus sinistres qu’on puisse imaginer, les a placés sous la lumière crue de la télévision (…) et a permis à ses acteurs de devenir  partout dans le monde la voix des victimes de violence. » Mettre en perspective un sujet aussi sensible que les violences sexuelles, permettre au public de prendre conscience de toute sa complexité, offrir à certaines victimes une forme de résilience : New York, unité spéciale joue aussi ce rôle essentiel. 

About author

Traductrice et chroniqueuse, fille spirituelle de Tony Soprano et de Gemma Teller, Fanny Lombard Allegra a développé une addiction quasi-pathologique aux séries. Maîtrisant le maniement du glaive (grâce à Rome), capable de diagnostiquer un lupus (merci Dr House) et de combattre toutes les créatures surnaturelles (vive les frères Winchester), elle n'a toujours rien compris à la fin de Lost et souffre d'un syndrome de stress post-Breaking Bad
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